Inquiétudes juives

La percée de l’extrême droite en Flandre et la progression de la gauche radicale côté francophone ne constituent guère de bonnes nouvelles pour les Juifs de Belgique. L’heure n’est pas à la joie.

Le Vlaams Belang est non seulement devenu la deuxième force politique de Flandres mais aussi la troisième formation belge en termes de sièges au Parlement fédéral.

Cette situation est inquiétante car contrairement au cochon, il n’y a rien de bon dans le Vlaams Belang. Il ne cesse d’attiser la haine de tout ce qui n’est pas flamand : les francophones, les étrangers, surtout quand ils sont migrants et musulmans.

Quant aux Juifs, ce parti présente des particularités qui ne font pas de lui un pôle de sympathie. Puisant ses racines dans la Collaboration flamande, l’antisémitisme et le négationnisme ont toujours été bien accueillis chez ces nostalgiques de l’Ordre nouveau.

Aujourd’hui, ils ont l’air présentable. Ils portent le costume et la cravate, et ils veillent à ne pas s’en prendre (publiquement) aux Juifs même si en interne la nostalgie des grandes heures du Mouvement flamand est vivace et la mémoire des valeureux combattants SS flamands du front de l’Est est encore entretenue.

Pour donner des gages à ceux qui se montrent perplexes envers leur rupture avec l’antisémitisme, les dirigeants du Vlaams Belang, Filip Dewinter en tête, multiplient les marques de soutien à Israël. C’est évidemment au nom de la lutte contre l’islam que l’extrême droite flamande fait les yeux doux, non pas à Israël, mais à la droite nationaliste et l’extrême droite israélienne. Une application simple et logique du vieil adage « l’ennemi de mes ennemis est mon ami ».

Mais ne soyons pas dupes, même lorsqu’ils saluent le courage de Benjamin Netanyahou dans sa lutte implacable contre la menace terroriste islamique, ils dissimulent mal leur antisémitisme. Il y aura toujours un moment où le vernis craque : leurs références mémorielles se heurtent systématiquement à celles des Juifs de Belgique. Leurs héros seront toujours nos bourreaux.

Côté francophone, il y a au moins une bonne nouvelle : l’absence d’extrême droite dans le paysage politique. A cet égard, Bruxelles et la Wallonie font figure d’exception sur la carte politique européenne. Ne boudons pas notre plaisir et réjouissons-nous.

Il ne faut pas pour autant faire preuve d’un optimisme béat et naïf. La progression d’un parti de gauche radicale comme le PTB pose certains problèmes pour les Juifs. Ce parti a fait clairement le choix d’un style et d’une stratégie populiste visant à construire une frontière entre « le peuple » et « l’oligarchie », la seule frontière politique qui vaille. En articulant leur lutte entre un peuple nécessairement bon et une classe dirigeante présentée comme homogène et complotant sans cesse contre le peuple, le PTB épouse les codes et la grammaire populiste où le Juif est souvent un repoussoir.

Bien sûr le PTB n’est pas antisémite. Il préconise des politiques n’ayant rien à voir avec celles du Vlaams Belang. Mais son opposition primitive aux classes dirigeantes où les Rothschild deviennent la figure de la domination par excellence peut susciter des formes d’antisémitisme auxquelles l’extrême gauche avait déjà succombé par le passé. Il n’est pas étonnant de voir un militant du PTB diffuser sur les réseaux sociaux un montage de Charles Michel en Rabbi Jacob avec pour légende : « Charles Michel y va taxer ».

Ce n’est pas non plus son positionnement sur le conflit israélo-palestinien qui pourra dissiper nos inquiétudes : le PTB fait partie de cette nébuleuse obsessionnellement anti-israélienne et clairement antisioniste. Ce n’est pas sur ces admirateurs de Jeremy Corbyn que nous pourrons compter pour lutter contre l’antisémitisme lorsqu’il s’exprimera au nom de la lutte contre Israël.

Nous avons donc connu de meilleurs lendemains d’élections générales. Ce ne sont pas les succès des populistes hongrois, polonais, italiens, etc. qui vont faire disparaître notre inquiétude. Inquiets mais pas désespérés. 

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