Pour la première fois, une famille druze vient de se faire reconnaitre comme membre d’un kibboutz. L’information peut paraitre anecdotique. Elle a pourtant valu un article dans le journal Haaretz de ce 8 mars 2012.
Haza et Nibal Tafesh vivent depuis 2007 au kibboutz Elifaz, dans la région sud de Arava, après avoir quitté leur village druze de Beit Jann. La semaine dernière, c’est à une large majorité que le kibboutz les a acceptés comme membres à part entière de sa communauté.
Tafesh confie être tombé amoureux de ce kibboutz dès les premiers instants : « Nous avons été fascinés par l’endroit et nous nous sommes très vite intégrés. Nous sommes très heureux que notre candidature ait été acceptée, car cela nous apporte une sérénité et une sécurité pour l’avenir ». Il poursuit : « Dans le cas contraire, nous aurions dû partir. Mais les gens ici nous ont entourés de tout leur amour et ont tout fait pour nous aider, c’est très réconfortant ».
Ce n’est pas la première fois que des Arabes sont acceptés comme membres d’un kibboutz. En 2008, une femme musulmane de Kalansua est devenue membre du kibbout Nir Eliyahu, au nord-est de Tel-Aviv. Quelques mois plus tard, un Bédouin se faisait membre du kibboutz de Ein Hashofet, dans la vallée de Jezrael.
Les Tafesh ont quatre enfants, dont deux d’une vingtaine d’années vivent au centre du pays. Les deux autres, de 13 et 15 ans, habitent à Elifaz avec leurs parents.
C’est en 1987 que Haza Tafesh a quitté Beit Jann pour un travail à Eilat pour le Israel Nature and Parks Authority. Lui et sa famille ont ensuite déménagé ensuite vers la réserve animalière de Hai-Bar, dans le sud. C’est dans cette région qu’il travaille actuellement comme guide touristique. Sa femme est pour sa part elle responsable du service d’entretien à l’hôtel du Kibboutz Ketura.
Le Kibboutz Elifaz est une collectivité laïque située à l’entrée du Parc Timna, à 25 kilomètres d’Eilat. Il héberge 29 familles, dont la plupart travaillent dans l’agriculture.
Les Tafesh sont conscients de la controverse qui touche l’admission des Arabes dans les kibboutz, comme de la législation qui autorise les kibboutz de Galilée et du Néguev à « filtrer » les nouveaux résidents.
« Le racisme ne touche pas que les Juifs et les Arabes », affirme Nibal Tafesh. « Il y a du racisme partout, mais nous sommes la preuve, les membres d’Elifaz et nous, que les choses peuvent se passer différemment ».
Le coordinateur du Kibboutz, Ilan Bedil, ne considère pas l’acceptation d’un couple druze comme un événement historique qui impliquerait des conséquences sociales et politiques. « Il n’y avait aucune raison de ne pas les accepter comme membres », déclare-t-il. « Nous ne les voyons pas comme différents, juste comme des membres de notre communauté. Ils sont très liés à nous, et nous ont beaucoup appris, la tolérance, la patience, et l’acceptation de l’autre ». S’il y a eu des discussions quant à leur admission au sein du kibboutz, reconnait Ilan Bedil, elles n’ont pas concerné leur origine druze, mais plutôt leur âge. « Certains les considéraient déjà d’un âge avancé, et nous sommes une toute petite communauté… Mais ils ont finalement été accueillis très chaleureusement, avec beaucoup d’amour. D’autres endroits ont des comités d’admission et vous acceptent selon votre travail. Nous prouvons qu’il est possible de suivre une autre voie ».
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