Heureusement, il n’y en avait pas chez Dexia

Dexia, un de ces casses du siècle comme on en a connu quelques-uns ces dernières années. Issue du Crédit communal, une appellation autrement plus précise que Dexia qui fait penser à une marque automobile franco-roumaine (Dacia), ce fut très longtemps la banque des communes, celle des petits épargnants et des petits actionnaires.

Pas la peine de s’étendre sur ce que chacun a pu lire et entendre depuis la fin des vacances sur l’incompétence ou la malhonnêteté des dirigeants aux salaires mirobolantset qui s’octroyèrent tant de plantureux bonus. Le jour même où j’écris ces lignes, l’action, déjà amputée de 90 % de sa valeur, vient d’encaisser une nouvelle perte de 17 % sur ce qui reste. Nous avions déjà connu chez nous le casse de Fortis, l’action modèle du bon père de famille, celui, plus discret, d’ING, 80 % de la valeur envolés, etc.

« Est-ce bon pour les Juifs ? », vous connaissez la fameuse question que se posaient jadis les habitants du yiddishland lorsque survenaient des catastrophes à l’autre bout du monde. Là, je peux vous rassurer : certes à titre d’épargnants, ils subissent les mêmes lourdes pertes que leurs compatriotes non juifs, mais ils ne devraient rien avoir à craindre quant à l’antisémitisme. J’ai épluché méticuleusement la liste des grands chefs de ces grandes institutions bancaires. Allais-je y trouver des noms comme Lehman ou Goldman, des patronymes en « stein » ou en « ski » ? Négatif ! Le président du Conseil d’administration de Dexia, Jean-Luc Dehaene est un bon catho bruggeling (brugeois), le CEO Pierre Mariani est corse, le big boss de Fortis, Lippens est un aristocrate knokkois et francophone… Par souci de précision, je mentionne les origines mais, attention, ce n’est pas une raison pour se mettre à suspecter tous les Flamands, tous les Corses et tous les aristos.

Et encore moins les Juifs puisqu’il ne s’en trouvait pas à des positions déterminantes dans ces organismes financiers. Ouf ! Et pourtant, une histoire, une blague quoi, me revient en mémoire. Elle se passe dans une ville d’Union soviétique, vers 1955. La population manque de tout, et malgré les « organes » de sécurité, l’irritation est perceptible. Comment remédier à la pénurie et redonner un peu de moral aux habitants ? Cette question est débattue entre les responsables : le secrétaire politique estime qu’il ne faut pas escompter une amélioration des approvisionnements avant la fin du plan quinquennal, le chef des organes (le NKVD) propose de serrer davantage la vis et de jeter au trou les saboteurs qui expriment leur mécontentement. Mais c’est l’idée lumineuse du secrétaire à l’Agit-Prop qui est retenue. Bien qu’aucun arrivage ne soit attendu, la population est informée qu’une vente massive de poissons fumés aura lieu le dimanche suivant.

Le jour dit, dès 7 heures du matin, des centaines de personnes sont sagement alignéesdevant le magasin central et la queue ne cesse de s’allonger au fil des heures. Les portes restent closes, mais une camionnette équipée d’un haut-parleur diffuse l’avis suivant : « Les citoyens d’origine juive sont priés de quitter les rangs, une distribution spéciale est prévue pour eux ultérieurement ». Personne ne bronche lorsque s’éloignent d’un pas lent une vingtaine d’habitants. Deux heures plus tard, le même véhicule repasse et annonce avec les circonlocutions d’usage que l’arrivage a subi du retard et qu’une nouvelle date sera communiquée incessamment.

Parmi ceux qui se dispersent, on entend ce commentaire plein d’envie : « Vous avez vu, c’est toujours les Juifs qui s’en sortent le mieux ».

Comme quoi, rien n’est jamais sûr et d’ici à ce qu’on trouve un Finkelstein quelconque chez Dexia, Fortis ou ailleurs… 

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