Il y a 77 ans… la déportation des Juifs et des Tziganes

Comme chaque année, un public fidèle est venu ce 6 octobre 2019 pour se recueillir et partager souvenirs et émotions devant cette maudite ancienne Caserne Dossin, devenue à présent un paisible ensemble de logements.

Organisée par l’Union des Déportés juifs en Belgique – Filles et Fils de la Déportation, la cérémonie a débuté par un vibrant message de Me Max Haberman, fils de déporté.

Il a rappelé la tragédie qui a décimé le peuple juif, l’incroyable cruauté nazie face à l’indifférence générale. Il a notamment lu un extrait poignant du récit de Félix Gutmacher, âgé de 16 ans à l’époque, interné avec Frieda à la Caserne. Les humiliations subies, comme tant d’autres, en attendant le transfert fatal…

Le public a assisté à l’allumage des flammes du Souvenir, au dépôt de fleurs sur les rails de la déportation, ainsi qu’à l’hommage rendu par nos dirigeants communautaires aux martyrs tziganes de Belgique, nos compagnons d’infortune.

Emotion aussi lors de la lecture de noms de déportés et de résistants par les élèves de nos écoles de Bruxelles et Anvers.

Après l’allocution chaleureuse de M. Vandersmissen, Bourgmestre f.f. de Malines, et celle de représentants de la Jeunesse juive de Belgique, Norbert Manelewirch, né en 1938, rescapé de la Caserne, a égrené quelques souvenirs d’enfance : Anderlecht, la traque, les caches, le mouchard Jacques à l’affût, l’arrestation…

Puis, le Bourgmestre de Bruxelles, M. Philippe Close, a rappelé que du 4 août 1942 jusqu’au 31 juillet 1944, 26 convois, au départ de la Caserne Dossin, ont transporté près de 25.000 Juifs… dont 5% survécurent.

« Ils furent persécutés avant leur anéantissement pour le seul fait d’être juifs ». Il a salué l’engagement des Fils et Filles de la Déportation à transmettre aux générations d’aujourd’hui la Mémoire de la Shoah. Et d’ajouter qu’il convient de lutter sans relâche contre l’antisémitisme. « La Mémoire, c’est ce qui demeure quand on a tout oublié, c’est-à-dire l’essentiel sans lequel une part de notre humanité disparaît irrémédiablement. Il nous faut donc raconter l’inexprimable ».

Pour terminer, Micha Eisenstorg, président de l’UDJB-FFD, a tiré les enseignements de cette importante journée de commémoration. Il s’est élevé contre les manifestations d’antisémitisme, larvées ou flagrantes, qui sévissent dans notre pays et à l’étranger, appelant à la vigilance des pouvoirs publics et des démocrates.

La transmission reste un devoir impérieux, même si dans l’Enseignement, il apparaît qu’il règne parfois une certaine crainte à aborder ce sujet qui risque de fâcher. De fâcher qui ? L’orateur a aussi rappelé que subsiste une discrimination entre survivants néerlandophones et francophones en matière de défense de droits légitimes et légaux. Il a appelé à la régularisation des dossiers en suspens. Il a remercié aussi les jeunes pour leur participation active en ce dimanche où nombre de haverim ont marché, en symbole de la Marche de la Mort, de Bootmeerbeek -là où fut stoppé le 20e convoi- à la Caserne Dossin où certains membres de leurs familles sont partis sans retour.

Après le Kaddish par Sam Spiegel, les enfants de l’Ecole Beth Aviv, accompagnés par Michèle Baczynsky et sous la direction de l’infatigable Annie Szwertag, ont interprété la Brabançonne et l’Hatikvah, suivies du Chant des Partisans juifs. Un grand moment de ferveur et d’espoir.

La sauvegarde de la Mémoire Micha Eisenstorg : « Grâce à la volonté de quelques-uns, la Mémoire de la déportation des Juifs de Belgique a été sauvegardée. Tout d’abord en préservant une partie de l’ancienne Caserne Dossin, et ensuite par la construction du Musée Kazerne Dossin, devenu un grand centre de recherches accessible à tous ». Hommage aux Justes « La communauté juive représentait 0,5% de la population belge. Mais elle a compté 50% des victimes civiles de notre pays. Et nous ne pouvons oublier que la moitié de la population juive n’aurait pu survivre sans l’aide de milliers de citoyens qui les ont mis à l’abri des occupants en les soustrayant à une mort certaine, et cela au péril de leur vie ».
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