Le 25 février prochain à 20h, Frédéric Sojcher présentera au CCLJ son tout dernier film Je veux être actrice, en présence de son père Jacques et de sa fille Natasjia, tous les deux au cœur de cette magnifique histoire. Quand la rencontre de deux générations se mêle à la transmission.
Racontez-nous comment ce film est né ?
Frédéric Sojcher C’est ma fille Natasjia, aujourd’hui âgée de 10 ans, qui m’a donné l’idée de départ. Passionnée par le théâtre depuis toute petite -elle a suivi les cours Florent à Paris et est inscrite à l’Académie d’Uccle-, elle rêvait de rencontrer des grands comédiens, afin qu’ils lui transmettent leurs secrets. J’ai appris par ailleurs que mon père avait lui aussi toujours voulu être acteur, mais il prétend que le fait d’avoir déjà dû jouer un rôle pendant la guerre, en changeant de nom comme enfant caché pour sauver sa propre vie, lui a coupé l’envie de jouer un rôle de composition. Il a certes tourné dans plusieurs films, mais toujours son propre rôle. En plus de ce désir d’être acteur transmis de génération en génération, j’ai voulu créer un lien entre mon père et ma fille. C’est la première fois qu’il
se dévoile et parle de son histoire à Natasjia. La demande de ma fille de rencontrer des acteurs a rejoint la mienne, qu’elle « rencontre » son grand-père.
Jacques Weber, Michael Lonsdale, Patrick Chesnais, François Morel, Micheline Presle et tant d’autres, de grands noms français ont accepté de partager avec elle leur passion, comment avez-vous procédé ?
FS J’ai contacté les comédiens que je connaissais, en leur demandant de parler de leur travail : c’est quoi être acteur, c’est quoi jouer, comment construit-on un personnage, avec quel rapport au texte ? Ils ont tout de suite accepté. C’est un film qui s’exprime simplement en s’adressant à une fille de 10 ans, mais qui n’hésite pas à expliquer des notions parfois complexes, comme le charisme, le lâcher-prise… La rencontre fonctionne très bien, parce que Natasjia est vraiment intéressée et parce qu’ils parviennent à lui transmettre des éléments de leur passion de façon accessible.
Votre père, Jacques Sojcher, accompagne votre fille, en apportant au film une dimension familiale.
FS Effectivement, mais pas seulement. La question de la transmission est fondamentale pour moi, mais je ne voulais pas y ajouter du pathos. La judéïté n’est pas uniquement un poids à porter, même si ça l’est aussi. Chaplin en a apporté la preuve en réussissant à faire rire avec Le Dictateur, tout comme Ernst Lubitsch, avec To be or not to be. Le comédien Jean-François Derec aborde dans le film la question de l’humour juif, mais aussi c’est quoi être juif ? C’est quoi être un acteur juif ? Les questions posées dépassent le cadre familial, pour parler des origines, de la philosophie de vie, de l’identité.
Peut-on parler de docu-fiction ?
FS C’est en tout cas un film atypique : un documentaire, avec des parties de fiction, certaines scènes volontairement jouées, dont une de Roméo et Juliette avec Denis Podalydès, ou de Cyrano avec Jacques Weber. Ce besoin de raconter des histoires rejoint d’ailleurs la démarche philosophique de mon père. Le théâtre, le cinéma est une manière de raconter le monde, d’être en quête de sens, comme l’est selon moi la religion ou la mythologie. C’est une façon d’avoir de petites réponses à nos questions existentielles.
« Je veux être actrice » aura plusieurs vies…
FS Il en aura en tout cas trois ! Coproduit par France2 et la RTBF, d’abord prévu pour la télé, le film est finalement devenu un long métrage, sorti en salle en France le 20 janvier 2016. Le DVD, accompagné d’un livre réunissant tous les propos des comédiens du film, y compris ceux que l’on ne voit pas, sortira en librairie début mars. Le film sera ensuite diffusé à la télévision sur les chaînes publiques française et belge.
Film réalisé par Frédéric Sojcher (2015 – 62’ – VO FR).
Avec Patrick Chesnais, Lorànt Deutsch, Michael Lonsdale, François Morel, Denis Podalydès, Micheline Presle, Philippe Torreton, Jacques Weber…
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