Fraternité 2011 : Laïcité, égalité et mixité à l’école

Notre société est marquée par la diversité et paradoxalement, les écoles se sont transformées en véritables ghettos socioculturels où la rencontre avec l’autre devient rare. Cette évolution regrettable où l’école devient de moins en moins un espace d’apprentissage et d’émancipation sera abordée lors de « Fraternité, les rencontres de la laïcité, de l’égalité, et de la mixité » au CCLJ le 7 décembre 2011.

L’école officielle demeure l’espace où la laïcité est valorisée et soutenue. La spiritualité n’y est pas niée; elle trouve sa place à travers les cours de religion qui y sont dispensés. L’immixtion progressive de la pratique religieuse dans l’espace publique incite certains à s’interroger aujourd’hui sur la place centrale de la laïcité au sein des écoles du réseau officiel. L’école officielle est-elle devenue progressivement une école pluraliste où la laïcité n’occupe qu’une portion réduite à un simple cours de morale ? Pour Nadia Geerts, enseignante et co-initiatrice du R.A.P.P.E.L. (Réseau d’action pour la promotion d’un Etat laïque), « l’école officielle belge n’a hélas jamais été laïque, même si cela a pu être le rêve de certains. Le Pacte scolaire a au contraire enfermé l’école officielle dans une conception plus pluraliste que laïque, en organisant l’enseignement des cours de religion (pour les six religions actuellement reconnues) à côté de celui de la morale (elle-même baptisée « non confessionnelle » et non « laïque »). L’identité même du cours de morale est en pleine évolution et en perpétuel questionnement, et hésite en particulier entre l’enseignement d’une morale athée, l’ouverture à la laïcité politique, et l’initiation à la philosophie ».

La suppression des cours de religion et de morale est souvent évoquée dans les débats sur l’école. Pour de nombreux enseignants, cette suppression n’est pas nécessaire. Ils estiment qu’il convient plutôt d’ajouter au programme un cours de philosophie pour tous les élèves, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques. Ce n’est pas le point de vue de Nadia Geerts qui préconise clairement la suppression des cours de religion et de morale : « Plutôt que d’enseigner aux enfants les dogmes de leur religion ou la morale non confessionnelle, il est urgent de leur apprendre à vivre ensemble, dans le respect mutuel et avec en toile de fond l’absolue liberté de conscience et le principe de séparation du politique et du religieux. Il est interpelant qu’alors que le décret neutralité, par exemple, rappelle l’indispensable attachement de l’enseignement officiel à des principes tels que la démocratie, l’Etat de droit ou les Droits de l’homme, aucun lieu ne soit prévu pour sensibiliser les élèves à ces principes ».

Le choix des parents

Cette critique n’est pas neuve. L’école officielle éprouve toutes les peines pour demeurer cet espace où les enfants apprennent à devenir des citoyens critiques. Ce qui interpelle aujourd’hui de nombreux militants de la laïcité attachés à l’enseignement officiel porte sur l’attitude de parents appartenant au monde laïque. Ils désertent l’école officielle au profit des écoles confessionnelles. « Les parents choisissent fréquemment une école pour leurs enfants en fonction des orientations pédagogiques », observe Marie-Christine Linard, secrétaire générale de la Fédération des associations de parents de l’école officielle (FAPEO). « Ils négligent complètement le choix philosophique. Et certains parents ont même le sentiment que la dimension religieuse ne leur paraît plus présente dans les écoles catholiques ». Les parents expliquent aussi que les écoles libres accordent une place plus importante à l’enfant. L’école officielle apparaît comme distante par rapport aux réalités des enfants et des parents. Cette image colle souvent au réseau officiel, même si dans la réalité, de nombreux établissements font un travail de terrain extraordinaire auprès des enfants et des parents. « On n’inscrit plus son enfant dans une école parce qu’elle est officielle ou libre, mais parce qu’elle est réputée pour la qualité de son enseignement, parce qu’elle est facile d’accès, ou pour toute une série d’autres raisons parmi lesquelles la « couleur philosophique » de l’école ne joue qu’un maigre rôle », constate Nadia Geerts. « Les écoles confessionnelles surfent sur l’ambiguïté en se disant à la fois porteuses d’une mission d’évangélisation et ouvertes à tous dans le respect de leurs convictions ».

Spécificité bruxelloise

Quand on aborde la question des différents réseaux scolaires, on est tenté légitimement d’associer les écoles libres confessionnelles et non confessionnelles à un public plus privilégié socio-culturellement. A force de schématiser, l’école libre est celle des beaux quartiers, et l’école officielle, celle des quartiers populaires. En réalité, le clivage socioculturel traverse les différents réseaux scolaires, surtout à Bruxelles. « Il existe de nombreuses écoles catholiques à discrimination positive dans des quartiers difficiles où les parents ne maîtrisent même pas une des langues nationales alors qu’ils vivent en Belgique depuis plus de vingt ans », déplore Christine Mironczyk, médiatrice scolaire de la Communauté française et présidente de la Fédération des amis de la morale laïque.« Par ailleurs, il y a des écoles d’élite dans le réseau officiel et leur accessibilité à un public populaire n’est pas une chose aisée. La spécificité bruxelloise réside précisément dans la ghettoïsation des écoles. On peut se retrouver ainsi avec des classes entières homogènes sur le plan religieux ou culturel, des classes et des écoles sans aucune diversité. Tous les beaux discours sur la rencontre de l’autre et de la richesse des différences se heurtent à cette absence totale de mixité culturelle ».

Il serait illusoire de croire que la laïcité est bien éloignée de ce débat sur la mixité sociale et culturelle des écoles. Des revendications religieuses apparaissent plus facilement dans une école où la diversité culturelle ou religieuse est inexistante. Cette situation peut même susciter l’exode des derniers élèves qui n’adhèrent en rien à ces revendications. « Je vois mal un Juif ou un catholique dans certaines écoles à discrimination positive de Bruxelles. Même un punk, un grunge ou un élève un peu artiste n’y auront pas leur place. Ils seront considérés comme des intrus et seront pointés du doigt par leurs condisciples », regrette Christine Mironczyk. En renforçant la laïcité au sein même de l’école, on instaurerait un climat plus propice à la diversité. Si elle n’est pas suffisante, la laïcité apparait bien comme une condition indispensable pour briser le cercle vicieux de la ghettoïsation de nos villes.

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