Franck Sarfati : The Cities of Kaolin

A l’occasion de l’inauguration de la galerie bruxelloise Univers Pôle, Franck Sarfati dévoilera sa première exposition de micro gratte-ciels en porcelaine blanche. Un peu de travers et jamais droits, ces édifices lilliputiens dégagent une forme de quiétude absente des grandes mégalopoles.

Le mot est dérivé du mot chinois « Gaoling » signifiant collines hautes. Il désigne une carrière située à Jingdezhen, dans la province de Jiangxi, en Chine. Le kaolin est en effet la matière première utilisée dans la fabrication de la porcelaine (également appelée « china » en anglais), inventée en Chine. C’est aussi la matière première des gratte-ciels lilliputiens que Franck Sarfati a sculptés. L’idée d’utiliser la porcelaine lui vient de sa mère. « Ma mère collectionnait les pierres semi-précieuses », se souvient-il. « Je regardais la lumière jouer dans ces cristaux pendant des heures ».

Si Franck Sarfati a choisi de sculpter des mini gratte-ciels, il n’a pas pour autant l’envie de vivre dans une ces tours qui constituent la plupart des mégalopoles à travers le monde, que ce soit aux Etats-Unis, en Chine, au Japon ou dans les émirats du Moyen-Orient. « La première fois que l’architecte Pierre Lallemand a vu mes sculptures, il m’a dit que je devais être architecte. Je lui ai tout de suite répondu que je n’aimerais pas vivre dans un gratte-ciel, sauf si c’est au dernier étage et pour autant que la vue soit belle », sourit Franck Sarfati. Il ne s’agit pas de la ville telle qu’il la rêve, même s’il ne nie pas que des villes comme New York et Tokyo l’ont influencé dans le choix des formes géométriques. « J’aime les frictions des formes imparfaites. Et nous vivons dans un monde de frictions, même si j’aspire à l’harmonie », nuance Franck Sarfati.

Toutefois, à l’opposé des tours colossales des mégalopoles, ses archipels de bâtiments forment un peuple minéral, délicats monolithes, sculptés, fragiles, minuscules et penchés, aux textures très diverses, veloutées, douces, soyeuses, émaillées, vernissées, que Franck Sarfati sème sous nos yeux. « J’aime l’élégance, le velouté de ce toucher du biscuit en opposition à une ville de gratte-ciels rudes », explique-t-il. « J’utilise le papier de verre le plus fin et des limes de bijoutier ». Chaque micro-building de ses Cités de Kaolin a été modelé, poncé, cuit au four à des températures allant jusqu’à 1.200°C, puis poli. Ensuite, Franck Sarfati leur a parfois appliqué un enduit définissant leur texture finale. Qu’il s’agisse d’émail ou d’émail craquelé, le toucher, très différent d’une pièce à l’autre, est toujours très doux, très soyeux. Privilégiant le blanc et ses variations subtiles, il joue également avec l’ombre, qui est le double du blanc, et avec la ligne, qui se brise en arêtes.

« Sculptural Friday »

Graphiste et fondateur de l’agence Sign*, Franck Sarfati souhaitait explorer d’autres moyens d’expression, même si le graphisme réunit tout ce qu’il aime : la synthèse, l’harmonie, le jeu intellectuel, et aussi le trash… mais aussi la rigueur, les exercices de style. « Le graphisme demeure encore et toujours ma passion. Je n’ai donc jamais décidé d’abandonner le graphisme ». C’est ce qui l’a conduit à s’octroyer un jour de la semaine exclusivement consacré à la sculpture. « J’ai commencé quand j’ai pris congé chaque vendredi. Je me suis inventé un « sculptural friday ». Non pas parce que c’est Shabbat, mais parce que c’est tout simplement la fin de la semaine et que cela me permet de me consacrer à la sculpture. J’aime travailler avec les mains, les doigts… le contact est jouissif ».

Dans ses créations, Franck Sarfati montre bien l’antinomie entre sa fragilité et la puissance de sa forme, mais aussi le choc entre le chaos et la structure. Cette exposition de Franck Sarfati marque aussi les débuts d’un nouvel espace d’exposition inauguré par le photographe plasticien Stefan de Jaeger connu pour ses compositions réalisées à partir d’appareils polaroïd.

The Cities of Kaolin
A voir du 15 avril au 1er mai 2016 à l’Univers Pôle, chaussée de Waterloo 496F, 1050 Bruxelles. Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 18h. www.francksarfati.be
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