En ces temps troublés de débats passionnés, la loi énoncée en 1990 par Mike Godwin (d’où le nom de loi de Godwin) est d’une aide précieuse. Cette « loi » s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle une discussion qui dure dans le temps (et dérangeante ou complexe) amène peu à peu les esprits à s’échauffer et à remplacer les arguments par des insultes. « Plus une discussion s’allonge, plus la probabilité d’y trouver une comparaison avec les nazis ou avec Hitler s’approche de 1 », précise cet avocat américain. Le « point de Godwin » est atteint dans une discussion quand un des participants au débat en arrive à parler d’Hitler ou du nazisme. La référence au nazisme n’est pas innocente : témoignage de mauvaise foi ou d’argumentation défaillante, il est communément admis que la personne qui atteint le point de Godwin entend tout simplement « perdre » le débat en cours, et ce, pour rendre la discussion impossible. Et le moins qu’on puisse dire est qu’en Belgique, le champion toute catégorie du point de Godwin est notre illustre bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux.
Dès la diffusion du reportage sur l’islam de « Questions à la Une », notre homme n’a pas hésité à qualifier, dans une interview accordée à Maghreb TV, les auteurs du reportage de « racistes » et d’« islamophobes », après avoir comparé leurs méthodes à celles utilisées naguère par Goebbels contre les Juifs ! Comme le souligne non sans pertinence Le Soir, « on a beau revoir le reportage en question, on a beau tourner et retourner la comparaison de Philippe Moureaux dans tous les sens, il n’en est rien ». Le fait de dénoncer un imam qui tient des propos antisémites et insultants pour les femmes n’a rien de goebbelsien. Comme l’ont souligné Maurice Sosnowski, le président du CCOJB ou encore la députée Viviane Teitelbaum, Philippe Moureaux n’a pas servi la démocratie en se servant ainsi de l’histoire qu’il maîtrise pourtant de la plus belle des manières.
En réalité, la référence au nazisme n’aura servi qu’à clore toute velléité de débat. Sans dramatiser outre mesure, il y a tout de même de sérieuses raisons de s’inquiéter des dérives antisémites d’une frange significative de la jeunesse d’origine immigrée; les affaires Fofana et Merah n’en étant que les symptômes les plus atroces. On se souviendra des résultats de l’enquête menée l’année dernière par le sociologue Mark Elchardus de la VUB qui ressortait qu’à Bruxelles, la moitié des élèves néerlandophones de confession musulmane étaient antisémites. Comme il le souligna alors dans l’interview qu’il accorda à Regards, « Ce qui est grave, c’est que ces sentiments anti-juifs n’ont rien à voir avec un niveau social ou culturel peu élevé. On sait que 9% des jeunes flamands se déclarent racistes. C’est cette différence entre les non-musulmans et les musulmans qui est intéressante. Une partie pourrait être due à un antisémitisme théologique, puisque les chrétiens pratiquants sont aussi plus antisémites que les non-pratiquants ». Vrais ou fausses (et plus encore dans ce cas-là), ces conclusions auraient justifié, à elles seules, un « Questions à la Une ».
Il paraît urgent, en effet, de s’interroger sur la montée globale des sentiments racistes, antisémites et xéno-phobes et ce, dans toutes les couches de la société. Comme nous le rappelle l’insupportable cas Breivik, aucune communauté ne semble épargnée. A l’alliance contre nature entre islamistes, néo-nazis et négationnistes semble répondre, en effet, celle de certains ultra-sionistes avec la nouvelle droite populiste et xénophobe. Le cas d’Anvers paraît éclairant à cet égard. Plus que jamais, l’heure est au sentiment outré, au repli communautaire et identitaire. Il paraît urgent d’éteindre les feux, tous les feux.
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