Hitler aurait eu son « bon Juif »

Une directive officielle qui vient d’être retrouvée confirmerait la rumeur qui voulait qu’Hitler ait sauvé la vie d’au moins un Juif. Un fait qui resterait bien entendu anecdotique face au bilan du plus grand tueur de l’Histoire.

Déjà, le pauvre Reichsführer Heinrich Himmler, principal architecte de la « solution finale » s’en plaignait* : « Le peuple juif sera exterminé » dit chaque membre du Parti, « c’est clair dans notre programme, nous le ferons ».

« Et puis », poursuivait-il avec amertume« ils arrivent, 80 millions de braves Allemands, et chacun a son « bon Juif » : Les autres sont des porcs, mais celui-là est un Juif de première qualité ».

Himmler savait de quoi il parlait. Son propre Führer avait aussi, semble-t-il, le sien. Il se nommait Ernst Moritz Hess et, durant la guerre 1914-1918, il avait bien mérité de l’Allemagne : Croix de Fer de 1ère et 2e classe et Ordre du Mérite militaire de Bavière.

Il avait servi comme adjudant dans le 16e régiment d’infanterie bavarois où un certain Adolf Hitler était estafette… Après la guerre, Hess était devenu juge et vivait tranquillement jusqu’à l’arrivée des nazis et l’instauration de leurs lois raciales.

Il fut alors chassé de la magistrature car, bien que baptisé et marié à une protestante, il était considéré comme juif, puisque ses quatre grands-parents l’étaient. En 1936, après avoir été roué de coups par des voyous nazis, il avait fui avec sa famille en Italie.

Forcé de revenir  en Allemagne. Il avait alors écrit au nouveau maître de l’Allemagne pour lui demander son aide, en tant qu’ancien camarades de combat. En bonne logique, sa lettre aurait dû finir dans les poubelles de l’administration nazie.

Mais elle atteignit tout de même son destinataire par l’entremise d’un autre ancien du même 16e régiment : Fritz Wiedemann, qui était depuis 1935 l’aide de camp personnel de Hitler.** Et ce dernier -dans un rarissime acte d’humanité***- aurait donné l’ordre à Himmler de protéger Hess.

Le 27 aout 40, le Reichsführer SS ordonna donc à toutes les forces de police nazies de « laisser en paix à tous égards » Ernst Hess. Himmler précisait « qu’à la demande du Führer, il fallait lui épargner persécution ou déportation et lui accorder secours et de protection ».

Une bien belle histoire qui ne dura guère. Moins d’un an plus tard, en juin 1941, la directive fut annulée. Hess fut aussitôt envoyé dans un camp de concentration près de Munich où, malgré  la brutalité de ses geôliers, il parvint à survivre jusqu’à la fin de la guerre. Sa sœur, Berta mourut, elle, à Auschwitz.

Ernst Hess fit ensuite une brillante carrière dans les chemins de fer allemands. Il mourut en 1983. Selon sa fille, Ursula Hess, âgée aujourd’hui de 86 ans, son père avait en fait assez peu de souvenirs de Hitler à part qu’il n’avait aucun ami dans le régiment… 

L’histoire était déjà connue. Dans « l’As des As » de Gérard Oury, par exemple, qui se passe en Allemagne en 1936, Jean Paul Belmondo s’échine à sauver des mains des nazis un Rosenblum persuadé d’être l’ami d’Hitler parce qu’il a été son supérieur en 14-18…

Ce qui n’était alors qu’une rumeur persistante semble donc avéré grâce à une historienne qui a retrouvé la lettre écrite par Himmler aux autorités policières. Reste cependant une restriction évoquée par un autre historien.

La directive d’Himmler serait bien authentique, mais l’ordre lui-même aurait pu être donné, au nom d’Hitler, par Wiedemann. Mais était-ce avec ou sans l’aval du chancelier ? Wiedemann était connu pour aider dans la mesure de ses moyens ses camarades de combat juifs…

Quoi qu’il en soit, même si la décision émanait vraiment de Hitler, cela ne modifierait en rien le terrifiant bilan du plus grand meurtrier de l’Histoire : 65 millions de morts dont six millions de Juifs.

*Discours devant les hauts gradés de la SS, 4 octobre 1943

** En 1939, Wierdemann fut renvoyé pour « idées politiques pessimistes ». (Il ne croyait pas en la victoire de l’Allemagne). Arrêté en 1945, il fut cité comme témoin au procès de Nuremberg et libéré en 1948. Il mourut en 1970.

*** Il est avéré qu’il en existe un autre : le Dr Eduard Bloch qui tenta, en vain, de soigner le cancer qui emporta Klara, la mère d’Hitler en 1907. Lorsqu’il annexa l’Autriche en 1938, Hitler lui évita la déportation et lui permit de gagner les Etats-Unis. De là à en faire un philosémite…

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