Gênante démocratie

A chacun des projets de loi qu’elle dépose, cela devient plus clair : l’extrême droite israélienne, Israël Beteinou en tête, est en guerre contre la démocratie. Et le défenseur attitré de cette dernière, le Premier Ministre Netanyahou, ne semble pas toujours pressé de la défendre.

En fait, si on y réfléchit bien, tout est de la faute de Lénine, Staline et toute la bande. Avec leur soi-disant « pouvoir du peuple » et les crimes qui en ont suivi, ils ont suscité chez les Juifs russes une haine profonde de la démocratie qu’ils ont emportée avec eux en Israël.

Du coup, le parti Israël Beteinou, leur principale émanation politique, ne semble ni en comprendre ni en supporter la moindre expression. L’idée qu’il y a une opposition et qu’elle s’exprime le dépasse.

Que les minorités se permettent de manifester un désaccord ou que la presse ne soit pas aux ordres le consterne. Que la justice soit indépendante lui semble une hérésie. Sans parler des citoyens qui s’autorisent à contester la juste ligne de la coalition au pouvoir.

Dans cette lutte contre les libertés, ils disposent du soutien de ces alliés naturels que sont les partis ultra-orthodoxes,  les sionistes religieux ou encore l’aile dure du Likoud. En face d’eux, les démocrates, de gauche, du centre, mais aussi du Likoud.

Car tous les membres de ce parti n’ont pas oublié que leurs grands dirigeants, Vladimir Jabotinski ou Menahem Begin, ont passé la plus grande partie de leur carrière dans l’opposition et connaissaient son importance dans le processus démocratique.

Entre ces deux camps, se tient le Premier ministre qui ne devrait agir qu’en fonction des valeurs et des intérêts supérieurs de l’Etat mais qui arbitre le plus souvent en fonction de ses seuls intérêts politiques. 

C’est ainsi que s’expliquent les succès ou les échecs des propositions de lois que dépose sans cesse l’extrême droite (v. encadré) et qui ne visent qu’à restreindre les libertés et museler les oppositions Les deux plus récentes concernentle financement des ONG.

Le premier projet législatif prévoit de limiter les subventions versées par des Etats ou des organisations internationales à 4.000 euros par an. Le second de taxer ces subventions à 45%. Toutes deux viennent d’être acceptées par le gouvernement.

Selon leurs auteurs, ces propositions visent à empêcher que des pays étrangers -mêmes amis- s’ingèrent dans les affaires intérieures d’Israël.  Comme les Etats-Unis qui versent chaque année trois milliards de dollars à l’Etat juif ? Non, non, cela n’a rien à voir.

L’extrême droite pense plutôt à l’Europe qui verse de l’argent à des organisations israéliennes. 160 millions d’euros dont 158 vont à des universités ou à des projets civils. Surtout des centres d’aide médicale, juridique, éducative etc. pour les indigents.

Mais il reste tout de même deux millions d’euros qui vont à des ONG défendant les droits de l’homme. Bel hommage -quoiqu’involontaire- du vice à la vertu : pour l’extrême droite, défendre ces droits n’est pas du ressort de ce gouvernement.

Il s’agit donc pour elle de couper les vivres, d’imposer silence à toutes ces organisations qui luttent, par exemple, pour la démocratie dans les territoires occupés. En se gardant, bien entendu de causer le moindre souci à leurs alliés des colonies.

Rien de plus facile : aucun gouvernement du monde n’est assez fou pour soutenir les colons. Tout leur financement vient donc de donateurs privés. Qui ne sont pas visés par ces projets. Certes, rien n’est encore fait : il faudra trois votes à la Knesset pour qu’ils soient adoptés.

Mais, si, par malheur cela advenait, Israël, comme le fait remarquer l’organisation « New Israël Fund »*, aurait alors le privilège d’entrer dans le club très fermé de ces beaux pays qui limitent l’aide internationale à leurs ONG : l’Arabie saoudite, le Belarus, la Chine, l’Afghanistan…  

*www.nif.org/

Les mauvais coups (réussis ou ratés) de l’extrême droite
– Demande d’une commission d’enquête sur le financement des ONG -juives et sionistes- qui tentent de veiller au respect des droits de l’homme en Cisjordanie. Repoussée par la Knesset.
-Projet de loi exigeant que tout candidat à la citoyenneté israélienne jure loyauté « à l’Etat juif et démocratique » d’Israël. Cette façon déguisée de transformer les Israéliens non-Juifs en citoyens de deuxième ordre est  en cours de discussion.
– Projet de lourdes amendes contre les journaux tenant des propos « diffamatoires »,  (entendre : « désagréable au gouvernement »). Repoussé par le Président de la Knesset.
– Projet de loi prévoyant que la nomination des juges de la Cour suprême, -qui se permettent de défendre les Lois constitutionnelles contre le gouvernement-, soit soumise à l’approbation de la Knesset. Postposé par le Premier ministre.
– Projet de loi interdisant d’appeler au boycott économique ou culturel des colonies de Cisjordanie et seulement de celles-ci. Par exemple, les ultra-orthodoxes ont le droit de proposer le boycott de tout ce qui leur déplaît.Adopté.
– Projet de la loi « Nakba » : amendes imposées aux Arabes israéliens qui organisent des cérémonies sur « la Catastrophe de 1948 » le du Jour de l’Indépendance d’Israël. Par contre les intégristes juifs sont libres de considérer que c’est un jour de deuil. Adopté.

 

 

]]>