Hollywood-Israël : une histoire d’amour

Si Regards était publié aux Etats-Unis, il s’appellerait The Jewish journal* et serait sous-titré « Le journal juif du Grand Los Angeles »**. Et nous aurions un blog « Hollywood jew » tenu par Danielle Berrin qui y écrirait des textes comme celui-ci.

Les deux plus importantes réalisations juives du 20esiècle ont été Hollywood et Israël. Tous deux sont nés d’une pulsion primale juive : fuir. Les Juifs ont créé Israël pour fuir le monde; ils ont créé Hollywood pour permettre au monde de fuir la réalité.

Au début, les relations entre les deux n’étaient pas « tip top ». Après tout, les Juifs qui ont fondé Hollywood voulaient échapper à leur identité juive. Et, grâce à son façonnage culturel des idéaux américains, Hollywood leur a permis d’y arriver.

Mais maintenant, la vie des Juifs est tout à fait différente. Les traumatismes ne sont plus que des souvenirs. Nous possédons du pouvoir et de l’influence. Et, si on excepte l’époque du 1erTemple, c’est sans doute la meilleure période qui ait jamais existé pour vivre son judaïsme.

La relative prospérité des Juifs a sans nul doute rendu plus facile l’oubli des avanies passées. Y compris à Hollywood. Du coup, finie l’époque où on considérait les « tycoons » comme des Juifs honteux.

Disparue, l’image de gens que l’apathie, l’indifférence ou la crainte pour leur carrière éloignaient de l’Etat juif. Bienvenue dans la torride histoire d’amour entre Hollywood et Israël. D’autant que chacun fait tout pour séduire l’autre.

A Hollywood, plusieurs initiatives « stratégiques » ont été prises ces dernières années. Notamment pour mettre en contact les principaux dirigeants des sociétés de divertissements américains avec leurs homologues israéliens.

On peut citer, entre autres, le programme « Master Class » qui a donné l’occasion à des spécialistes de renom comme Nina Tassler (présidente de CBS Entertainment) de se rendre en Israël pour enseigner ses méthodes à des jeunes créateurs.

Ou encore, la série de voyages organisés depuis 2006 pour des dirigeants, des producteurs et des cinéastes comme Darren Star (Sex and the City), Alexander Payne (Les Descendants) ou Amy Pascal (présidente de Sony Pictures Entertainment), que beaucoup considèrent comme la femme la plus puissante d’Hollywood.

Jamais, depuis Golda Meir…

Tous ces gens sont venus en Israël au moment précis où la création israélienne explosait littéralement. Un développement seulement comparable à celui de l’industrie high tech : il s’est révélé que la « start up nation » n’était pas douée que pour l’innovation technologique ou médicale.

Mais qu’elle était aussi sacrément bonne pour créer des films et des séries télévisées. Depuis 1984, Israël a été nominé dix fois pour l’Oscar du meilleur film étranger. Dont quatre, ces cinq dernières années.

La télévision israélienne n’est pas en reste : depuis 2007, pas moins de dix séries israéliennes ont été achetées par Hollywood et adaptées, le plus souvent avec succès. C’est le cas, entre autres de « The Naked Truth », « Traffic Light » ou encore « Midnight Soleil ». (Toutes séries qui ont ou vont débarquer sur nos petits écrans européens. NDLR)

Bref, les échanges entre les deux industries sont si nombreux et variés que de grands médias comme le Wall Street Journal ou le Los Angeles Times s’attendent à un déferlement de thèmes israéliens ces prochaines années.

Comme le déclarait voici peu Ben Silverman, ex-président de NBC Entertainment : « Jamais, depuis l’époque de Golda Meir, il n’y a eu autant de gens désireux de réécrire ou de réaliser l’histoire de l’Exodus »…

*http://www.jewishjournal.com/hollywoodjew/item/hollywood_and_israel_a_love_story_20120209/

**On plaisante, bien sûr. Si nous paraissions aux Etats-Unis, nous serions basés à New York et nous nous appellerions The New York Times.

 

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