A l’occasion du 100e anniversaire de la Grande Guerre, le Musée du Dr. Guislain de Gand présente une exposition d’œuvres d’art contemporain inspirées par les conflits armés et leurs effets psychiques, tant sur le vécu des soldats et des victimes de guerre que sur la mémoire collective de 1914 à 2014. A voir jusqu’au 30 juin 2014.
Première en date d’une série d’expositions qui, en Belgique comme à l’étranger, seront associées en 2014 aux programmes de commémorations du début de la Première Guerre mondiale, l’exposition « Guerre et Trauma » veut inciter les visiteurs à la réflexion et au dialogue autour des notions de traumatismes psychiques et de leurs traitements. Cette exposition est organisée simultanément au Musée du Dr. Guislain à Gand et au Musée In Flanders Fields à Ypres. Ce dernier se concentre sur l’organisation des soins de santé apportés sur le front aux blessés en 14-18 tandis que le musée gantois s’intéresse plutôt à la longue durée, en abordant la question des traumatismes psychologiques subis à la guerre depuis leur première reconnaissance médicale en 1914-1918 et en élargissant ce débat historique à l’actualité à travers l’analyse des notions contemporaines de pathologies plus englobantes, comme le syndrome de stress post-traumatique.
Co-responsable des expositions temporaires au Musée Dr. Guislain, Yoon Hee Lamot précise qu’ils ont voulu évoquer les rapports entre guerre et psychiatrie par le biais de l’art contemporain : « L’exposition se divise en quatre sections. Premier grand conflit industriel, la guerre de 14-18 voit aussi la découverte des traumatismes psychologiques avec la reconnaissance par les médecins de “l’obusite” ou “Shell-Shock”, considéré initialement comme une forme de lâcheté, une “hystérie masculine”. Nous montrons ensuite les dérives eugénistes de l’entre-deux-guerres et l’Aktion T4, dans laquelle de nombreux médecins allemands participent au programme nazi de mise à mort des patients d’institutions psychiatriques. Puis, une importante section photographique témoigne de l’explosion du photojournalisme de guerre après 1914. La partie finale de l’exposition consacrée au syndrome de stress post-traumatique (SSPT) témoigne de l’omniprésence actuelle de formes de violence jadis propres à la guerre et que subissent aujourd’hui au quotidien les citoyens d’Etats qui, en théorie, sont en paix. Et on constate aussi que des victimes de viols peuvent souffrir des mêmes symptômes de SSPT que des vétérans traumatisés au combat, comme si la guerre était à nos portes ».
Un siècle de conflits planétaires
La diversité des œuvres exposées interpelle le visiteur et suscite les débats, tant sur la forme des créations plastiques que dans leurs rapports à la réalité d’un siècle de conflits planétaires, de génocides et de crimes contre l’Humanité. L’histoire de la photographie moderne occupe une place de choix dans l’exposition : de l’art du photomontage antifasciste d’un John Heartfield, au photojournalisme militant de Robert Capa, en passant par les images iconiques de la guerre du Vietnam par Eddie Adams et Don McCullin, sans oublier l’icône de l’opposition à la guerre prise par Marc Riboud à Washington le 21 octobre 1967 : l’instantané émouvant de Jan Rose Kasmir, la jeune fille à la fleur face aux baïonnettes des soldats gardant le Pentagone. De la Bosnie, au Rwanda, en Afghanistan et au Mexique, les images de Teun Voeten marquent les grandes tragédies qui suivent la fin de la Guerre froide. Parmi les nombreuses photos de conflits contemporains, citons l’œuvre bouleversante de James Nachtwey, The Sacrifice, évoquant le sort des soldats blessés à la guerre en Irak, du combat jusqu’à la table d’opération et au centre de traitement des traumatismes.
Dans l’exposition, certaines œuvres témoignent des traumatismes subis par le peuple juif, tels ces dessins de Jim Kaliski sur le pogrom d’Anvers et la rafle d’Anderlecht, cette toile énigmatique de l’Israélien Noam Omer évoquant son passé familial hanté par la mémoire de la Shoah, ou ce tableau du Hollandais Ronald Ophuis figurant « Le suicide de Mala Zimetbaum ».
Flanders Fields Museum
Grote Markt 34, 8900 Ypres.
Tous les jours sauf lundi 10h-17h.
Infos : www.inflandersfields.be
Musée Dr. Guislain
Jozef Guislainstraat 43, 9000 Gand.
Mardi à vendredi 9h-17h et
samedi et dimanche 13h-17h.
Infos : www.museumdrguislain.be
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