Les chiffres sont saisissants : en 2009, la croissance du PIB palestinien à été de 9%. La même année, le chômage qui avait déjà baissé de 18% s’est stabilisé à 16,4%. Les investissements étrangers ont augmenté, eux, de 600% en un an.
Les exportations agricoles vers Israël ont triplé. Même la petite Bourse palestinienne a connu une hausse de 12,5%. Une bonne santé insolente qui n’est nulle part plus visible qu’à Ramallah.
Cette ville de 40.000 habitants, siège l’Autorité palestinienne, éclate de prospérité : les tours y poussent comme des champignons et un appartement s’y paie au minimum 150.000 €. Des centres commerciaux s’ouvrent à tous les coins de rue ou presque.
On vient d’inaugurer un hôtel « cinq étoiles », un hôpital ultramoderne est en construction. Tout comme d’autres projets : un gigantesque parc agro-industriel près de Jéricho (10.000 emplois potentiels) et même une ville nouvelle, Rawabi, destinée à la classe moyenne.
Ce soudain dynamisme s’explique par trois facteurs au moins : d’une part, le dynamisme et les réformes du Premier ministre palestinien Salam Fayyad, (voir ci-dessous) : amélioration de la sécurité, lutte contre la corruption, meilleure gestion des finances publiques…
De l’autre, le soutien financier de la communauté internationale. Environ un milliard d’euros en 2010 (22% du PNB). Et enfin, la suppression par Israël de près de 200 barrages routiers et autres « check points » sur les 750 mis en place en Cisjordanie.
Car l’Etat juif a naturellement bien compris l’intérêt de voir prospérer cette région : c’est une application de la « paix économique » que le gouvernement Netanyahou prône depuis longtemps et, en même temps, une gifle au Hamas dont le contrôle de Gaza n’a entraîné que destructions et misère.
Une prospérité de façade ?
Alors, tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des territoires occupés possible ? Ce n’est pas aussi simple. Selon nombre de spécialistes, ceux du FMI entre autres, la Cisjordanie souffre d’un problème structurel majeur : aucune économie ne peut vraiment croître sans un commerce extérieur fort.
Or, les Palestiniens ne disposent ni de ports ni d’aéroports. Et, même s’ils sont moins nombreux, les barrages israéliens continuent à freiner terriblement les mouvements des gens et des biens.
Autre souci : la prospérité actuelle ne concerne que quelques villes dans les enclaves que contrôle directement l’Autorité Palestinienne (18% de la Cisjordanie).
Pour les plus pessimistes, le « boom » économique actuel n’a donc rien à voir avec un véritable développement. Ce serait juste une bulle, susceptible d’exploser à tout moment.
Pour l’heure, les Palestiniens las des combats perdus et des négociations avortées, aspirent à « souffler » un peu, à mener une vie aussi « normale» que faire se peut. Mais combien de temps cela durera-t-il ? L’homme ne vit pas que de pain. Même avec des confitures dessus…
O.W.
Le « Ben Gourion palestinien » ?
Il n’est pas vraiment homme à se balader en treillis, keffieh sur la tête en brandissant une kalachnikov. Salam Fayyad est plutôt du genre technocrate : diplôme d’ingénierie, doctorat en économie, il a longtemps promené sa silhouette ronde, ses élégants costumes anglais et ses fines lunettes à la Banque Mondiale ou au FMI.
Puis, il est entré en politique : ministre des Finances d’Arafat puis de Mahmoud Abbas avant que ce dernier ne nomme Premier ministre en 2007. Et pourtant, ce petit homme un peu terne de 58 ans pourrait peut-être réussir là où tant de personnalités palestiniennes, bien plus puissantes et charismatiques que lui, ont échoué : créer de facto un Etat palestinien. Et d’ici 2012.
Mais à sa façon. Les autres luttent d’abord pour obtenir un pays qu’ils espèrent ensuite rendre prospère. Salam Fayyad, lui, tente l’inverse : être d’abord viable économiquement avec l’espoir que l’Etat suivra nécessairement.
Une politique de « faits accomplis » en quelque sorte, assez semblable à celle menée par les Juifs de Palestine depuis les années 1920 jusqu’à la création d’Israël en 1948. Ce n’est pas un hasard si Shimon Peres a qualifié Salam Fayyad de « Ben Gourion palestinien »…
Sauf que sa situation personnelle est beaucoup moins forte. Ben Gourion disposait d’un parti puissant et majoritaire. Il avait les moyens de mettre au pas tant les dogmatiques d’extrême gauche que les exaltés de droite et il ne s’en est pas privé, pour le plus grand bien du nouvel Etat.
Salam Fayyad, lui, pèse peu. Si la population apprécie ses réalisations, il est lui-même peu populaire. D’autre part, il est coincé entre le Hamas et les barons de l’OLP. Et il ne dispose que d’une marge de manœuvre réduite : que, pour une raison ou une autre, l’économie palestinienne vienne à ralentir et il tombe.
Il a fallu près de 30 ans à Ben Gourion pour que sa stratégie accouche de l’Etat d’Israël. L’histoire n’en donnera pas autant au Premier ministre palestinien…