Google aurait décidé de revoir le seuil à partir duquel le mot juif apparaîtra dans les suggestions. Une victoire pour de nombreuses associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme qui avaient porté plainte contre le moteur de recherche internet. Une victoire qui demande toutefois semble-t-il un peu de patience…
Qui n’a jamais cherché à savoir qui de cette personnalité, de ce politique ou de cette star du showbizz est juif, en associant simplement le nom de la personne recherchée avec le mot « juif ». La plupart d’entre nous ont bien sûr tenté l’expérience, et peut-être même plus de Juifs que de non-Juifs… Google a très vite enregistré le phénomène et suggérait lui-même la potentielle judéité de chaque personnalité publique encodée.
L’histoire de la poule et de l’œuf est bien connue, difficile donc de dire avec certitude qui de l’internaute ou de Google a commencé. Selon le journaliste Vincent Glad (slate.fr), ces suggestions ont un effet pervers. « Elles sont une aide technique en même temps qu’une publication. Ce qui n’est qu’une question dans la bouche d’internautes devient une rumeur une fois qu’elle est publiée dans les suggestions, en vertu du vieux principe «Y a pas de fumée sans feu». Les suggestions Google donnent l’illusion de donner une réponse alors qu’elles ne posent que des questions ».
Si bien que SOS Racisme, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et l’Union des étudiants juifs de France)ont décidé de porter plainte contre Google, estimant que cette fonctionnalité enfreint la loi réprimant la constitution de fichiers ethniques. Grâce à une médiation judiciaire, accord aurait été trouvé entre les parties le 27 juin dernier avec les organisations de lutte contre le racisme, Google acceptant de revoir le seuil à partir duquel le mot juif apparaîtra dans les suggestions.
Vincent Glad constate que d’autres mots auraient été supprimés des suggestions du site : ainsi les insultes et autres noms d’oiseaux, mais aussi les expressions discriminatoires telles que noirs, arabes… ou des termes comme « nue » associé au nom d’une femme (« nu » en revanche demeure), « sexe », « femme facile », de même que les drogues, excepté celles que l’on doit à un homonyme (crack, héroïne). Certaines personnalités ou même des entreprises auraient demandé à Google d’enlever des mots précis qui étaient accolés à leur nom et gênaient leur réputation. Martine Aubry aurait ainsi fait la demande pour le mot « alcoolique », ce qui n’empêchera personne de taper « Aubry et l’alcool » pour en savoir plus.
Le moteur de recherche reste discret sur le type de censure opérée, manuelle ou automatique. Les détails de l’accord conclu avec les organisations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme n’ont d’ailleurs pas été révélés. Le 27 juin 2012, Jonathan Hayoun, président de l’Union des étudiants juifs de France, l’une des associations ayant engagé des poursuites, se disait optimiste et se félicitait de la mesure de médiation. « Vous verrez très prochainement -c’est une question de semaines voire de quelques mois- les résultats de ce partenariat. Cela aura une visibilité extrêmement forte, notamment sur Google ».
A l’heure qu’il est, on peut toujours taper à sa guise sur le clavier : de Mitterrand à Hollande en passant par Sarkozy et même DSK, le nom associé à la lettre « j » donne instantanément la suggestion du mot « juif »… Chirac sauve la mise grâce à son prénom.
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