Lancé officiellement ce jeudi 2 juin 2016 à Tel-Aviv, un nouveau mouvement de paix, soutenu par des Israéliens -issus de la gauche comme de la mouvance des colons- et des Palestiniens, défend un modèle de confédération.
Les images de ce reportage diffusé voilà quelques jours sur la deuxième chaîne de télévision israélienne ont frappé les esprits : d’un côté, Elias Cohen, un jeune poète et colon de Kfar Etzion et de l’autre, Mohammed el Beyruti, un membre de l’OLP résident de Ramallah. Tous deux conversent devant la caméra, convaincus qu’il est possible pour leurs deux peuples de vivre « ensemble et séparément ». Lancée ce jeudi 2 juin à Tel-Aviv, une nouvelle initiative de paix baptisée Two States One Homeland ose une troisième voie. Portée par des activistes bénévoles, Israéliens et Palestiniens qui croient en un avenir commun, ce plan se différencie de la solution à deux Etats ou d’un Etat binational, pour défendre un modèle de confédération basé sur le concept de réconciliation.
Trop beau pour être vrai ? Alors que le monde a les yeux rivés -non sans scepticisme- sur Paris, où se tient demain, à l’initiative du Quai d’Orsay, une conférence internationale visant à réanimer le processus de paix israélo-palestinien, en présence de vingt pays, mais sans les deux principaux intéressés*, le contraste est en tout cas saisissant. Dans l’enceinte du Parc des Expositions, où se réunissaient les animateurs du mouvement Two States One Homeland, il s’agissait en l’espèce de présenter des convictions ainsi que des actions concrètes menées des deux côtés de la Ligne verte.
De fait, avant même de sortir de l’ombre, le mouvement a déjà organisé de façon bénévole une centaine de réunions en adoptant un profil bas, et en refusant de se faire financer par des fondations ou autres organismes extérieurs. La principale idée de sa plate-forme consiste en effet à prôner la création de deux Etats souverains, Israël et Palestine, avec des frontières ouvertes permettant à chaque habitant de conserver son lieu de résidence, et de vivre où bon lui semble.
Jérusalem, capitale des deux Etats
Dans ce schéma, exit les notions douloureuses d’évacuations de colonies, ou de « transfert » de populations. Chacun pourrait choisir s’il souhaite vivre sous souveraineté israélienne ou palestinienne. Sachant que la frontière séparant les deux Etats serait le tracé en place à la veille de la guerre des Six-Jours. Et que Jérusalem servirait de capitale aux deux Etats.
A Tel-Aviv, devant un auditoire hétérogène composé de quelque 250 participants -Israéliens laïques et religieux, habitants du centre et de la périphérie, résidents des colonies juives et Palestiniens venus de Hébron ou de Ramallah-, les initiateurs du mouvement ont affirmé offrir « un nouvel horizon ».
« Nous allons devoir mettre de côté le cynisme naturel qui accompagne généralement les discussions autour de la paix, en raison de l’impasse dans lequel se trouve le processus officiel », a indiqué en préambule le journaliste de Tel-Aviv Meron Rapoport (à gauche sur la photo), co-fondateur de Two States One Homeland, avec l’activiste politique palestinien, Awni Almashni (à droite), né dans un camp de réfugiés de Bethléem. « Nous lançons notre mouvement officiellement ce jour à Tel-Aviv, après l’avoir présenté l’an passé à Jérusalem », a poursuivi ce responsable, « mais en fait l’histoire de cette initiative a débuté il y a quatre ans, lorsque dix Israéliens et dix Palestiniens se sont retrouvés dans un hôtel de Beit Jala, en Cisjordanie, pour constater que depuis deux décennies, toutes les solutions diplomatiques ont échoué. Qu’il s’agisse des accords d’Oslo ou du désengagement unilatéral de Gaza. Nous avons décidé d’explorer une nouvelle option, basée sur l’égalité des droits civiques et le droit à l’autodétermination ».
Quel sera l’impact de cette énième initiative de paix ? Pour l’heure, force est de constater qu’elle a obtenu, côté israélien, le soutien de personnalités issues de milieux très divers, allant de Hadassah Froman, la veuve du rabbin de l’implantation Tekoa, de Menahem Froman, connu pour son engagement dans le dialogue avec les Palestiniens, de l’avocate des droits civils Limor Yehuda, ou encore l’ex-directrice de la Paix Maintenant, Moriah Shlomo… Un gage d’espoir.
* Une réunion ministérielle qui rassemblera ce 3 juin 2016 les membres du Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie) et ceux de la Ligue arabe, mais à laquelle les deux parties du conflit n’ont pas été conviées.
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