Quoi, Gaza ? Il n’y a pas de problèmes avec Gaza. Certes, depuis le début de l’année, « ils » ont tiré plus de 120 roquettes ou obus sur le sud de l’Etat juif. Qui a riposté par des bombardements de tunnels ou de camps d’entrainement du Hamas. Bref, « à l’Ouest (d’Israël), rien de nouveau » pourrait titrer un autre Erich Maria Remarque (*). Sauf que pas du tout.
En réalité, Gaza bouillonne comme un chaudron de sorcières. La vie des Gazaouis, qui n’a jamais été vraiment facile dans cette bande de terre surpeuplée, est devenue infernale depuis le blocus imposé par Israël en janvier 2008. Certes, le gouvernement israélien assure qu’il s’agit d’un « gentil blocus » et que les « besoins essentiels » de la population sont assurés.
En réalité, tout ce qu’on peut dire de positif sur Gaza, c’est qu’on n’y meurt pas de faim. D’une part, ce n’est pas rien. De l’autre, ce n’est tout de même pas grand-chose dès lors qu’on manque de tout le reste : 45% de la population est au chômage, 80 % survit grâce à l’aide internationale. Gaza-Ville est en ruines, la reconstruction impossible, l’électricité coupée plusieurs heures par jour. Par ailleurs, l’eau est à peine potable, le taux de mortalité infantile en hausse, les hôpitaux en rupture de médicaments…. On pourrait continuer jusqu’à ce que cette poubelle humanitaire qu’est devenue la bande de Gaza déborde. C’est en chemin.
Et cela interpelle. En tous cas, cela devrait : quand on est le peuple juif, on ne fait pas subir une punition collective à toute une population. Même si ces gens ont « mal voté » et a porté à leur tête une organisation intégriste et fascisante. D’autant qu’en plus d’être immoral, ce blocus est inefficace : conçu pour stopper les tirs contre Israël, affaiblir le Hamas et l’empêcher de s’armer, il a échoué sur tous ces points : les roquettes tombent toujours, le Hamas dispose d’armements de plus en plus modernes et se renforce tous les jours de gens qui n’en peuvent plus de la vie qui leur est imposée.
Un mauvais « remake » des années 70/80
Autre élément interpellant: pourquoi les dirigeants israéliens n’ont plus d’autre politique que la force ? Où sont donc passées cette intelligence aigüe, cette subtilité manœuvrière qu’on accorde (ou reproche) aux Juifs ? Que sont devenus le réalisme et le pragmatisme qui a permis aux pionniers de fonder cet Etat ?
Le gouvernement actuel est-il vraiment incapable de regarder froidement la réalité ? Le Hamas existe, il est majoritaire à Gaza et il ne disparaîtra pas parce que les Gazaouis vivent dans le malheur. Et d’en tirer les conséquences : lever le blocus et faire participer le Hamas aux négociations supposées être en cours. Ou à d’autres.
Au lieu de quoi, on assiste à un mauvais « remake » des années 70 et 80 : on ne peut pas négocier avec le Hamas. C’est un mouvement terroriste. Il tue des innocents. Sa Charte nie l’existence d’Israël. Mot pour mot ce qu’on disait de l’OLP à l’époque. Et, hier comme aujourd’hui, c’était vrai. Mais n’est ce pas cela, gouverner : choisir la moins mauvaise solution ?
Moyennant quoi, Benjamin Netanyahou appelle aujourd’hui le chef de cette même OLP « mon partenaire pour la paix »…. Mais la droite israélienne, qui a toujours une guerre et une paix de retard, ne semble toujours pas apte à saisir cette évidence, pourtant aussi vieille que la guerre elle-même : si on veut la paix, c’est avec son ennemi qu’il faut la faire. Et pendant ce temps, Gaza souffre, Gaza n’en peut plus. Gaza va exploser. Et les dirigeants israéliens affirmeront alors que, décidément, non, Gaza ne veut pas de la paix….
*) Auteur allemand de « A l’Ouest, rien de nouveau » sur les horreurs de la guerre 1914-1918
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