Gaza : mouroir ou Club Med ?

Où en est la Bande de Gaza ? Pour les pro-Palestiniens, la population, dénuée de tout et sous-alimentée vit dans la misère. Côté israélien, on liste, photos à l’appui, les palaces et les restaurants gastronomiques. Alors ?

Pour tenter de s’approcher de la vérité sur la situation à Gaza, on s’est basé sur une série de rapports de l’ONU et d’articles pas trop tendancieux*. Conclusion ? Tout le monde a raison, sauf que chacun met l’accent sur la partie à moitié vide ou à  moitié pleine du verre.

D’abord, un bref rappel : la Bande de Gaza est une enclave palestinienne coincée entre Israël et l’Egypte : un  territoire de 360 kmoù vivent 1.600.000 personnes. Depuis juin 2007, elle est sous le contrôle exclusif du mouvement islamiste Hamas.  Et soumise depuis lors à un blocus israélien d’intensité variable.

Premières constations : même «allégé » ou « modéré », un blocus ne fait jamais de bien à une économie. Déjà peu florissante auparavant, celle de Gaza s’est effondrée. L’activité industrielle ne fonctionne plus qu’à 5%.

 Les exportations -essentiellement des fruits et des fleurs- viennent de reprendre. Quant aux importations, même si elles ont augmenté depuis un an, elles ne représentent qu’entre un quart et un tiers de ce qu’elles étaient en 2006.

Pour les habitants de la Bande, le blocus est une dure punition collective : 45% de la population active est au chômage, 70% de la population globale vit en dessous du seuil de pauvreté, et 60% est en état « d’insécurité alimentaire ».

Ceci étant, il n’y a pas de crise humanitaire. Les habitants de Gaza vivent mal, mangent mal et souvent trop peu. Ils ne meurent pas de faim. Pour compléter ce sombre tableau, il faut ajouter que Gaza compte aussi 300.000 mal-logés ou sans logement et 20.000 réfugiés qui vivent sous des tentes

Mais le blocus n’a pas fait que des malheureux, bien au contraire. Le Hamas, par exemple, en a carrément bénéficié. Un vrai paradoxe : l’objectif d’Israël, outre de limiter le trafic d’armes, était d’affaiblir le mouvement islamiste, voire d’inciter la population à le rejeter.

Un échec complet : déjà, le Hamas a augmenté le nombre de ses fidèles en compensant les pertes d’emplois privés par des emplois publics. Il est à présent le premier employeur du territoire.

D’autre part, le gouvernement islamiste a encaissé des millions d’euros en taxant la florissante « économie parallèle » qui circulait dans les tunnels avec l’Egypte. Il a aussi bénéficié des largesses d’hommes d’affaires prêts à parier sur un avenir meilleur.

Beaucoup d’argent à dépenser

Car, depuis qu’en juin 2010, Israël a levé l’embargo sur les matériaux de construction, nombre d’investisseurs palestiniens sont revenus. Leur priorité : déblayer les ruines et rebâtir les maisons et bâtiments détruits durant l’opération « Plomb durci » (déc. 2008-janv. 2009).

Et les besoins en logements sont énormes. A elle seule, la ville aurait besoin d’au moins 50.000 appartements. Du coup, Gaza-City  s’est couverte de chantiers, Ce qui a entraîné dans la foulée,  une timide reprise économique.  

C’est grâce à tout cela qu’une frange de la population s’est enrichie grâce au blocus. Des gens qui disposent d’argent à dépenser. Beaucoup d’argent. C’est pour eux qu’on bâtit des appartements de luxe à Gaza-Ville.

Et un grand centre commercial. Ce sont eux qui flânent dans les supermarchés, où l’on trouve de tout… si on a les moyens de se le payer.  Eux qui paradent dans leurs voitures neuves et font la file devant les restaurants gastronomiques.

Et eux encore qui séjournent dans les hôtels 5 étoiles qui ont poussé en front de mer. En attendant d’être rejoints, un jour peut-être, par la riche clientèle des pays du Golfe.  Telle est la (double) réalité de l’enclave palestinienne.

D’un côté, Gaza-City, sa reconstruction et son luxe réservé à une minorité de mercantis. De l’autre, les petites villes et les camps de réfugiés où s’entassent la majorité de la population qui ne survit que grâce à l’aide internationale…

 *Notamment un article de la journaliste indépendante Kristell Bernaud (http://www.slate.fr/story/40527/gaza-reconstruction-blocus)

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