Londonien d’adoption, le designer vedette israélien présente jusqu’au 18 octobre 2013 « In Reverse » au Musée du design de Holon, dont il a signé l’incroyable architecture. Une exposition à base de Fiat 500 aplaties, placée sous le signe du génie.
Arad. Le mot avec un aleph signifie bronze en hébreu. Un nom prédestiné pour l’icône du design israélien Ron Arad, 63 ans, établi à Londres depuis le début des années 70, qui s’est illustré au travers de son approche innovante, futuriste et singulière des matériaux métalliques : tant dans le domaine du design, avec la fameuse chaise Rover, sa première pièce réalisée à partir d’un siège automobile, que dans celui de l’architecture, à commencer par le complexe commercial Médiacité (2009), construit sur une friche industrielle de Liège, et coiffé d’une sculpture métallique en forme de vagues aux couleurs pastel; sans oublier, le Musée du design de Holon, situé à quelques kilomètres au sud de Tel-Aviv, entouré de rubans rouges d’acier Cor-Ten.
Trois ans après l’inauguration de l’incroyable pavillon israélien, Ron Arad y fait son « come-back » pour une exposition en solo. Le 17 juin dernier, le designer a inauguré une rétrospective baptisée « In Reverse », laquelle n’a pas grand-chose à voir avec la présentation fleuve, très justement intitulée « No Discipline », qui s’est donnée à voir entre 2008 et 2009 au Centre Pompidou ainsi qu’au MoMa de New York. Certes dans ses alcôves circulaires, « In Reverse » retrace les trente années de carrière de cet inventeur génial, dont l’humour rivalise avec l’audace. Et qui a travaillé pour les plus grands. Qu’il s’agisse des industriels Vitra, Moroso, Swarovski, de Kenzo ou de Yohji Yamamoto dont il a conçu le magasin amiral à Tokyo, ou encore de Kartell, Guzzini et Alessi. On peut notamment admirer un jouet aux contours de voiture de police que Ron Arad a ramassée, totalement écrasée, sur la chaussée; un porte-bouteilles compressé, chiné aux puces de Clignancourt par le designer, qui s’inscrit dans le droit fil des ready-made de Marcel Duchamp; sans compter quelques sièges mythiques.
Mais le clou du spectacle se loge dans le patio central de la galerie supérieure. « In Reverse » met en scène un projet totalement inédit : un incroyable accrochage de six Fiat 500, aplaties comme des fleurs séchées… Repoussant les limites du non fonctionnel, Ron Arad explore au travers d’expérimentations physiques et de simulations digitales la façon dont les véhicules réagissent au rouleau compresseur…
Il présente aussi, avec un plaisir non dissimulé, une nouvelle sculpture baptisée « Roddy Giacosa », qui revisite l’armature de la Fiat 500 au travers d’une centaine de baguettes en acier dépoli. Et quelques rondins de bronze, mis à l’honneur en gros plan, sur la couverture du catalogue de l’exposition. Le voyage se poursuit dans la galerie inférieure, avec « Drop », une sculpture issue de la technologie d’impression en 3D, sorte de matérialisation de la simulation digitale du processus de compression de la « Roddy Giacosa ». De toute évidence, Ron Arad, originaire de Tel-Aviv et élevé dans une famille d’artistes qui conduisait au volant d’une… Fiat Topolino Giardinetta, s’en donne à cœur joie. Dans ce périple onirique qui semble tout droit sorti d’un univers de bande dessinée, l’artiste se fait un point d’honneur à partager sa vision métallique. Et son goût pour un art fondamentalement ludique. A déguster sans modération.
Musée du design de Holon, 8 rue Pinhas Eilon, Holon.
Informations pratiques : www.dmh.org.il
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