L’élection de François Hollande à la présidence de la République ne bouleversera pas les relations entre la France et Israël. Le Président socialiste va inscrire sa politique étrangère dans le sillage de ses prédécesseurs.
« Est-ce bon pour les Juifs ? ». On aurait pu penser que l’avènement d’un Etat juif souverain allait la ranger au rayon désormais obsolète des obsessions diasporiques. Hélas ! Non seulementa-t-elle subsisté sous sa forme ancienne, elle s’est doublée d’un pendant moderne : est-ce bon pour Israël ? Ou plutôt, elle a été recouverte par son pendant moderne. Plions-nous donc à l’antique rituel : l’élection de François Hollande est-elle « bonne pour les Juifs et pour Israël » ?
Pour les Juifs, français en l’occurrence, elle ne change évidemment rien. Citoyens à part entière de la République, cette dernière continuera, comme il se doit, d’être sourde et aveugle à leur appartenance communautaire. Aussi bien, ce n’est pas par rapport à leur propre situation que les Juifs français et leurs coreligionnaires d’Israël et d’ailleurs se positionnent, mais par rapport à l’Etat juif. Tellement il est vrai qu’Israël reste le principal pôle identitaire de la Diaspora.
Pour autant qu’on sache, Nicolas Sarkozy a été le principal bénéficiaire du « vote juif », aussi bien en France qu’en Israël, où les ressortissants français qui se sont donné la peine d’aller voter, une petite minorité d’ailleurs, l’ont gratifié d’un plébiscite digne d’une république bananière. Sur quoi s’est fondé cet enthousiasme qui a fait mentir le penchant traditionnel des Juifs français à voter plutôt à gauche ? Sur la réputation pro-israélienne du président sortant, bien sûr. Que cette réputation ne fût pas usurpée, c’est l’évidence. Nicolas Sarkozy est sans conteste un ami sincère d’Israël. A cela s’ajoute un tropisme pro-américain et atlantiste qui a détonné dans la galerie des présidents de la 5e République.
Craintes irrationnelles
A l’inverse, sur quoi se fonde la méfiance des Juifs de France, ou plutôt de ses représentants officiels, à l’égard de François Hollande ? Après tout, le nouveau président est issu d’un courantdu socialisme français qui a toujours été sympathique à la cause sioniste. Nourrie par une alliance forgée dans la Résistance, l’opposition partagée à l’impérialisme britannique, l’admiration qu’inspirait l’expérience concrète du sionisme socialiste et là les amitiés nées de la fréquentation commune de l’Internationale socialiste, cette attitude a été celle de la SFIO, puis du courant majoritaire du PS auquel se rattache François Hollande. C’est à ce courant qu’ont appartenu ses mentors en politique, Jacques Delors, François Mitterrand et Lionel Jospin. Lui-même s’est souvent exprimé en ce sens, tout comme ses collaborateurs les plus proches.
Richard Prasquier, président du CRIF, en convient volontiers. Ce sont les alliés du PS dans la gauche qui éveillent ses soupçons, notamment les Verts et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Il est à craindre, a-t-il déclaré en substance, que les manifestations hostiles à Israël vont se multiplier, créant ainsi un climat délétère qui ne manquera pas de peser sur la politique de la France comme sur les relations entre le judaïsme français et le gouvernement. Et il semble bien que ses craintes soient largement partagées au sein de la communauté.
Ces craintes sont très exagérées, sinon carrément irrationnelles. Non que les franges de la gauche française soient exemptes de reproche. Mais il y a quelque inconséquence à se focaliser sur les alliés de François Hollande alors qu’on a choisi d’ignorer ceux de Nicolas Sarkozy. Car pourquoi Cécile Duflot aurait-elle davantage d’influence sur celui-là que le tout-puissant conseiller Patrick Buisson, venu de l’extrême droite, n’en avait sur celui-ci ? Dans le système de la 5e République, c’est le président qui a la haute main sur la politique étrangère de la France, et lui seul. Cela était vrai sous la droite, et le restera sous la gauche.
Surtout, il ne faut pas oublier que la politique extérieure de la France obéit à des tendances lourdes qui ne varient guère en fonction de l’équipe au pouvoir. Tout « sioniste » qu’il était, Nicolas Sarkozy, qui ne s’est pas gêné pour traiter Benjamin Netanyahou de « menteur » dans un échange fameux avec Barack Obama, a sur un règlement éventuel du contentieux proche-oriental rigoureusement la même approche qu’avait Jacques Chirac avant lui et que François Hollande aura après lui. La sympathie ou l’antipathie n’y jouent qu’un rôle négligeable; c’est de Realpolitik qu’il s’agit.
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