Heureux comme un homosexuel en Israël

Alors qu’en France, on s’étripe joyeusement sur le mariage pour tous, en Israël, la question est depuis longtemps réglée : il est reconnu, les homosexuels peuvent adopter, ils jouissent de tous les avantages sociaux et peuvent hériter du conjoint décédé.

Le « mariage gay » ? Dans l’Etat juif, c’est une vieille lune : il est reconnu depuis 2007. Reconnu mais non célébré : le rabbinat détient toujours le monopole sur les épousailles  mais le Ministère de l’Intérieur enregistre les unions civiles ou mariages célébrés à l’étranger, y compris donc ceux entre gays ou lesbiennes.

Depuis 2008, ceux-ci ont aussi les mêmes droits à l’adoption que les couples hétérosexuels. En fait, depuis que la Knesset a  décriminalisé l’homosexualité en 1988, les discriminations à leur égard n’ont cessé de reculer.

Y compris dans l’important domaine de la Sécurité sociale: services médicaux, impôts, retraite, veuvage, héritage…  la loi israélienne ne fait aucune différence entre les couples. Tout aussi crucial, Tsahal est une des rares armées* a les accepter sans restriction.

Et cela, depuis… 1993, lorsque le gouvernement d’Itzhak Rabin a fait voter une loi interdisant toute discrimination à leur égard. De même au sein des services secrets où on préfère de loin un homosexuel déclaré à un clandestin …

On sait que Tel Aviv est une des villes les plus « gay friendly » de la planète. Elle est déjà considérée comme  « la capitale des homos » au Moyen Orient. Bien sûr,  ce n’est pas difficile vu le manque absolu de concurrence.

Car tous les pays environnant Israël punissent durement l’homosexualité : cela va de la prison (Egypte, Liban, Jordanie, Syrie) à la flagellation à mort en Arabie saoudite ou la pendaison publique en Iran.

La situation n’est guère meilleure  à Gaza ou dans les territoires palestiniens où les homosexuels sont même considérés comme des «collaborateurs d’Israël »… et traités en conséquence : violences et emprisonnements.

Tout cela en plus de l’opprobre généralisé et des maltraitances qu’ils subissent dans des sociétés toujours très conservatrices. Au point que plusieurs centaines de gays et lesbiennes palestiniens vivraient et travailleraient clandestinement dans l’Etat juif…

Ce titre facilement acquis ne suffit donc pas au Ministre du Tourisme  israélien. Bien que membre  d’un gouvernement qui porte très à droite, il rêve, lui, de faire de Tel Aviv  la capitale mondiale des  homos….  

La justice tranche et la Knesset suit

Mais comment tout cela est-il possible dans un pays qui ne cesse de se droitiser et où les ultras orthodoxes, chez qui l’intolérance est une seconde nature, tiennent le haut du pavé ? En fait, non sans intelligence, les homos ont contourné le problème.

Ils ne se sont pas adressés à la Knesset où, hormis le Meretz,  aucun parti ne soutient ouvertement la cause homosexuelle. Ils ont déposé des plaintes pour discrimination auprès de la justice. Lesquelles sont remontées jusqu’à la Cour Suprême.

Et celle-ci, ombrageuse quant au respect de la démocratie, comme c’est sa mission, leur a le souvent donné raison. Après quoi, avec un temps de retard plus où moins long, le Parlement fini par entériner la décision.

Ainsi, comme on l’a dit, la Knesset a-t-elle dépénalise l’homosexualité en 1988. Mais c’était 17 ans après que la Cour suprême ait jugé qu’on ne pouvait punir des relations entre adultes du même sexe s’ils étaient tous deux consentants…

De même pour la reconnaissance de l’autorité parentale aux conjoints gays ou lesbiens, l’adoption etc. Et qu’en pense le citoyen de base ? Selon un sondage publié par le quotidien Haaretz en 2009, une majorité manifeste une sorte de tolérance ambivalente.

46%, par exemple, estiment que l’homosexualité est une aberration. Mais 61% considèrent que, si déjà d’aucuns  la pratiquent, ils doivent pouvoir se marier et adopter des enfants… Bref, la plupart n’en font ni un crime ni même une affaire de quelque importance.

Couples lesbiens ou gays mènent donc la vie que les autres. A preuve, le Pr Uzi Even, (par ailleurs, ancien député) et son mari, mari, le Dr Amit Kama, viennent de se quitter. Leur couple avait été le premier mariage gay à être reconnu officiellement en Israël.

Et puis, après 8 ans d’une vie commune difficile, ils ont décidés de se séparer.  Seule différence avec un mariage traditionnel, aucun des deux n’a le pouvoir de refuser le divorce à l’autre.  

Alors que dans une union religieuse,  cette décision (ou son refus) sont du seul ressort du mari…

*Elles ne sont que 24 sur les 193 pays membres de l’ONU

Lire aussi notre article sur « Yossi », le film d’Eytan Fox.

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