Comme chaque été depuis 1969, ils ont planté leurs tentes au pied du Monastère de Latrun, situé à mi-chemin entre Jaffa et Jérusalem. Un lieu symbolique pour ces Scouts chrétiens orthodoxes, qui offre en outre une vue sur l’étonnant village de Neve Shalom – Wahat al-Salam où cohabitent Juifs et Arabes.
Assistant personnel du conseiller juridique de la municipalité de Tel-Aviv-Jaffa, George Mansour consacre tout son temps libre et même plus à ce mouvement de jeunesse dont il est devenu depuis quelques années la véritable cheville ouvrière.
Né à Jaffa en 1971, deuxième enfant d’une famille qui compte quatre filles, George Mansour a suivi sa scolarité au Collège des Frères français, « comme la plupart des garçons arabes chrétiens ». Il effectuera ensuite un an de service civil, étudiera cinq ans la pharmacie à Marseille, avant de suivre le Droit en Israël. Sa vie se partage aujourd’hui entre son emploi à temps plein à la municipalité, les scouts le soir et les week-ends… et sa famille.
George Mansour est entré chez les Scouts à l’âge de 5 ans pour ne plus les quitter. Le résultat est appréciable : sur les 180 jeunes du mouvement, le camp de Latrun en compte 120, âgés de 5 à 25 ans. Il se déroule après un autre camp d’un mois qui a rassemblé, grâce au soutien d’un Fonds américain, une centaine de jeunes Juifs, chrétiens, Arabes et Arméniens, pour se conclure au Centre Peres pour la Paix, à Jaffa. A Latrun, la semaine ne fait que commencer, et elle promet déjà de beaux souvenirs. Comme cette animation phare dont George Mansour est à l’origine, le « Circle », désormais repris par la Fédération des Scouts d’Israël, pour sa plus grande fierté. « Les Scouts, ce ne sont pas que des nœuds et des tentes », précise-t-il. « Nous organisons de nombreux événements autour de la coexistence entre les communautés. Chaque mouvement est une tribu, nous avons donc imaginé, tous les mois, des rencontres entre une tribu juive, une tribu chrétienne, une tribu musulmane, une tribu druze et une tribu bédouine. Chacune accueille l’autre, avec l’objectif de mieux connaître ses habitudes, sa religion et ses traditions, des valeurs essentielles pour le mieux vivre-ensemble. Les Scouts semblent avoir réussi ce pari. C’est “notre pays”, nous devons tous accepter que nous ne pouvons pas vivre seuls ».
L’étoile, le croissant et la croix
Avec la même force de persuasion, George Mansour encourage depuis plusieurs années les Arabes israéliens qui ne sont pas tenus de faire leur service militaire à faire un service civil en se révélant utiles pour la société. « Nous sommes le sandwich d’Israël, et le gouvernement, surtout quand il est de droite, ne nous donne pas la chance de nous exprimer. Le service militaire est peu valorisant pour nous, mais en tant que citoyens, je trouve que nous devons servir ce pays. Le service civil d’un an est une occasion à saisir. Je propose d’ailleurs à ceux qui veulent de le faire à la municipalité ».
Au mois de décembre, les Scouts chrétiens orthodoxes profitent de toutes les fêtes religieuses (Hanoucca, Noël, Aïd…) pour organiser dans Jaffa un grand défilé qui accueille hanouccia géante, Pères Noël, orchestre du mouvement et, l’an dernier, un laser projetant dans le ciel l’étoile, le croissant et la croix. « Nous avons lancé cette manifestation en 2003 et vu le succès, la municipalité m’a contacté pour la réorganiser chaque année en fermant la rue principale et en y proposant des activités pour les jeunes. En décembre prochain, l’Allemagne nous a invités pour faire le défilé chez eux ! ».
Des actions de solidarité sont aussi au menu des fêtes : récolte de matelas, de chauffage électrique pour les plus nécessiteux, distribution de vivres à Pâques… « La ville de Jaffa, ville mixte, proche de la mer, est de plus en plus chère et voit s’accroître les inégalités. Les politiques ont heureusement fini par s’en rendre compte et commencent à agir pour éviter que la situation ne s’aggrave », relève George Mansour.
Toujours désireux d’œuvrer au rapprochement des communautés, le responsable des Scouts chrétiens orthodoxes est régulièrement invité par la Fédération des Scouts d’Israël pour présenter des lectures de coexistence aux différents mouvements de jeunesse. « Ayant vécu dans différents pays, mon accent est difficilement identifiable, et j’en joue, je ne dis rien de mes origines », s’amuse notre interlocuteur. « A la fin de mes interventions, je conclus par ces mots : “Je m’appelle George Mansour, je suis israélien, arabe, chrétien et j’habite Jaffa”. Beaucoup de Juifs ne savent pas ce qu’est un Arabe, encore moins un chrétien… c’est ce qui me pousse chaque jour à bouger, pour faire changer les choses ».