Henri Roanne-Rosenblatt : Le cinéma de Saül Birnbaum

Henri Roanne-Rosenblatt vient de publier Le cinéma de Saül Birnbaum (éd. Genèse) un roman d’action captivant, plein de rebondissements et d’humour dans lequel un restaurateur juif new-yorkais devient producteur de cinéma grâce à un scénario laissé en gage par un client sans le sou. Henri Roanne-Rosenblatt présentera au CCLJ son récit drôle et émouvant le 16 mai 2013 à 20h30.

Le petit Hans Rosenblatt, né à Vienne en 1932, est arrivé à Bruxelles en 1938 avec quelques centaines d’enfants juifs qui, à la suite de l’Anschluss et de la sauvagerie des brutalités antisémites, avaient été confiés par leurs parents à un kindertransport organisé par la Croix-Rouge afin d’être hébergés au sein des familles d’accueil en Belgique et aux Pays-Bas.

Ce qui devait être un placement de courte durée, le temps pour les parents d’obtenir les autorisations de sortie et les visas, allait se prolonger pendant sept ans pour Hans qui, en même temps qu’il était accepté dans une école bruxelloise où, ne parlant que l’allemand, les élèves l’appelaient « le Boche », devint Henri Roanne.

A la Libération, Henri a le choc de sa jeune vie : le cinéma américain. C’est l’éblouissement intégral: livré à lui-même, il se rend presque chaque jour dans les salles obscures qui lui ouvrent les portes d’un monde où les femmes sont toutes superbes et émouvantes comme Marlène Dietrich ou Lana Turner, tandis que les héros, beaux et courageux tels Clark Gable ou Robert Taylor, viennent à bout des pires difficultés au terme d’aventures pleines de rebondissements, mais qui finissent généralement par un happy end attendu.

Ces émotions d’adolescent auront sur l’existence d’Henri une influence déterminante. Non, il n’est pas devenu acteur, mais journaliste et critique de cinéma à la RTB sous le nom de Henri Roanne. Il interviewera à Cannes et ailleurs nombre de ceux et celles qui l’avaient fait rêver dans les salles de quartier de la capitale.

Henri Roanne vient de publier Le cinéma de Saül Birnbaum (éd. Genèse), un roman d’action captivant teinté d’humour juif, une caractéristique qui, contrairement à la littérature américaine, est peu courante dans l’édition française. Dans une trentaine de chapitres vivants et avec un recours aux flash-back qui rappelle la narration cinématographique, l’auteur nous raconte comment le petit Saül, né à Braunau-sur-Inn (Autriche) -comme Hitler- assiste au déferlement des persécutions antijuives de 1938 et, survivant d’une famille de restaurateurs galiciens, va se retrouver aux USA et ouvrir un delicatessen à New York. Fou de cinéma et sans abandonner son restaurant, il deviendra producteur, innovera en matière de financement de films. A la suite de hasards arrangés intelligemment par Saül et de son extraordinaire sens de la promotion, sa première production sera primée à Cannes.

Ce roman, « c’est du cinéma », mais on marche avec allégresse dans les aventures de Saül Birnbaum. Dans le cas présent, il nous faudra d’ailleurs rendre à cette expression son sens littéral, car une maison de production a acquis les droits de porter le roman d’Henri Roanne-Rosenbatt à l’écran.

Saül Birnbaum est-il Henri ? Un peu, certes : même origine, même passion pour le cinéma, même amour pour New York. Mais la ressemblance s’arrête là. Longtemps, Henri Roanne a été l’une des voix familières des auditeurs de l’antenne radio de la RTBF où il animait Actualités de Midi, une émission quotidienne d’informations générales qui sera parmi les premières à recourir à l’interactivité avec le public.

La bande dessinée a également occupé une place importante dans l’œuvre d’Henri Roanne-Rosenblatt. Avec son ami et complice Gérard Valet, il a réalisé en 1977 Moi Tintin, un documentaire consacré à Hergé. Roanne était intrigué par le succès à peu près mondial de Tintin. « Comment expliquer l’attrait universel d’un personnage finalement assez pâle », se souvient Henri Roanne. « Ce sont les autres personnages comme Haddock ou Tournesol qui ont du relief ! ». Dans les entretiens qu’il a avec Hergé, Henri Roanne aborde les points les plus sombres du père de Tintin : ses débuts au 20e Siècle, l’organe de droite de l’abbé Wallet, soutien de Franco et de Mussolini, ses dessins publiés au Soir volé, principal quotidien collabo en Belgique et ses personnages juifs antipathiques correspondant aux clichés antisémites en vogue. Nous voilà loin de Saül Birnbaum, mais pas de son auteur que vous pourrez retrouver à la tribune du CCLJ le 16 mai prochain.

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