Galilee Institute : Le savoir-faire, ça se partage

Depuis 2000, le kibboutz Mizra accueille des délégations de professionnels du monde entier pour partager avec eux les connaissances israéliennes en matière de technologie, d’industrie, de santé ou d’agriculture. Un savoir-faire que ces populations pourront transmettre à leur tour dans leur propre pays, pour améliorer leurs conditions de vie.

Ils viennent du Kenya, de Namibie, d’Ethiopie, de Chine. Ils sont 150 originaires de quelque 22 pays. Et ils logent pour un mois à Mizra, kibboutz de 700 habitants, situé à 100 kilomètres au nord de Tel-Aviv. Ce soir, après leur avoir souhaité la bienvenue, l’ancien mazkir (responsable), Tzvi Harel, leur parlera des fondements idéologiques de ce kibboutz un peu particulier, puisqu’il est un des rares à ne pas être encore totalement privatisés. Histoire de leur faire découvrir cette réalité et leur permettre de s’intégrer au mieux dans une communauté qu’ils côtoieront pendant plusieurs semaines. Les chiffres défilent et impressionnent : « Les 280 kibboutz d’Israël représentent 1,5% des habitants du pays », explique Tzvi Harel. « Un pourcent et demi qui produit 35% des produits agricoles et 10% des produits industriels, grâce à plus de 40.000 employés qui viennent de l’extérieur pour travailler dans les kibboutz ». Il poursuit : « Le kibboutz Mizra a été créé en 1923, par des immigrés d’Europe centrale qui ont laissé derrière eux tout ce qu’ils possédaient pour arriver comme pionniers sur la terre de leurs ancêtres. Ils croyaient à l’existence possible d’une autre société, égalitaire et démocratique, dans laquelle les bénéfices individuels permettraient d’augmenter les capacités collectives. Ce rêve est devenu réalité, même s’il a ensuite fallu se réveiller… ».

Ouverture au monde

La soirée d’introduction sera suivie de séminaires, de visites sur le terrain, mais aussi de soirées de rencontre et d’échange entre les participants. Dans la salle à manger du kibboutz, nous retrouvons Lucie, venue du Rwanda. Employée par la UNFPA (United Nations Population Fund), dans le domaine de la santé publique, c’est la première fois qu’elle vient en Israël. Un pays qu’elle ne connaissait que par la Bible. « Et tout devient réalité ! », sourit-elle.

Sébastien qui s’étonne du calme de la région est originaire du Cameroun, où il travaille pour la coopération à l’environnement. Si lui s’intéresse à la formation en aménagement des forêts et au développement durable, Lucie se concentre sur les gestions innovantes et les soins apportés aux malades du SIDA. « Israël a des connaissances particulières dans ce domaine, leur système de santé est bien structuré », souligne-t-elle.« Nous revenons de l’Hôpital Hadassah, où nous avons vu comment ils géraient les patients atteints du SIDA. Leur approche interdisciplinaire est très intéressante et prouve qu’Israéliens et Palestiniens peuvent dépasser leurs différences pour travailler ensemble. Nous avons aussi rencontrédes responsables de Tene-briut, une organi-sation éthiopienne israélite qui illustre bien l’intégration d’une autre population dans le domaine de la santé. Les Ethiopiens sont les plus touchés dans le pays par la maladie ».

Tzvi Harel relève les avantages de ces formations pour les deux parties : « Bien sûr, nous avons dû adapter nos infrastructures pour accueillir le Galilee Institute, mais cela ouvre notre kibboutz sur le monde et le monde entier voit notre kibboutz, ce qui est essentiel quand on sait la mauvaise image d’Israël à l’étranger. Certains participants viennent d’Afghanistan, d’Indonésie alors que leurs pays n’ont même pas de relations politiques avec Israël. L’argument financier n’est pas non plus négligeable, puisque cela assure l’occupation de nos chambres à 45%. En sachant que ceux qui repartent d’ici sont nos meilleurs ambassadeurs ».

On peut se demander pourquoi plus de pays européens ne participent pas au projet. « Il y a quelques années, l’ancienne Yougoslavie, la Pologne, la Roumanie venaient suivre des formations chez nous, c’était passionnant », se souvient Tzvi Harel. « Mais l’Europe propose désormais à ses membres des alternatives plus proches et la plupart des participants viennent aujourd’hui d’Afrique et d’Asie. Outre la crise économique, on ne peut nier aussi les répercussions directes de la situation politique israélienne sur ce programme ».

En bref

Fondé en 1987 par le Dr. Joseph Shevel, professeur à l’Université de Haïfa se revendiquant de la gauche israélienne, le Galilee International Management Institute organise chaque année des programmes de formation et des séminaires de renforcement de capacités pour quelque 1.200-1.500 cadres supérieurs des pays en voie de développement ou industrialisés. En accord avec ses croyances idéologiques, il s’est aussi engagé à promouvoir la paix entre Israël et ses voisins, et mène un grand nombre de tentatives de médiation, en proposant des programmes conjoints israélo-palestiniens. Le Galilee Institute fonctionne sur fonds propres, avec l’aide des organisations internationales dont sont issus la plupart des participants.

Infos : www.galilcol.ac.il/

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