Gédéon Kuts est journaliste au mensuel L’Arche et correspondant permanent à Paris pour la télévision israélienne, Israël Channel Two. Il accompagnait la délégation française qui participait au neuvième sommet de la francophonie qui se tenait à Beyrouth du 18 au 22 octobre. Rien d’anormal, si ce n’est pour une quarantaine de journalistes libanais qui ont tenté de faire expulser Gédéon Kuts après l’avoir bousculé sous prétexte qu’il possède la double nationalité, française et israélienne. Les autorités libanaises lui ont retiré son accréditation officielle pour le consigner dans sa chambre d’hôtel jusqu’à la fin du sommet.
L’affaire n’est pas anecdotique et mérite que l’on s’y attarde car elle exprime l’incapacité de nombreux médias arabes à évacuer l’antisémitisme lorsqu’il est question d’Israël et des Juifs. De plus, cet incident ôte tout crédit à l’Organisation internationale de la francophonie qui s’est engagée lors du sommet précédent à prendre des mesures pour encourager la démocratisation des pays francophones. Lorsqu’une organisation internationale, qui entend promouvoir les valeurs démocratiques que la langue française est censée véhiculer depuis la Révolution de 1789, ferme les yeux sur des agissements antisémites et sur une atteinte à la liberté de la presse, on peut considérer qu’elle manque gravement à la mission qu’elle s’est fixée et que le rôle politique qu’elle entend jouer sur la scène internationale est entaché d’un vice. Lorsque les délégations des pays démocratiques ont pris connaissance de cet incident, il eût été préférable qu’elles se retirent avec éclat de ce sommet en déclarant qu’elles ne pouvaient cautionner un tel acte. La fermeture temporaire de MTV, une chaîne de télévision libanaise indépendante qui dénonce l’occupation syrienne du Liban, ainsi que la présence du secrétaire général du Hezbollah, le cheikh Nasrallah, lors de la cérémonie inaugurale, auraient dû susciter une dénonciation sans équivoque.
Ce pays voisin d’Israël tenait à accueillir ce sommet pour redorer son image. Il a beau avoir adopté formellement dans sa Constitution et dans son discours officiel la démocratie et les libertés, les faits indiquent le contraire. Ses institutions d’inspiration démocratique sont des coquilles vides et le style de son gouvernement est plus autoritaire que démocratique. Dans ces conditions, il est facile d’agiter, comme par le passé, le complot sioniste censé expliquer tous les malheurs du Liban et du monde arabe. On peut se réjouir malgré tout que l’aspiration réelle à la démocratie, qui s’exprime de plus en plus dans la société civile, vise à dépasser ce discours sclérosé en remettant clairement en cause l’occupation syrienne et en dénonçant les violations des droits de l’Homme. Il est intéressant de signaler que ce désir démocratique est également partagé par de nombreux Palestiniens qui osent de plus en plus fréquemment déclarer que leur futur Etat doit s’écarter du modèle mis en place dans les Etats arabes et s’inspirer de l’expérience israélienne au lieu de la diaboliser.