Groupe d’Aix : L’économie dans la solution au conflit

Constitué d’économistes israéliens, palestiniens et européens, le Groupe d’Aix travaille sur les scénarios économiques pour promouvoir des solutions « gagnant-gagnant » au conflit israélo-palestinien. Trois membres de ce groupe informel présenteront leurs travaux au CCLJ le lundi 7 octobre 2013 à 20h30. Une table ronde organisée par J Call.

Ayant déjà noué des contacts académiques des deux côtés de la Ligne verte, Gilbert Benhayoun, professeur d’économie à l’Université d’Aix-en-Provence, décide d’inviter en 2002 des Israéliens et des Palestiniens à Aix-en-Provence alors que l’intifada les sépare progressivement. « Au départ, nous ne savions pas ce que nous ferions », se souvient Gilbert Benhayoun. « Nous avons commencé par un tour d’horizon et ensuite, nous sommes entrés dans le vif du sujet. Bien que l’économie n’ait pas la primauté sur le politique, elle n’en est pas pour autant secondaire. Un échec économique peut remettre en cause tout accord politique. Nous avons donc travaillé pour échafauder un accord économique entre Palestiniens et Israéliens ».

La discussion s’est avérée fructueuse, à tel point qu’ils ont élaboré un document sur les fondamentaux politiques. L’idée de se constituer en groupe permanent s’est aussi imposée aux participants. C’est ainsi qu’est né le Groupe d’Aix. Présidé par Jacques Benhayoun, il rassemble des personnalités aussi diverses que Ron Pundak, l’ancien directeur du Centre Peres pour la paix et négociateur des Accords d’Oslo, Arie Arnon, professeur d’économie à l’Université Ben Gourion, Saeb Bamya, ancien vice-ministre de l’Economie de l’Autorité palestinienne, Samir Hazboun, professeur d’économie appliquée à l’Université Al-Quds (Jérusalem), etc.

Climat de confiance

Le Groupe d’Aix a ensuite travaillé sur une feuille de route économique destinée à accompagner la Feuille de route du Président Bush. Le document que les membres du Groupe d’Aix ont rédigé a été présenté en 2004 à Bruxelles et à Washington. Jugé sérieux par les Américains et les Européens, il a également été soumis au gouvernement israélien et à l’Autorité palestinienne. « Un diplomate français m’a confié que nous avions réussi notre mission parce que nous avons respecté quatre conditions essentielles », rapporte Gilbert Benhayoun. « Nous n’avons pas cherché la publicité, nous n’avons travaillé qu’avec des experts, nous avons respecté notre calendrier indépendamment des événements sur le terrain, et enfin, nous avons réussi à créer un climat de confiance dans le groupe, si bien qu’un membre palestinien du groupe a admis que lorsque les participants s’exprimaient, il en arrivait à oublier sa nationalité ». La règle
de Chatham House (selon laquelle tout ce qui se dit ne peut se répéter qu’à condition de ne pas mentionner qui en est l’auteur) a d’ailleurs été scrupuleusement respectée.

Le Groupe d’Aix a donc décidé de s’attaquer aux problèmes politiques les plus sensibles : les réfugiés et Jérusalem. « Au début, c’était très mouvementé, d’autant plus que nous avions parmi nous des Israéliens et des Palestiniens participant aux négociations officielles. Cela nous a pris deux ans pour rédiger un texte accepté par tous les membres de notre groupe », insiste Gilbert Benhayoun. « En abordant la question sous l’angle économique, nous avons ouvert une brèche intéressante », constate-t-il. « Nous avons dégagé des hypothèses sur les compensations et le retour. En reprenant les cinq possibilités des paramètres Clinton, nous avons établi des matrices, c’est-à-dire des scénarios, des flux migratoires de ces réfugiés ».

Le document a été finalement présenté dans la discrétion à Paris en 2007 en présence de ministres français, israéliens et palestiniens. Depuis lors, le Groupe d’Aix travaille sur l’initiative de paix de la Ligue arabe présentée en 2002 et reformulée à plusieurs reprises, notamment cette année. Mais pour ce groupe d’experts, le travail économique demeure essentiel. Il est dans l’intérêt des Palestiniens d’avoir une économie viable pour bâtir un Etat politiquement viable. Pour ce faire, ils doivent se séparer de l’économie israélienne. L’union douanière actuelle doit être remplacée par une zone de libre-échange. La seule manière d’y arriver est de définir une frontière. « Vous comprenez donc qu’en abordant les questions économiques, on ne peut s’abstraire d’une décision politique, c’est impossible », réagit Gilbert Benhayoun face aux critiques qui lui reprochent de ne pas s’attaquer aux questions politiques.

]]>