Ils sont tous devenus fous!

Le récent appel au boycott visant les institutions académiques et artistiques d’Israël est évidemment totalement incompréhensible, car, faut-il le rappeler, il entend frapper les éléments les plus modernes, progressistes et sains de la société israélienne.

C’est dans le monde des arts et des universités que l’on trouve les plus ardents (et derniers ?) partisans de la paix. Les universités israéliennes n’accueillent pas seulement des milliers d’étudiants chrétiens et musulmans, mais comptent des professeurs antisionistes jusqu’à l’absurde.

Israël ne tient en rien de l’Afrique du Sud et la Bande de Gaza, surarmée et fanatisée, du Ghetto de Varsovie. L’appel n’a donc aucune légitimité. Qui plus est, il apparaît d’autant plus suspect qu’il ne concerne encore et toujours que le seul Etat juif. Un tiers de Chypre est occupé par la Turquie, la totalité du Sahara espagnol par le Maroc, la Crimée par la Russie et aucun enseignant liégeois ou gantois ne proposera jamais de lancer le moindre appel au boycott à l’encontre des institutions culturelles et universitaires de ces différents Etats. Au fond, qu’est-ce que l’antisémitisme, sinon cette étrange obses-sion d’Israël, pris ici au sens générique du terme. L’Etat juif est proposé en paria des nations, comme le furent jusqu’à leur émancipation les Juifs du ghetto ou du mellah. Enfin et surtout, le boycott est totalement contreproductif tant il donne des armes à l’extrême droite israélienne qui n’en demande pas tant.

Nos ultras ont, en effet, beau jeu de dénoncer le deux poids deux mesures pour avancer l’idée de l’hostilité intrinsèque des nations à l’égard d’Israël et justifier par là le blocage ad aeternam du processus de paix. BDS est aujourd’hui le meilleur allié de la droite dure israélienne et diasporique. Son antisionisme radical, donc antisémite, nourrit les ultras sionistes jusqu’à l’indigestion ! L’intolérance juive gagne chaque jour du terrain. Les commentaires postés sur le site du CCLJ ne démentiront pas notre propos. A lire, en effet, les diatribes de certains de nos lecteurs, le CCLJ ne serait, ni plus ni moins, qu’une officine antisioniste : « Dommage que cette conférence qui sera certainement intéressante se déroule au CCLJ. Je refuse d’y mettre les pieds. Est-il possible de prévoir que cette conférence se déroule dans un lieu plus neutre comme la synagogue ou le Cercle Ben Gourion ? » (RL), « Ne plus lire le Regards, c’est ce qu’il y a lieu de conseiller aux vrais amis d’Israël et à ceux qui accordent à ce pays un véritable soutien » (Ephraïm), « Ce communiqué débile vous rapportera combien de subsides de vos amis PS ?? » (Rapace), ou encore « Regards arrive rapidement au niveau du Stürmer de sinistre mémoire (…) A la poubelle et vite » (Mauja).

La sourde haine qui suinte de ces commentaires, outre de laisser pantois, nous renseigne surtout sur l’état de délabrement intellectuel et moral d’une fraction importante de notre judaïcité. On en viendrait presque à soupçonner des commentaires d’agents provocateurs tant la grammaire et le vocabulaire de leurs commentaires rappellent la langue de l’extrême droite européenne de l’entre-deux-guerres. Ces Juifs de l’extrême en viennent en effet à penser la judéité en termes de rejet, d’exclusion et d’intolérance. Nul besoin de souligner, ici, en quoi cette vision hystérique et paranoïaque s’inscrit en droite ligne dans celle du gouvernement israélien. Le discours ethnico-religieux des leaders de la coalition n’a rien à envier à celui des partis populistes et racialistes (völkisch) de l’Europe centrale et orientale d’avant la Catastrophe. Miri Reguev, la ministre de la Culture, n’a-t-elle pas assimilé les migrants à un cancer dans le corps de la nation ! Tout est là pour jouer sur les pires ressorts, favoriser l’hystérie et attiser la haine. Benjamin Netanyahou allant jusqu’à poser le Grand Mufti de Jérusalem en inventeur de la Solution finale, assertion non seulement fausse, mais totalement contre-productive. Je ne pourrai plus rappeler le soutien du Grand Mufti à la politique d’extermination nazie sans qu’on m’accuse de parler comme M. Netanyahou. Le Premier ministre n’a pas seulement menti, il a surtout commis une terrible faute morale. Nul doute qu’il sera cru, attisant un peu plus la montée de la haine anti-arabe, comme en témoigne ce commentaire que nous avons reçu à ce sujet : « Votre article est écœurant; vous êtes minable et abject ! Vous employez des procédés typiquement staliniens (…) Bibi (…) a été élu DEMOCRATI­QUEMENT par tous les Israéliens; vous “choquez” profondément notre peuple et ses habitants, israéliens. Nous donner des leçons de démocratie !!! Quelle suffisance ! (…) Bibi signale que ‘’le mufti’’ a joué un rôle certain dans l’élimination des Juifs d’Europe (évident!); qu’il est un des pères fondateurs de la nation “palestinienne” et que c’est avec lui qu’a commencé l’incitation à assassiner les Juifs. Ce qui, ne vous en  déplaise (faute à Bibi bien sûr !), continue actuellement : ON TUE DU JUIF ! (…) Je ne vous salue pas » (Léon H.).

Tout ceci m’amène à terminer par une nouvelle histoire juive : « Qui, en 1939, aurait pu croire qu’au 21e siècle, les Allemands allaient se distinguer par leur pacifisme et leur ouverture à l’étranger, les Polonais par leur capacité entrepreneuriale et les Juifs (israéliens) par leurs qualités guerrières et, faudrait-il ajouter, leur refus de l’Autre ». Hillel, Ben Gourion, réveillez-vous,  ils sont devenus fous !

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