Est-ce qu’empêcher des musiciens de jouer en Israël aidera les Palestiniens à se libérer de l’occupation ? C’est ce que font mine de croire les membres de BDS-France*. Il est vrai que c’est plus facile à réussir que les autres boycotts auxquels s’essaie ce mouvement.
Le mouvement « BDS » est contre l’occupation et la colonisation de la Cisjordanie. La belle affaire ! Le monde entier l’est, ce site y compris. Sauf que, afin de justifier son nom, BDS s’est lancé dans des actions de boycott, de désengagement et de sanctions.
Ce n’est pas insulter l’engagement de ses militants que de pointer leur manque quasi total de succès dans tous ces domaines. Sauf un, où la réussite était, il est vrai, assurée : effrayer les artistes désireux de se rendre en Israël.
Là, les membres de BDS peuvent brandir triomphalement la liste des stars, petites ou grandes qui, estiment-ils, soutiennent leur juste combat. Quoique la réalité soit plus relative. En fait, créateurs et interprètes veulent surtout éviter des problèmes inutiles.
Une lettre leur annonçant poliment qu’ils vont avoir un gros tas d’ennuis s’ils se rendent en Israël suffit à les faire hésiter. Quelques messages hargneux sur leur page Facebook et ils laissent tomber. Qui pourrait le leur reprocher ? Ce n’est pas leur combat.
Prenons le cas de Vanessa Paradis qui a renoncé à chanter à Tel-Aviv après une campagne de ce genre. Elle n’est ni juive ni arabe. Ses engagements -si elle en a- ne portent pas sur le Moyen-Orient. Alors, pourquoi se compliquerait-elle la vie ?
C’est pour cette raison qu’on apprécie la réaction nuancée et courageuse de l’agence Deghelt Productions face à une pression similaire et que raconte son fondateur sur son blog*. Voici l’histoire en quelques mots :
Deux des jazzmen que « manage » Christophe Deghelt ont accepté, comme bien d’autres, de jouer auRed Sea Jazz Festivalqui a lieu chaque année, fin janvier, à Eilat. Sauf que BDS interpella systématiquement tous les participants pressentis et leur tint à peu près ce langage :
« Vous n’allez tout de même pas vous rendre dans un festival sponsorisé par le régime d’apartheid israélien qui mène une politique de colonisation et commet des crimes de guerre contre les Palestiniens ».
Dans la foulée, les pages Facebook des artistes furent envahies de messages de militants BDS au ton, hum, peu agréable. Certains, pour les raisons évoquées plus haut, annulèrent leur présence. Mais pas ceux de Deghelt Productions.
Son directeur fit même parvenir à BDS-France une lettre qui mérite d’être lue**. Il y rejette la comparaison avec l’Afrique du Sud, un régime « totalitaire, illégitime, anti-démocratique et raciste » et condamné comme tel par l’ONU. Ce qui n’est pas le cas d’Israël.
« Ce sont les Israéliens que vous haïssez »
Il explique aussi : « Prétendre que, soit nous jouons au Red Sea Jazz Festival, donc nous soutenons la politique d’Israël, soit nous annulons et nous montrons notre compassion pour le peuple palestinien est une attitude bien trop réductrice.
Jouer en Israël ne veut pas dire que nous approuvons la politique de son gouvernement, et ne veut pas dire que nous ne comprenons pas le désarroi et la souffrance de la population palestinienne ».
Avec cette précision qu’on aurait crue inutile : « Les fans de jazz en Israël sont comme tous les fans : des gens humains, pacifistes et qui espèrent la paix dans cette région du monde. Ils sont vos meilleurs alliés et vous semblez vouloir les punir.
Boycotter le festival, c’est un message injuste envers l’ensemble de la population israélienne, envers nos fans et nos amis, et c’est stigmatiser une population et un pays au lieu d’apporter une contribution pacifique et un message d’espoir.
Ce qui me dérange le plus dans votre démarche, c’est la haine d’Israël que vous avez, une haine maladive, aveugle et, bien sûr, dissimulée par du « politiquement correct » ».Et enfin, ceci où Ch. Deguelt touche à l’essentiel :
« Par vos actions, ce ne sont pas les Palestiniens que vous aimez et que vous défendez, ce sont les Israéliens que vous haïssez ». De fait, c’est là un point majeur qu’une comparaison suffira à clarifier :
La France a occupé et colonisé l’Algérie de 1830 à 1962. Elle en a traité les habitants comme des sous-citoyens. Lorsque les Algériens se sont révoltés en 1954, la France a déplacé, emprisonné, torturé la population… et tué au moins 300.000 personnes.
Personne pourtant n’a accusé la France d’apartheid ni prétendu la boycotter ou remettre en cause sa légitimité en tant qu’Etat. Ce que les gens refusaient, c’était la politique menée par les gouvernements de gauche comme de droite de la IVeRépublique.
Pourquoi cette différence de traitement de certains vis-à-vis d’Israël dont les agissements, si condamnables soient-ils, sont beaucoup moins graves ? La seule réponse est celle donnée par M. Deguelt : parce qu’ils haïssent Israël.
Ce n’est pas, et c’est bien heureux, le cas de tous ceux qui critiquent le gouvernement israélien actuel. Nombre d’entre eux sont, bien au contraire, des amis d’Israël qui s’inquiètent de l’aveuglement et du fanatisme de ses dirigeants.
C’est de cette façon-là que nous luttons pour un changement politique dans cet Etat qui nous est cher. Et pour cela que nous combattons les simplifications, les outrances et les pseudo- solutions de BDS.
*BDS : mouvement fondé en 2005 et appelant au Boycott, au Désinvestissement et à des Sanctions contre l’Etat d’Israël.
** http://deghelt-productions.com/blog/files/25f794123d7d6608b1088b4398601079-17.html
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