La bande de Gaza est une poudrière. Il suffit d’une étincelle pour qu’elle explose. Mais cette fois-ci, l’action déployée par les Palestiniens a pris une toute autre allure que celles de 2014, 2012 et 2008.
Plus question de tirs de roquettes ni de tunnels. Il s’agit de manifestations (la marche du grand retour) organisées en cinq points le long de la frontière séparant la bande de Gaza d’Israël. Même si le mot d’ordre du « retour » est perçu à juste titre par les Israéliens comme l’annihilation programmée de leur Etat-nation, ces manifestations apparaissent plutôt comme un mode de protestation nouveau que Tsahal aura bien du mal à gérer sans dégât.
Etranglés économiquement par les restrictions sévères imposées par Israël ne leur permettant pas de vivre dans les conditions les plus élémentaires de la vie quotidienne, la population de Gaza est désespérée. C’est ce qui a poussé des dizaines de milliers de Palestiniens de Gaza à participer à ces manifestations.
La responsabilité du Hamas au pouvoir à Gaza depuis le coup de 2007 est aussi importante dans la situation de crise humanitaire où la population de Gaza se trouve depuis des années. L’exploitation cynique que ce mouvement islamiste en fait pour renforcer son emprise sur la population palestinienne est tout aussi déplorable.
Depuis que la Syrie s’enlise dans une guerre meurtrière, il ne faut pas être spécialiste du Proche-Orient compliqué pour comprendre que les Palestiniens cherchent à ne pas se faire oublier par la communauté internationale. Pour ce faire, ils savent qu’ils doivent marquer les consciences et remporter la bataille médiatique. Comment ? En brisant la clôture de séparation entre Gaza et Israël, symbole d’enfermement, en poussant Tsahal à réagir violemment et, si possible, en subissant des pertes pour exacerber l’idée des massacres commis par les soldats israéliens et dénoncer l’usage disproportionné de la force.
Les responsables politiques et militaires israéliens avaient conscience du problème. Malheureusement, Israël a répété la semaine dernière certaines de ses erreurs du passé. Les 17 manifestants palestiniens tués ce weekend ont immédiatement attiré l’attention de l’opinion publique internationale, tout comme en septembre 2000 lorsque la seconde intifada a commencé.
Cette erreur est impardonnable car les responsables de l’armée israélienne savaient que cet affrontement a pour objet de sensibiliser les consciences. Comme s’ils avaient soudain négligé la dimension médiatique du conflit. Dans ce contexte, la force armée, disproportionné ou pas, se retourne contre celui qui en fait usage.
Que faire, demandait Lénine ? La réponse n’est pas univoque. Le recours à la diplomatie est une option à explorer d’autant plus qu’un rapprochement entre l’Arabie Saoudite et Israël s’amorce depuis un certain temps et que l’homme fort du royaume, le prince héritier Mohammed ben Salmane, a déclaré il y a quelques jours « qu’Israël avait le droit de vivre en paix sur son territoire ».
Les autorités israéliennes ont certes le devoir de protéger sa population contre des incursions dans son territoire d’hommes armés venus y perpétrer des attentats -comme cela a été le cas encore récemment- mais elles ne peuvent répéter qu’elles n’ont rien à se reprocher alors qu’elles créent simultanément les conditions pour qu’un soulèvement palestinien à Gaza se produise et soit dirigé contre Israël. C’est irresponsable.
Il est trop facile de déclarer inlassablement qu’Israël a quitté Gaza en 2005 alors qu’il contrôle encore hermétiquement les accès terrestres et maritimes (aucun accès aérien) de ce territoire surpeuplé. L’asphyxie économique et énergétique de la bande Gaza doit cesser, d’autant plus qu’elle ne garantit en rien la sécurité d’Israël.
Alors que des manifestations palestiniennes vont à nouveau être organisées vendredi aux abords de la clôture frontalière, Israël ne peut se contenter de les réprimer violemment.
Israël doit réagir politiquement et rapidement. Car contrairement à ce que pensent les tenants de la manière forte et les durs de la droite nationaliste et religieuse, le temps ne joue pas en faveur d’Israël. « Les Palestiniens ont compris qu’ils ont découvert le ventre mou d’Israël, et ils reviendront le frapper », a déclaré à juste titre le député travailliste Nahman Shai, lui-même ancien porte-parole de Tsahal.
]]>