Immense succès pour les « restos du cœur » israéliens

C’est une organisation que l’on aime tant qu’on voudrait qu’elle disparaisse au plus vite. Car « Meïr Panim »* (litt. : « Visage aimable »), équivalent israélien de nos « Restos du cœur », marche de mieux en mieux, et cela, c’est vraiment regrettable.

Avec les grandes manifestations de cet été, on a découvert à quoi menait la politique économique du gouvernement actuel : à un Etat prospère et à une classe moyenne étranglée au profit d’une poignée de riches.

Mais s’inquiéter du sort des gens qui vivent mal avec deux salaires ne dispense pas de songer à ceux qui peinent à simplement survivre. Car, dans ce très prospère  Etat juif que vantent avec tant de fierté ses dirigeants, il y a près de 1.800.000 personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté.

Soit un Israélien sur quatre. Et parmi eux, se trouvent 850.000 enfants qui ont faim tous les jours. Qu’il s’agisse surtout d’ultra-orthodoxes ou d’Arabes n’y change rien : un enfant reste un enfant et il est intolérable, insoutenable qu’il n’ait pas assez à manger.

Certes, il en va de même dans tous les pays développés. Et dans les autres, c’est encore bien pire. Mais les maux des autres nous consolent peu des nôtres. Et d’autant moins quand on connaît le système qui en est responsable.

Car cette situation n’est ni une malédiction ni un hasard : c’est le fruit de l’ultra-libéralisme que la droite, Benjamin Netanyahou en tête, a systématiquement mis en place depuis plus d’une décennie.

Pour ce système, la pauvreté est une variable d’ajustement de l’économie. Il a déjà passé toute une partie de la population par pertes et surtout par profits. Aux yeux des dirigeants actuels, c’est un prix peu élevé pour jouir d’une économie ultra-performante.

D’autant que l’ultra-libéralisme exige aussi un désengagement de l’Etat. Et donc que la prise en charge des laissés-pour-compte revienne sans cesse davantage à des organisations non gouvernementales.

En fait, n’était la présence au pouvoir des partis ultra-orthodoxes, dont les pauvres constituent le plus clair de l’électorat, toute la misère d’Israël retomberait déjà depuis longtemps sur des organisations comme « Meïr Panim », qui déjà, pourtant, ne manquent pas de travail.

Un mot sur la plus grande ONG de bienfaisance d’Israël ? Meïr Panim a été fondée en 2001 à Jérusalem par David et Rivka Zilbershlag en mémoire de leur fils Méir. Celui-ci, atteint d’une « maladie orpheline », ne pouvait se nourrir correctement. Il en est mort à l’âge de 13 ans.

Ils ont commencé par offrir des repas aux  pauvres de la Ville Sainte, puis, comme les « Restos du cœur » de Coluche, les besoins croissants des plus démunis ont vite amené l’organisation à essaimer dans tout le pays.

Quand on est l’Etat d’Israël…

A ce jour, Meir Panim compte 30 centres dont les activités vont bien au-delà de la distribution de repas gratuits : cartes de crédits alimentaires, aides aux victimes de la Shoah, soutien aux enfants en difficulté scolaire, cours de formations professionnelles, aide psychologique aux victimes d’attentats, mais aussi aux femmes battues, intégration des handicapés…

Tout cela n’est-il pas merveilleux ? Ces 3.000 bénévoles qui se dévouent, jour après jour, pour aider leurs frères humains ne sont-ils pas admirables ? Cela ne réchauffe-t-il pas le cœur de constater que la solidarité n’est pas un vain mot sur la terre d’Israël ?

Certes. Mais ces actions exemplaires n’exonèrent en rien ce pouvoir de ses responsabilités. C’est structurellement qu’il devrait traiter ce drame humain. La charité n’est pas une solution, c’est un expédient.

Un expédient supposé d’ailleurs ne durer que le temps de la crise en cours. Sauf qu’en Israël, il n’y a pas de crise en cours : les dirigeants israéliens le répètent assez, que l’économie est en pleine forme.

Oui mais non, explique avec sa logique si particulière, ce gouvernement : si l’Etat met en œuvre une politique sociale, elle n’ira plus bien, l’économie. On le voit, nous sommes devant des questions existentielles, là.

Quel est donc le but de l’Etat ? Quelles valeurs est-il supposé prôner ? Promouvoir l’égoïsme ?  Enrichir les riches ? Faire régner la loi de la jungle ? Ou, contrairement à maintenant, être au service de tous ses citoyens, y compris des plus faibles ?

Plus spécifiquement : quand on est l’Etat d’Israël, peut-on tolérer que près d’un million d’enfants souffre de la faim ? Quand on entend être le gardien de la mémoire des six millions de morts de la Shoah, peut-on laisser ceux qui ont survécu mendier leur pain  dans la rue ?

Poser la question à propos du gouvernement actuel, c’est, hélas, y répondre. Aussi, vous qui désirez aider Meir Panim, ne gaspillez pas votre énergie à verser de temps en temps de l’argent. Faites directement un ordre permanent. Ou, si vous êtes israélien, votez pour l’alternance.

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Post –scriptum : «  Le riche a plus besoin du pauvre que le pauvre du riche. Hélas, ni l’un ni l’autre n’en sont conscients »  (rabbi Israël de Kozhenitz)

*Site de Meir Panim (en français) : http://www.meirpanim.org/index_f.php

**Chiffres de l’Institut National des Assurances

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