Grandes (et petites) manœuvres à la Knesset

Avec le mode de scrutin actuel, nombre de combinaisons sont envisageables pour former le prochain gouvernement. Y compris des coalitions idéologiquement improbables

 

Après les élections, les tractations. La 19èmeKnesset est un peu plus divisée que la précédente : 10* partis au lieu de 8 pour 120 sièges. Mais cela n’a guère d’importance. Pas plus que les résultats « imprévus », comme la percée de Yesh Atid (de zéro à 19 députés)  

Ou encore la défaite du Likoud (20 sièges au lieu de 27). Ils ne sont surprenants que par rapport aux sondages dont, en Israël comme ailleurs, la fiabilité est toute relative. Bien intéressante est l’évolution des rapports de force entre les grands courants idéologiques.

Grâce à la liste commune Likoud et Israël Beteinu, la droite, dominatrice dans la Knesset précédente (43 sièges) conserve de justesse la 1èreplace.  Mais avec ses 31 députés, elle est talonnée par les « religieux ».

Ceux-ci ont en effet obtenu  30 députés (12 pour Maison juive, 11 pour le Shass, 7 pour le Parti unifié de la Torah). Un record : ¼  de l’électorat –davantage encore si on ne compte que les Juifs) a voté pour eux.

Non loin derrière, se trouve le centre avec 27 sièges : les 19 de Yesh Atid + 6 pour Hatnuah + 2 de Kadima. Bien qu’ils se soient tous deux renforcés (de 8 à 15 députés pour les Travaillistes et de 3 à 6 pour le Meretz), les partis de gauche n’ont récolté, eux, que 21 sièges. 

Mais bien sûr, globalité d’idées ne signifie pas union, les divergences sont bien trop fortes pour cela. Ainsi dans le « bloc » religieux, les ultra-orthodoxes du Shass détestent-ils  les ultra-sionistes de Maison juive qui le leur rendent bien.

On ne s’entend d’ailleurs guère mieux entre partis de gauches ou chez les centristes, batailles d’égos en plus. Bon, tout cela étant dit, « tahless » comme on dit là bas, concrètement : qui va former le gouvernement et avec qui ?  

A priori, le Likoud qui a le plus grand nombre de députés (20) a la main. C’est donc son chef, Benjamin Netanyahou qui va s’y coller. Et en bonne arithmétique électorale, il devrait s’allier avec le 2èmeparti du Parlement, Yesh Atid (19 sièges).

Souci, même en y ajoutant son allié traditionnel, Israël Beteinu et ses 11 élus, il n’arrive qu’à 50 sièges. B. Netanyahou devrait donc s’associer avec un parti religieux : soit Maison juive, ce qui lui donne 62 sièges soit avec le Shass (61).

Ce serait plus cohérent avec le premier : comme Yesh Atid, Maison juive est en faveur de la conscription des étudiants religieux.  Ne restera plus qu’à ajouter  un ou des petits partis pour obtenir une majorité stable et B. Netanyahou sera prêt à se reconduire.

Sauf que ce n’est pas aussi simple (ce ne l’est jamais) : d’une part, par crainte de se retrouver dans l’opposition, les deux partis ultra-orthodoxes, le Shass sépharade et Judaïsme de la Torah ashkénaze, qui, Dieu sait, s’apprécient vraiment peu, se sont alliés.

Du coup, ils apportent beaucoup plus de sièges (18) à une future coalition que leur frère ennemi, Maison juive (11). D’autre part, on ne saurait exclure que Kadima fusionne avec Yesh Atid devenant ainsi  de justesse le 1erparti du Parlement  avec 21 députés.

C’est alors Yaïr Lapid qui serait pressenti pour former le gouvernement, ce qui rebattrait toutes les cartes…  Ainsi fonctionne le système israélien : avant les élections, on se divise  pour obtenir des sièges grâce à son programme

Puis, on se regroupe dans une coalition parfois hétéroclite  (les Travaillistes avec l’extrême droite dans la 18èmeKnesset) et on enterre tout ou partie du programme. Des manœuvres et des renoncements imposés par le mode de scrutin à la proportionnelle intégrale.

Ce système de vote, tous en conviennent (hormis les petits partis qui en profitent), rend le pays peu gouvernable. D’ailleurs, chaque nouvelle majorité s’engage avec résolution  à le modifier… et ne le fait jamais. A moins que cette fois ci…

Qui a voté quoi où ?         

On n’a pas les mêmes idées à Tel Aviv qu’à Jérusalem. Ni ailleurs : le sud du pays est favorable à la droite et aux religieux.  La gauche et les centristes dominent le centre tandis que la droite l’emporte au nord. **.               

-Au sud, à Eilat, victoire du Likoud : 30,2%  loin devant Yesh Atid, 17,7%.  De même à Beersheva : 37,9% plus du double du  Shass et ses 12,78%,  Et loin devant  Maison juive, (11,7%) et Yesh Atid (11,2%).             

-Au centre, à Tel Aviv, Yesh Atid est le 1erparti  (20,7%,) suivi par le Likoud-Beteinu et ses  17,5%. Les Travaillistes sont 3èmes  avec 16,8%, talonnés par le Meretz : 14,3%.            

A Jérusalem : Judaïsme de la Torah (ultra-orthodoxe ashkénaze) est  le 1er   parti de la ville sainte avec 22,04 %. 2èmeavec 20,5% le Likoud Beteinu puis le Shass (ultra-orthodoxe sépharade) : 15,5%. Suivent Maison juive ,12%. et loin derrière, Yesh Atid avec 7%           

-Au nord, Haïfa a voté en faveur du Likoud : 26,1%  puis de Yesh Atid, 18,7%, et des Travaillistes (15,2%.)                

-Enfin, dans les territoires occupés, ce sont, bien entendu, les partis favorables aux colons qui l’ont emporté : par exemple, à Efrat, non loin de Jérusalem, Maison juive a obtenu 59,2% suivie par le Likoud (21,9) et Yesh Atid avec… 3,4%.                 

Par contre,à Ariel, dans le nord de le Cisjordanie, c’est l’inverse : 53,4%  pour le Likoud et 16,8% pour Maison juive. 

*On compte pour un les trois partis arabes, dont les élus sont exclus du jeu des coalitions

**http://www.timesofisrael.com/how-israelis-voted-from-jerusalem-to-tayibe-to-efrat/

Cet article est basé en bonne part sur les réflexions de l’analyste politique Philippe Chriqui : http://www.huffingtonpost.fr/philippe-chriqui/composition-gouvernement-israel_b_2566114.html

 

 

 

 

 

 

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