Howard Gutman nous reçoit dans les salons cossus de la résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis, située rue Ducale, face au Parc de Bruxelles, depuis 1946. Décontracté, il se distingue quelque peu des diplomates que l’on a l’habitude de voir. Howard Gutman appartient à cette catégorie particulière des 28 ambassadeurs nommés discrétionnairement par le Président des Etats-Unis à des postes stratégiques de première importance. Des proches du Président sont en effet désignés pour mettre en œuvre la politique définie par la nouvelle présidence. « On ne peut pas représenter Georges Bush un jour et Barack Obama le lendemain », explique Howard Gutman. « Pour qu’il y ait une adéquation entre ses choix stratégiques et son personnel diplomatique, le Président peut donc choisir des ambassadeurs censés refléter fidèlement ses options en politique internationale ».
Son passage des cabinets d’avocats de Washington à la politique internationale n’est pas le fruit du hasard. Il s’inscrit même d’une certaine manière dans son histoire familiale. « Enfant, il m’arrivait de venir voir mon père dans son entreprise de confection à New York. Il voulait toujours me présenter à ses clients comme le prochain gouverneur de New York, alors que je n’avais que 5 ans. A partir de ce moment-là, l’idée de devenir avocat a mûri, et j’ai su qu’un jour je serais impliqué dans la vie publique », confie-t-il. Cette histoire résume bien celle de nombreux Juifs américains de sa génération. Si Howard Gutman ne dissimule jamais son identité juive, il ne passe pas non plus son temps à l’afficher. « Il est vrai que les Américains sont tous des immigrants, mais je suis ambassadeur des Etats-Unis et non ambassadeur juif des Etats-Unis. La nuance est importante », précise-t-il. Il avoue néanmoins que les parcours personnels de nombreux Américains fascinent encore les Européens. « Lors d’un dîner à la résidence, le Prince Laurent s’intéressait aux origines des Américains présents. Ainsi, il a pu découvrir que mon père avait émigré illégalement de Pologne vers les Etats-Unis sous une fausse identité et avec un faux passeport de Dantzig. L’histoire personnelle de mon collègue William Kennard, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne, est encore plus extraordinaire : son arrière grand-mère était esclave », raconte-t-il.
Le discours du Caire
Conscient que la diversité constitue une des forces des Etats-Unis, Howard Gutman suit attentivement la manière avec laquelle la société belge évolue. Il a d’ailleurs eu l’occasion d’aller à la rencontre des communautés arabo-musulmanes à Anderlecht, Molenbeek, Hasselt et Charleroi. L’objectif n’est pas de satisfaire sa curiosité : « Une des priorités du Président Obama est de renouer avec le monde musulman. Sous la présidence de Georges Bush, les Etats-Unis n’ont pas envisagé ces relations de la meilleure manière. Elles étaient marquées par les tensions et l’incompréhension. Depuis le discours du Caire, nous travaillons sur les changements nécessaires qui doivent intervenir entre les Etats-Unis et le monde arabo-musulman. Cela concerne aussi les communautés musulmanes d’Europe, mais également tous les hommes de bonne volonté ». Et d’ajouter : « Les rencontres auxquelles je participe à Molenbeek ou à Anderlecht font partie de cet engagement ».
Lorsqu’on évoque le discours du Caire, on est inévitablement amené à aborder la question du conflit israélo-palestinien. Et quand on lui fait remarquer que le Président Obama fait de très beaux discours, mais sans les traduire sur le théâtre des opérations, l’ambassadeur n’apprécie guère : « Il y a peut-être beaucoup de discours, mais il n’y en avait aucun par le passé. Pendant trop longtemps, le dialogue était inexistant. Barack Obama ne dit pas aux Arabes ce qu’ils auraient souhaité entendre. Le discours du Caire ne peut être réduit à des mots prononcés à la légère. Il s’insère dans une politique globale d’engagement des Etats-Unis en faveur du dialogue et de la paix. Quand Barack Obama est entré en fonction en janvier 2009, la situation était catastrophique. Aujourd’hui, ce sont des mots qu’Israéliens et Palestiniens s’échangent et sûrement pas des bombes. C’est un progrès considérable. Qui aurait imaginé que des Palestiniens ou des Jordaniens viennent en aide aux Israéliens suite à un incendie de forêt ? Personne ! », s’exclame-t-il. Il est vrai qu’en 24 mois de mandat, il n’est pas aisé de mettre un terme à un conflit qui dure depuis plus de soixante ans.
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