Depuis qu’Israël a lancé son opération militaire à Gaza, un élan de solidarité s’est exprimé à l’égard des populations palestiniennes victimes des bombardements. Malheureusement, certains ont tendance à croire que pour être bien entendu, ce soutien doit se manifester par le biais de la rhétorique antisémite. Un phénomène inquiétant qu’on ne peut ignorer.
Les images qui proviennent de la bande de Gaza depuis que l’armée israélienne a lancé son offensive contre le Hamas montrent clairement une situation humanitaire désastreuse. Dans ce contexte, on comprend aisément que des manifestations de soutien aux populations de Gaza s’expriment en Belgique.
En revanche, on ne peut que déplorer l’apparition d’un phénomène inquiétant qui entache cet élan de solidarité citoyenne : la libération de la parole antisémite ainsi que le passage à l’acte antisémite complètement assumé, et le tout au nom de la dénonciation des opérations militaires israéliennes à Gaza. Quelques exemples pour saisir à quel point un conflit proche-oriental rend fou… ou antisémite.
Ainsi, le 15 juillet, le gérant d’un magasin d’Anvers a expliqué à une cliente ne pas vouloir vendre ses marchandises à des personnes juives en signe de protestation des bombardements de Gaza. Bien qu’il conteste avoir tenu de tels propos, un journaliste de Joods Actueel s’est rendu dans le magasin avec une caméra cachée pour constater que le gérant avait bel et bien pris cette initiative antisémite.
Le 23 juillet à Saint-Nicolas (banlieue liégeoise), un cafetier turc a affiché une pancarte explicitement antisémite sur son établissement : « Dans ce commerce, les chiens sont autorisés mais les Juifs jamais ». Le soutien à Gaza est également le motif invoqué par le patron du café.
Certains pourraient dire que cela touche des esprits faibles ou peu instruits. Hélas non. Le 25 juillet, le Commissaire fédéral en charge de la vaccination contre la grippe, le docteur Marc Van Ranst a déclaré ne pas hésiter à prononcer le terme « Gazacaust » pour décrire la situation humanitaire à Gaza à l’occasion de la publication d’un appel de 120 médecins flamands pour que les autorités belges prennent des sanctions contre Israël.
Il n’est pas le seul médecin à franchir la ligne rouge. Le 30 juillet, un Juif anversois contacte par téléphone un médecin de garde pour soigner sa mère souffrant d’une fracture à une côte. Le médecin au bout du fil aurait dit qu’il refusait de se rendre chez la patiente. « Envoyez-la quelques heures à Gaza. Après, elle ne ressentira plus la douleur », aurait-il déclaré au cours d’une seconde conversation téléphonique.
Le dernier incident de ce type est intervenu cette semaine lorsque le responsable local du CD&V de Deurne, Hassan Aarab, a posté sur sa page Facebook, que si « Hitler n’a pas fait déporter tous les Juifs, c’est pour (nous) montrer pourquoi il voulait les exterminer » !
Bien qu’il ait présenté ses excuses pour ses propos antisémites, Hassan Aarab a malgré tout ensuite déclaré dans les colonnes de Gazet van Antwerpen qu’il maintenait ses propos en précisant que « S’il s’agit de Juifs, tout le monde réagit. Entre-temps, des Palestiniens sont assassinés mais personne ne fait rien, y compris mon parti ». Curieusement, le parti chrétien démocrate flamand n’a pas encore pris de sanctions à l’égard de ce dernier.
Ces différents exemples nous plongent au cœur d’un antisémitisme de la vie quotidienne où des anonymes tiennent des propos inacceptables ou adoptent des comportements que la loi condamne pénalement.
Il est temps que les principaux responsables de la solidarité avec la Palestine prennent la mesure de ce phénomène et rappellent clairement que la cause palestinienne ne peut se perdre dans les méandres nauséeux de l’antisémitisme et de la nazification d’Israël et des Juifs. L’intellectuel palestinien Edward Saïd n’avait pas hésité à le faire dans les années 1990 et l’ambassadrice de la Palestine Leïla Shahid n’avait pas non plus pris des gants pour dénoncer vigoureusement la Liste antisioniste de l’antisémite Dieudonné.
Lorsqu’on ajoute à cet antisémitisme « de tous les jours » les violences commises et les slogans antisémites (mort aux Juifs) proférés lors des manifestions de soutien à la Palestine, on doit s’interroger sur cette dérive inquiétante qui pèse lourdement sur les Juifs de Belgique et qui porte également atteinte aux valeurs démocratiques de la Belgique.
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