François Englert : ‘Il n’est sagesse sans folie’

Le 12 septembre à 20h30 au CCLJ, le premier Belge prix Nobel de physique, François Englert, nous fera l’honneur de sa présence. L’occasion de revenir sur son parcours de chercheur, sur son histoire personnelle aussi, sa judéité et les influences qui l’ont marqué.

Il croyait avoir été éliminé de la course, mais avait tout de même décidé de fêter cela. C’est en dégustant sa spécialité, le toast à la banane, entouré de sa famille et de ses amis, qu’il entendit soudain le téléphone sonner… Le 8 octobre 2013, le Belge François Englert entre dans l’histoire en recevant le prix Nobel de physique, aux côtés du Britannique Peter Higgs.

François Englert est né le 6 novembre 1932 à Etterbeek, de parents venus de Pologne en 1924 pour fuir la pauvreté et l’antisémitisme. Bon élève, il confie dans Particules de vie, le livre d’entretien que lui consacrent Françoise Baré et Guy Duplat (éd. Renaissance du livre), s’être rapidement ennuyé à l’école. Lorsque la guerre éclate en 1940, François a 7 ans et doit porter l’étoile jaune. En 1942, il se voit contraint d’interrompre sa scolarité pendant une année. Séparé de son frère aîné, il vit la guerre comme « neveu » d’une famille de restaurateurs à Lustin, en bord de Meuse, ignorant que le reste de sa famille se cache dans les environs. Repris in extremis par sa mère un an plus tard, suite à une dénonciation, il échappera de peu à l’arrivée de la Gestapo.

La famille renommée « Englebert » fuit Lustin pour Annevoie. Protégé par l’abbé Warnon, le curé de la paroisse, François fréquente l’école Notre-Dame de Bellevue, à Dinant, assiste à la messe et se fait baptiser, pour mieux se fondre dans la population locale. François Englert confie avoir pendant cette période fait « l’expérience de la générosité immense de certains hommes et femmes » sans lesquels lui et sa famille n’auraient pas survécu à la traque nazie. Ne manquant pas de rendre un hommage ému à ses parents « qui ont placé la sauvegarde de la vie de leurs enfants avant la leur », souligne celui qui admet avoir conservé de cette période une angoisse, et la difficulté pendant longtemps de pouvoir en parler.

La recherche ? « Une entente… »

La vie reprend après la guerre. Avec elle, la curiosité insatiable qui l’anime depuis sa plus tendre enfance quant au fonctionnement du monde et ses mécanismes. Il fera de cette curiosité sa passion, le moteur de sa vie. François Englert entre au début des années 50 en Polytechnique à l’ULB. Son diplôme d’ingénieur électromécanicien en poche, il devient assistant en Polytechnique, obtient sa licence, puis son doctorat, et s’oriente vers la recherche, décidément plus intéressé par les fondements ultimes des phénomènes que par les réalisations techniques. Une recherche qu’il entrevoit comme « un échange », plus même, « une entente ». Celle qu’il aura avec son ami Robert Brout, professeur à la Cornell University aux Etats-Unis, en sera la parfaite illustration.

C’est avec Robert Brout qu’il publie le 26 juin 1964 dans le Physical Review Letters cet article qui lui donnera cinquante ans plus tard le Prix Nobel. La découverte physique que constitue alors ce boson semble être la plus essentielle faite depuis un demi-siècle. Au même moment, l’article de Peter Higgs est déposé. « Il y a eu codécouverte, de manière indépendante, mais complémentaire », accepte François Englert, qui demandera, lors de l’attribution du prix Nobel, que le boson de Brout-Englert-Higgs soit renommé « boson H », les particules étant souvent définies par une lettre. Son ami Robert Brout, décédé en 2011, n’est malheureusement plus là pour profiter de la bonne nouvelle.

« On a dit, et c’est vrai, que nous aurions déjà pu recevoir le Nobel en 1984, quand il a été attribué pour les bosons W et Z, qui expliquent le mécanisme que nous avions élaboré », relève-t-il. Il faudra attendre le 4 juillet 2012 pour que la théorie soit confirmée par l’expérience, au laboratoire du CERN à Genève. Entretemps, François Englert est devenu professeur émérite de l’ULB où il enseigne la physique depuis 1964. Il est aussi «Sackler Professor by Special Appointment» à l’Université de Tel-Aviv.

Ses distinctions sont nombreuses avant qu’il soit nommé baron par le Roi Albert II. Il choisira pour devise : « Il n’est sagesse sans folie ». « A l’ULB, Englert est un électron libre, un homme de gauche original et parfois mal compris par ses pairs. C’est comme tel qu’il fera partie des meneurs du mouvement étudiant en mai 1968 », nous rappellent Françoise Baré et Guy Duplat. Mais Englert, âgé aujourd’hui de 80 ans, est aussi sage. « Il a la passion de transmettre son savoir et de faire progresser la science », notera le Premier ministre Elio Di Rupo peu après la remise du Nobel. S’il accepte que les gens n’aient peut-être pas tout compris à ses découvertes, François Englert se réjouit qu’« ils appréhendent mieux ce qu’est la recherche ». En espérant qu’ils la conçoivent comme lui : « un barrage contre l’invasion menaçante de l’irrationnel, de ces idéologies destructives et dangereuses qui, en particulier en Europe, ont amené la barbarie et nous menacent encore de violence et d’intolérance ». 

Conférence-Débat 

animée par Sophie Creuz, journaliste à la RTBF.

Espace Yitzhak Rabin – Infos et réservations : 02/543.02.70 ou info@cclj.be

Françoise Baré – Guy Duplat, Particules de vie. Conversation avec François Englert, prix Nobel de physique, éd. Renaissance du livre

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