Haro sur le Jambon Beur !

Dans la mesure où rien ne change, il faut se résoudre à se répéter. Plus que jamais nos médias redoublent d’efforts pour préserver l’islam de la moindre critique. A titre d’exemple, je pourrais citer l’émouvant portrait paru dans Le Soir Mag consacré à « cette jeune belge, Amandine/Amina, convertie à l’islam, (qui) souhaite crier haut et fort que sa religion prône une ouverture d’esprit » ou encore cette interview, tout en complaisance, du politologue et ancien sénateur Hassan Bousetta dans le Vif l’Express du 22 mars dernier.

Non content de réfuter toute « démarche religieuse chez Salah Abdelslam », le chercheur liégeois résume la doxa « rien-à-voiriste » dominante dans les salons bruxellois : « …il s’agit là d’un phénomène limité à une catégorie d’âge, et cela ne touche pas la majorité des jeunes ni les musulmans plus âgés. Vous ne trouverez pas un seul leader religieux pour soutenir Salah Abdelslam, même parmi les radicaux ». La question n’est pas tant que le brillant Bousetta botte en touche (c’est son droit le plus absolu), mais qu’il n’est absolument pas titillé par son intervieweuse, Soraya Ghali, qui s’interdit toute réplique critique, comme si évoquer la possibilité d’un lien, fût-il ténu, entre islam et terrorisme était en soi attentatoire au vivre-ensemble, pire encore, expression d’un racisme qui n’oserait dire son nom.

Il suffit de songer aux cris d’orfraie qui firent suite aux déclarations « fascistoïdes » de Jan Jambon pour s’en persuader. Non, rassurez-vous, je ne suis pas passé du côté obscur de la force, mais je ne suis pas sans savoir que « significatif » ne signifie pas plus « majoritaire » que « représentatif ». Or, il se trouve effectivement dans nos quartiers des jeunes et des moins jeunes de nos compatriotes qui justifient, protègent ou même s’identifient aux combattants perdus de l’Etat islamique. Des amis enseignants dont je tairai le nom me l’ont en tout cas assuré, sans même évoquer le caillassage à Molenbeek des forces spéciales le jour de l’arrestation d’Abdelslam. Oserais-je encore ajouter qu’il se trouve toujours des Gazaouis prompts à distribuer des friandises à la suite de chaque attentat meurtrier en Israël !

Que l’heure doit être à l’apaisement et à l’union sacrée ne fait guère de doute, qu’il faille pour autant (se) mentir n’est pas moins inacceptable. A trop édulcorer le réel, on risque en effet de provoquer un effet boomerang, à savoir une défiance croissante des Belges à l’égard de leurs médias et risquer par là l’émergence d’un mouvement xénophobe de type Pegida ou d’un parti d’extrême droite comme le FPÖ autrichien. C’est le risque lorsqu’on infantilise des populations, certes quelque peu déboussolées, mais pas forcément dupes. Aussi généreux soit-il, le Belge n’est pas sans questionnement.

Nos djihadistes ne seraient-ils que de simples délinquants épris de jeux vidéo et de film de gangsters ? Certes, mais comment comprendre qu’ils en vinrent aussi facilement non pas à tuer des centaines d’innocents, mais à sacrifier leur propre vie, ce qui assurément ne colle pas au portrait de petite frappe qu’on voudrait leur tailler. Pas du tout versés en sciences islamiques, nos terroristes Kleenex de Zaventem et de Maelbeek ? Comme s’il fallait être un exégète des textes sacrés pour offrir sa vie ici, au nom de l’islam, là, du nazisme (SA) ou encore de la Chrétienté (les croisades). « Uniquement des jeunes », nos aspirants au Paradis ? Evidemment, comme le sont depuis toujours les troufions de toutes les armées du monde, au contraire des donneurs d’ordre qui, pour la plupart, mourront dans leur lit ou « abattus » par quelques drones, évidemment bien malgré eux ! « Recalés sociaux, victimes de nos politiques racialistes », nos jeunes kamikazes ? Sauf qu’un certain nombre d’entre eux ressortent plutôt de la classe moyenne. « Pas musulman Dae’sh » ? Mais comment comprendre alors l’attitude ambiguë des docteurs de l’islam sunnite qui, dans un premier temps, ne manquèrent pas de saluer en Dae’sh une « force de la révolution impétueuse des sunnites » ? En décembre 2014, par crainte de diviser les sunnites, l’Université Al-Azhar du Caire, la plus haute autorité islamique, se refusa même de qualifier de takfîr (mécréance) les responsables de l’Etat islamique, au motif qu’ils restaient musulmans en dépit de leurs « péchés ». Ce ne fut qu’en février 2015, réagissant à l’exécution par le feu d’un pilote jordanien, que le Cheikh d’Al-Azhar, Ahmad Tayeb, appela à « tuer et à crucifier les terroristes » au motif que brûler des gens vifs ne faisait pas partie de l’arsenal pénal islamique. Ce rejet tardif n’empêcha nullement le chercheur égyptien en études islamiques, Ahmad Abdou Maher, de poser ce mouvement en « application fidèle et loyale de la tradition islamique, telle qu’enseignée par Al-Azhar ».

La question n’est évidemment pas de stigmatiser l’islam, mais d’interroger de manière critique ses courants les plus extrémistes et, ce à l’instar d’intellectuels et d’artistes issus du monde arabo-musulman, tels Benzine, Bidar, Daoud, Sansal ou encore Touzani. C’est Ghassan Charbel, le rédacteur en chef du quotidien saoudien Al-Hayat, basé à Londres qui dénonçait, le 28 mars dernier, ces Arabes et ces musulmans « qui sèment la destruction et la peur dans ces mêmes pays européens qui avaient accepté de les accueillir alors qu’ils fuyaient leurs Etats défaillants ». Si nous voulons un véritable vivre-ensemble ou faire-ensemble, autant écouter les tenants du parler critique et/ou de l’islam des lumières. Au risque du pire si nous ne le faisons pas.

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