L’an passé, son « coming out » avait étonné –et, il faut bien le dire, amusé- les médias. Pensez donc : voilà Csanád Szegedi, un des dirigeants du Jobbik, parti fascisant et antisémite hongrois qui annonce qu’il a des origines juives ! L’arroseur arrosé en quelque sorte…
Jusqu’à ce qu’il découvre que sa grand-mère était juive, Csanád Szegedi* était une des étoiles montantes du Jobbik, le parti d’extrême-droite qui cartonne en Hongrie : 17% des voix aux législatives de 2010.
C’était un des fondateurs de la « Garde hongroise », une organisation paramilitaire dont les uniformes et les drapeaux rappelaient ceux des troupes de choc nazies. (Le gouvernement hongrois a fini par l’interdire en 2009)
Il était aussi un des trois députés de son parti au Parlement européen où il multipliait les diatribes contre les Roms et les Juifs. Il ne cessait de dénoncer le «complot juif mondial pour coloniser la Hongrie » ou de nier ni l’existence de la Shoah.
L’homme qui s’en prenait à « l’énorme parc immobilier détenu par les Israéliens pour des raisons financières » défilait aussi avec régularité pour rendre hommage « aux victimes du sionisme et du bolchevisme ».
Mais en 2011, patatras : un rival d’un autre parti néo-nazi hongrois l’accuse d’avoir des origines juives ! Lui qui vantait jusqu’alors sa famille paternelle, issue de la petite noblesse hongroise, se rend alors chez sa grand-mère âgée de 93 ans.
Et la vieille dame, (dont le nom de jeune fille est Klein), lui apprend que non seulement toute sa lignée maternelle est juive mais aussi qu’elle-même est une survivante du camp d’Auschwitz.
« J’ai été choqué, expliqua un peu plus tard, Szegedi, « Tout d’abord parce que j’ai réalisé que le génocide avait vraiment eu lieu ». Il s’efforce de garder le silence sur cette découverte jusqu’à ce qu’il craque en juin 2012 et annonce publiquement ses origines.
A ce moment là, il espère encore pouvoir rester dans son parti, où la nouvelle a bien sûr, fait l’effet d’une bombe : « Cela ne change rien à mon engagement politique. Cette affaire a été montée pour nous déstabiliser. Heureusement, cela n’a pas fonctionné. »
De fait, le chef du Jobbik, Gabor Vona, déclare que Szegedi a toujours toute sa confiance et qu’il est maintenu à toutes ses fonctions. Preuve selon lui, que son parti n’est pas du tout antisémite. Fin de l’histoire ?
Bien sûr que non. Quoi que puisse affirmer leur leader, pour les membres du Jobbik, la présence d’un Juif parmi eux est intolérable. Les attaques antisémites contre Csanád Szegedi se font de plus en plus virulentes.
Jusqu’à ce qu’en juillet dernier, il soit chassé du parti. Pas du tout à cause de ses origines, s’empresse de préciser Gabor Vona. Mais parce que Szegedi aurait tenté d’acheter le silence de l’homme qui a fini par le « dénoncer »
« Notre parti ne saurait tolérer la corruption » ont vertueusement déclaré les dirigeants du Jobbik avant d’exiger qu’il remette son mandat d’euro-député à leur disposition. (Szegedi a refusé et siège à présent parmi les indépendants).
Dans la foulée, il a aussi fait un retour vers le judaïsme. D’abord en présentant ses excuses à la communauté : « «Si j’ai tenu quelque propos que ce soit qui a offensé la communauté juive ces dernières années, j’en demande pardon »
Connaissant la virulence de ses anciens propos, ce « si » restrictif confirme, si besoin était, qu’aucun léopard ne perd très vite ses taches…. Quoi qu’il en soit, notre homme se rend à présent à la synagogue. (« Au début, les gens me regardaient comme un lépreux »)
Il apprend l’hébreu, étudie les textes avec un rabbin, mange casher et respecte le shabbat. Et tout cela, comme il l’explique, sans problèmes : « J’ai découvert que je pouvais concilier mes opinions de conservateur hongrois avec une vie de Juif pratiquant »
Ce qui, si on y réfléchit, n’est pas nécessairement un compliment pour nos amis religieux. Mais bon, comme on disait (aussi) dans le shtetl : « à cheval donné, on ne regarde pas les dents ».
Et, à part pour son ex-parti, il vaut mieux pour tout le monde que Csanád Szegedi se rende, comme il en a le projet, en visite à Auschwitz plutôt que de continuer à nier l’existence des chambres à gaz, comme il l’a longtemps fait.
Après tout, la parabole du fils prodigue, toute racontée par Jésus qu’elle soit, se passe dans une famille juive…
Sur le sujet : « Si même les nazis hongrois sont juifs… » http://www.cclj.be/article/3/3301
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