Grains de sable et grains de grenade

Voilà revenu le temps du bilan. Celui qu’on fait à l’approche de l’année nouvelle. Notez la pertinence de nos sages d’avoir fait commencer notre année juive, Rosh Hashana, après les vacances scolaires d’été, les congés payés et ses corps bronzés et déstressés.

Reconnaissons-le, nous avons déjà connu de meilleures années. La crise économique se prolonge avec ses stigmates. Austérité, chômage, morosité. Même la Chine ralentit et les économistes pataugent. Le modèle économique qui nous a assuré croissance et prospérité depuis au moins soixante ans est remis en cause. L’Europe se cherche entre dislocation et fédération. Israël qui reste au centre des préoccupations d’une majorité de Juifs est en alerte. Le printemps islamiste se généralise et se rapproche des frontières de l’Etat hébreu. La haine antisioniste des nouveaux régimes se fait de plus en plus menaçante. La coalition de droite au pouvoir à Jérusalem ne fait même plus semblant de vouloir dialoguer avec l’Autorité palestinienne. Le « principal problème, c’est l’Iran » et personne ne sait qui joue au poker ou au fou. Guerre ou pas guerre, la plupart des haredim resteront à la maison. L’écart des revenus en Israël entre riches et pauvres n’a jamais été aussi grand, mais la colonisation généreusement subsidiée se porte bien.

Chez nous, en Europe, le vieil antisémitisme de l’extrême droite a resurgi surtout dans les pays de l’Est. A l’Ouest, elle s’est recouverte d’un habit anti-musulman. Un nouvel antisémitisme s’exprime de plus en plus à partir de certaines mosquées et « le vivre-ensemble » est malade.

Alors, en cette année 5772, avons-nous souffert de quelques grains de sable dont l’histoire est coutumière ? Ou est-ce un mauvais hamsin qui a commencé à souffler et qui nous fera traverser un nouveau désert ?

La très belle tradition de Rosh Hashana dispose sur la nappe blanche de la table du Seder un plat rempli de grains de grenade. Ces grains sont le symbole des nombreux enfants que le peuple hébreu se souhaite. Ils sont un appel à augmenter nos vertus et mérites durant l’année nouvelle. Ces grains sont de vivifiantes friandises, rouges et scintillantes comme des rubis. Ils sont une invitation à l’optimisme. Le Messie peut encore venir, ça dépend de nous. Le bonheur, c’est demain. Et c’est peut-être déjà aujourd’hui, si on veut bien regarder ce verre de vin à moitié plein après l’avoir vu à moitié vide.

« Le judaïsme et les Juifs dans le monde se portent bien », voilà le titre d’un rapport spécial du très bon et très sérieux magazine The Economist du 28 juillet dernier. La vitalité du judaïsme, tant en diaspora qu’en Israël, est florissante. La santé économique et sociale des communautés juives est historiquement inégalée depuis la Shoah. Un rapport de l’ONU classe les Israéliens -qui constituent plus de la moitié du peuple juif- en 14eposition sur l’échelle de bonheur des nations. Mieux que les Belges, les Français, les Anglais, les Allemands ou les Japonais. Si on ajoute que la croissance du PIB est l’une des plus importantes au sein des pays de l’OCDE et que les actes de terrorisme sont au plus bas depuis longtemps, on aura compris pourquoi une majorité d’Israéliens se disent et sont considérés comme heureux. En Russie et dans les autres pays de l’ancien bloc communiste, la chape de plomb a été levée et les Juifs respirent à nouveau.

La progressive sortie des Juifs des ghettos de la Diaspora depuis le 19esiècle a fait craindre une rapide érosion par l’assimilation. Mais une diversification des formes (libérales et laïques) de judaïsme a permis sa continuité. Jamais la diversité n’a été aussi grande, même si elle est farouchement combattue avec la plus grande intolérance par les milieux les plus orthodoxes, surtout en Israël.

Et chez nous, au CCLJ, comment ça va ? Mais très bien, grâce à nous et à vous, chers membres, lecteurs et amis. Votre participation à nos activités croît. Leur diversité aussi. La JJL et la crèche n’ont jamais accueilli autant d’enfants. La demande des écoles voulant participer à notre programme « La haine, je dis NON ! » dépasse de loin nos capacités. Le nombre de visiteurs de notre site web et leur présence sur les réseaux sociaux connait aussi une croissance rapide. Quant à la qualité du magazine que vous êtes en train de lire, je vous laisse juge.

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Shana Tova ou Metouka.

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