Hommage aux 21 ouvriers juifs de la Dolomie

Marie-Noëlle Philippart est infirmière à la Croix-Rouge et depuis toujours passionnée d’Histoire. Elle est ainsi à l’origine du Mémorial dédié aux travailleurs juifs des anciennes Usines dolomitiques de Merlemont qui sera inauguré le 16 décembre prochain. Une reconnaissance que beaucoup n’attendaient plus.

« J’aime mon village et j’aime l’Histoire ». Cette phrase aura sans aucun doute été le point de départ des recherches de Marie-Noëlle Philippart, à qui le Syndicat d’initiative de la commune de Philippeville propose en juillet 2010 de guider une promenade dans Merlemont. Infirmière de la Croix-Rouge, passionnée d’histoire, Marie-Noëlle Philippart connait la référence des anciennes usines « Produits dolomitiques de Merlemont » et décide de s’y intéresser plus en détail.

En démarrant ses recherches sur internet, elle découvre un extrait du livre de Rudy Van Doorslaer (Les curateurs du ghetto) qui évoque la présence d’ouvriers juifs dans les carrières… « Mon mari était responsable de la carrière pendant une dizaine d’années et comme lui, personne ne semblait au courant de cette histoire », s’étonne l’infirmière devenue chercheuse. Marie-Noëlle Philippart recevra l’autorisation de consulter les archives du personnel de la carrière, dans lesquelles elle trouvera cette feuille volante, avec une liste de 15 noms. Elle se rendra alors à Bruxelles, square de l’Aviation, aux Archives des victimes de guerre pour retracer le parcours de chaque personne, et finira par réunir 21 noms de personnes juives, venues à Merlemont avec leur famille en 1942, suite à une ordonnance allemande du 8 mai. Elle apprend que la plupart, d’origine polonaise, en provenance d’Anvers, de Bruxelles et de Charleroi, sont arrivées le 15 juillet 1942 et sont restées à Merlemont jusqu’au 13 mars 1943. « Un temps suffisamment long pour qu’on s’en souvienne », estime-t-elle.

Un patron bienveillant

Bien décidée à combler ce vide historique, Marie-Noëlle Philippart part à la recherche de témoins. A force de persuasion, certains lui parleront de l’arrestation en mars 43 de quatre mères, qui seront déportées avec le 20e convoi (une parviendra à s’en échapper, lorsque celui-ci sera stoppé). Après avoir rejoint le groupe d’histoire locale pour poursuivre son travail, elle découvre encore parmi les 21 travailleurs quatre partisans armés et une courrière. Elle décide alors de retrouver les enfants, et reprend contact avec Bella Wajnberg, Michel Weiser, Theo Kornblum…

« Plusieurs récits d’enfants de ces ouvriers m’ont fait réaliser aussi que le patron de la Dolimie avait tenté à plusieurs reprises de protéger et de sauver son personnel juif », explique Marie-Noëlle Philippart. « Il en a ainsi libéré certains de leur contrat pour qu’ils puissent se cacher, j’ai trouvé des preuves que la société avait omis de renvoyer ses statistiques, courant le risque de sanctions, et pour d’autres encore, aucune date de fin de contrat n’a été signalée… ».

Après avoir tout retranscrit dans un ouvrage qui vient de paraitre (Eté 42, des étoiles jaunes à la Dolomie), elle convainc facilement le bourgmestre sortant, Jacques Rousselle, de la suivre dans son projet de Mémorial. « Retrouver l’histoire n’est pas suffisant lorsqu’il y a un problème de mémoire », insiste Marie-Noël Philippart. « Comment peut-on donner une mémoire collective sans avoir un endroit où se souvenir ? ». La direction de la carrière proposera elle d’offrir le Mémorial, placé à l’entrée, sur les lieux de l’ancienne gare.

Quant au sort des 21 travailleurs juifs auquel il sera rendu hommage, on sait à présent que des cinq partisans, deux sont décédés dans des actes de résistance à Anvers et à Charleroi, et trois (dont le couple Weiser) ont survécu. Un bon tiers n’a pas laissé de traces, laissant penser qu’ils ont pu émigrer. Les autres ont été déportés, mais pas depuis Merlemont. Marie-Noëlle Philippart garde en mémoire les belles histoires, comme ce fils de boulanger retrouvé dans un village voisin, et dont le père qui avait fui Mussolini avait été touché par la présence de Juifs à la Dolomie. Aussi préparait-il du pain spécialement à leur attention…

Si le travail de recherche de Marie-Noëlle Philippart a été considérable, sa motivation ne relève sans doute pas du hasard. « Je suis née en 1956 à Bastogne », confie-t-elle. « Le noyau de l’offensive Von Runstedt en 1944. Mon enfance a été baignée dans cette atmosphère gardant toutes les traces des Américains, où l’on défilait dans les rues. J’ai moi-même vu revenir le général Mac Auliffe ! Mon père avait été volontaire de guerre et me l’a raconté très tard. Comme infirmière, j’ai aussi cotoyé des survivants qui m’ont fait prendre conscience de l’importance de ce passé. J’ai emmené mes enfants à Mauthausen pour qu’ils comprennent, et j’ai été désolée de constater que j’aurais pu simplement leur montrer ce qui s’était passé chez nous. C’est parfois tout près, et on l’ignore… ».      

Dimanche 16 décembre 2012 à 10h

Inauguration du Mémorial

en présence des autorités communales, de la direction de la carrière, des associations de résistants, des témoins et des familles.

Lieu : Rue du Viveroux 20 (à l’entrée de la carrière de dolomie Lhoist), 5600 Merlemont.

Le livre de Marie-Noëlle Philippart sera disponible après l’inauguration dans la salle communale de l’école du village (rue du Baron Nothomb 11, 5600 Merlemont).

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