Il était des petits navires…

La flottille qui va échouer sous peu à forcer le blocus de la Bande de Gaza est là pour mener une bataille médiatique. Une de celles qu’Israël ne cesse de perdre faute de se donner les moyens de les gagner.

Blocus… Curieusement, selon l’encyclopédie en ligne Wikipedia, le mot viendrait de l’ancien wallon « blokehus »… Quoi qu’il en soit, il désigne une opération « visant à couper le ravitaillement (nourriture, armes…) d’une ville, (région, pays) par la force ».

Parmi les blocus plus cruellement célèbres, il y a celui de Leningrad (actuellement St Petersbourg) par les nazis de septembre 1941 à janvier 1944. Plus récemment, il y eut celui de Sarajevo par les Serbes d’avril 1992 à février 1996. Et depuis juin 2007, il y a celui de la Bande de Gaza par Israël.

Mauvaise compagnie, même si le blocus israélien n’a pas causé ni famine ni même de crise humanitaire. Mauvaise idée aussi car,  si bonnes que soient les raisons de l’établir -en l’occurrence les milliers de roquettes tirées par le Hamas sur le territoire israélien-, un blocus constitue toujours une punition collective contre la population civile.

Mauvaise stratégie enfin, car inefficace : les produits de première nécessité autorisés par Israël entrent tous les jours à Gaza. Et ceux que l’Etat juif interdit y parviennent quotidiennement par les tunnels creusés entre l’enclave et l’Egypte. Sans parler de la réouverture depuis mai 2011 d’un point de passage permanent par ce dernier pays.

Israël n’a donc que les inconvénients de la chose sans guère d’avantages. Parmi les premiers, il y a  la suite de l’inattendu  « blockbuster » de l’an passé : « La croisière humanitaire ne s’amuse pas » avec les neuf Turcs tués lors de l’arraisonnement de leur navire par Israël.

« Flottille humanitaire II : le retour » fera-t-il aussi bien ? L’objectif de la dizaine de bateaux qui constituent la flottille actuelle n’est pas matériel : que le peu de marchandises qu’ils contiennent arrivent on non à Gaza n’a en soi guère d’importance. Le but n’est pas non plus « militaire » : la marine israélienne est trop puissante pour que le blocus puisse être forcé.

L’enjeu est clairement de marquer des points dans l’opinion publique. Une bataille de plus dans la guerre médiatique, la seule où, pour l’heure, Israël prenne régulièrement une raclée. Et c’est à nouveau mal parti pour l’Etat juif.

Déjà, les pacifistes qui sont à bord des navires ont atteint un premier objectif : remettre « à la Une » les souffrances de Gaza. Ils espèrent aussi atteindre un deuxième objectif : lorsque leurs navires seront interceptés, montrer la brutalité des Israéliens face à leur non-violence affichée.

Difficulté supplémentaire pour Israël : il se peut -mais ce n’est pas certain- qu’il y ait sur l’un ou l’autre bateau l’équivalent des « casseurs » dans une manifestation. Des purs et durs qui cherchent la bagarre et, si possible, le sang. Le leur, celui d’un Israélien, celui d’un pacifiste, tout sera bon pour leur stratégie du chaos.

Où sont les « spin doctors » ?

A Jérusalem, on connait tous ces paramètres et, en théorie, on devrait s’y être adapté. On peut donc imaginer que contrairement à l’an passé, les Israéliens se donneront les moyens de ne tuer personne. Mais cela, c’est vraiment le « service minimum » médiatique.

Il en faudrait beaucoup plus pour marquer vraiment des points dans les médias. Ce devrait être possible, non ? On veut dire : il ne manque tout de même pas de conseillers médias, de communicants et autres « spin docteurs » en Israël…

Eh bien, s’il y en a, soit ils sont nuls soit on ne les écoute pas. Voyez le directeur du bureau de presse du gouvernement. Ce petit futé n’a-t-il pas été déclarer aux journalistes étrangers que, s’ils embarquaient sur la flottille, ils serait interdit d’entrée durant dix ans sur le territoire israélien ?

Brillant non ? Déjà, ces journalistes pourraient témoigner le cas échéant de la présence d’éléments violents sur les bateaux. En plus porter atteinte à la liberté de la presse est le meilleur moyen de se la mettre à dos et de faire passer Israël pour un Etat anti-démocratique.

Même le Premier ministre Benjamin Netanyahou l’a compris, qui a été obligé de publier un démenti assurant que les journalistes pourraient travailler librement. Il se peut donc qu’il n’y ait pas de vrais cadavres sur les navires. Mais les morts médiatiques israéliens pourraient être nombreux. Et de nos jours, c’est presque aussi grave. 

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