Après deux années de silence, l’ex-directeur artistique de Dior explique dans quel contexte il a prononcé « les pires paroles de ma vie »* et présente ses excuses. Repentir vrai ou coup de « com » ? Les deux ?
Février 2011 : l’icône John Galliano tombe de son piédestal. Idolâtré dans le milieu de la mode pour son génie créatif, son excentricité… et son sens des affaires (en 15 ans, il a multiplié par 4 le chiffre d’affaires de Dior), le styliste disjoncte complètement dans un café parisien.
Avec un langage cru, vulgaire et violent, il s’en prend à un couple en affirmant, entre autres : « J’aime Hitler. Des gens comme vous seraient morts. Vos mères, vos ancêtres auraient tous été gazés ». Par la suite, on apprend qu’il a déjà tenu à deux reprises des propos racistes.
La maison Dior le licencie sur le champ. Poursuivi en justice, Galliano est condamné en septembre 2011 pour « injures antisémites et racistes » : 6 000 euros d’amende (avec sursis) et 16 500 autres pour les frais de justice. Dans la foulée, on lui retire sa Légion d’honneur.
Après deux années de silence, le voici qui revient sur ces événements dans le magazine Vanity Fair. Selon ses dires, Galliano est tombé dans l’alcool en 2007 après le décès de deux de ses proches, son bras droit, Steven Robinson, et la styliste Isabella Blow
« Je n’ai pas eu le temps de faire mon deuil (…). Je mélangeais du valium, des barbituriques, des somnifères et de l’alcool. (…). Je ne me lavais plus. J’étais couvert de plaies. Je tremblais » concluant qu’il était en passe de finir « à l’asile ou six pieds sous terre ».
A présent, après une cure de désintoxication, Galliano affirme : Quand j’ai vu la vidéo (de ses propos.NDLR) , j’ai vomi. Ce sont les pires choses que j’ai dites de toute ma vie et pourtant je ne les pensais pas (…)
J’étais tellement énervé et mal dans ma peau que j’ai juste dit la chose la plus malveillante qui m’est venue à l’esprit ». Enfin, le styliste assure qu’il a rencontré des responsables juifs et qu’il leur a présenté ses excuses.
L’opération de communication est évidente. D’ailleurs, l’interview a été reprise sur d’innombrables sites « people » et presque autant d’autres plus sérieux. Normal, déchu ou non, Galliano reste une star.
D’autant que si le public adore assister à la chute d’une idole, il apprécie encore davantage qu’elle ressuscite de ses cendres. Et, bien entendu, à présent qu’il est comme neuf, Galliano entend reprendre sa place de roi de la mode.
On peut donc penser que ses excuses ne sont que de façade, une humiliation qui constitue un passage obligé pour revenir sur le devant de la scène. Un prix assez faible en définitive comparé à ce qu’il peut espérer reconquérir.
Sauf qu’on n’en sait rien, n’est-ce pas ? Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’en plus de 20 ans de carrière, Galliano n’avait jamais « dérapé » dans le racisme. Et que ses défilés ont toujours eu des inspirations multiculturelles sinon cosmopolites.
Autre point : un des plus grands reproches que l’on fait –et à juste titre- aux bourreaux ou aux collabos qui réclament l’amnistie, c’est leur refus de reconnaître la moindre erreur et de présenter la plus petite excuse. Peut-on rejeter celles de Galliano au prétexte qu’il a intérêt à les faire ?
Ou seulement parce qu’on ne les estime pas sincères ? Pour l’importance que cela a, on aurait plutôt tendance à penser que, si odieux qu’aient été les propos, on devrait accepter comme vraies les regrets de leur auteur. D’autant que pardonner n’est pas oublier…
* http://www.vanityfair.com/online/daily/2013/06/john-galliano-interview-exclusive
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