Intendants déloyaux

Marcher sur place pour faire croire qu’on avance. Telle semble être la stratégie de l’actuel gouvernement israélien.  Mais n’est-ce pas une  illusion mortelle que de croire que l’immobilisme mène quelque part ?

Statu-quo et faits accomplis, voilà à quoi se résume la diplomatie des dirigeants de l’Etat d’Israël.  D’un côté, quelques molles gesticulations  de paix et, de l’autre, l’opiniâtre poursuite de l’occupation et de la colonisation.

Est-il pire gouvernement que celui qui ne songe pas au lendemain ?  Et pourtant, comme, hélas, ses prédécesseurs depuis une décennie au moins,  celui-ci sème la haine comme si le temps des récoltes ne devait jamais venir.  

Car, quels que soient les droits religieux, historiques ou politiques qu’ils invoquent, la réalité demeure : les Israéliens  sont des occupants. Chez eux, ce sont des gens merveilleux. En Cisjordanie, ils oppriment, spolient, répriment, blessent, tuent.

Parce telle est la logique de l’occupation.  Les Israéliens croient-ils que tout cela  se fait impunément ? En vérité, ils devraient  trembler et chercher sans trêve comment mettre fin à cette situation. Car le sang appelle le sang et la haine enfante la haine.

Mais les dirigeants qu’ils se sont donnés ne vivent que dans le présent. Et aujourd’hui, tous les pays voisins, d’Israël (Egypte, Syrie, Jordanie…) sont paralysés par leurs recompositions internes. Et les Palestiniens, sont plus divisés que jamais et donc impuissants.

Du coup,  ce gouvernement préjuge qu’il en ira de même demain, après-demain, toujours.  Dès lors, pourquoi s’inquiéter ? Pourquoi se gêner ?  Ainsi dilapident-ils un temps précieux qu’Israël remboursera avec son sang.

Cela inquiète-t-il  ces dirigeants ? Nullement : Tsahal n’est-il pas là pour jeter son glaive dans toutes les balances, pour trancher n’importe quel nœud gordien ? Déjà qu’ils négligent le futur, se peut-il donc que ces gens ignorent aussi le passé ?

Combien d’empires notre peuple n’a-t-il pas vu s’effondrer dont les armées furent bien plus puissantes que les soldats d’Israël aujourd’hui ?  Comme, pour n’en citer qu’un, le Royaume latin de Jérusalem, qui fut, avant l’Etat juif, la dernière entité indépendante de la région.

Lui aussi fut une puissance régionale, lui aussi avait des alliés puissants, lui aussi profita des divisions de ses voisins. Mais lorsque ceux-ci eurent réglés leurs problèmes internes, ils firent mouvement…. 

Mais, dira-t-on,  les situations ne sont pas comparables. Ni dans le temps ni dans l’espace. Sans oublier que notre Dieu est certainement meilleur  que le leur. Est-ce vraiment un risque à courir ?  Après que le peuple juif ait attendu deux mille ans la résurrection de son Etat ?  

Faut-il vraiment, à présent, laisser une poignée de politiciens de second ordre jouer avec son destin ? Le sionisme n’est-il pas définitivement une chose trop sérieuse pour être laissée entre les mains de ces gens là ?

Tant d’Israéliens dansent à Tel Aviv, tant d’autres prient à Jérusalem. Comment ne pas croire que, dans les deux cas, c’est aussi, c’est surtout, pour ne pas songer à de ce qui se commet en leur nom ? Pour cacher leur peur des conséquences de ces actes ?

Peut être l’heure est elle venue pour les Israéliens d’assumer cette peur. De ne plus rester immobiles, les yeux fermés dans ce  char sans freins qui roule vers un autre Massada. La peur peut aussi être positive si elle ramène à la réalité. Si elle mène à la paix, à la vie.

Car si on laisse poursuivre les dirigeants actuels, le temps pourrait vite venir où il ne restera plus qu’à leur crier, à eux aussi : « Vous, prêtres, prenez les clés du Sanctuaire, jetez-les vers les hauteurs du ciel, remettez les au Seigneur et dites : « protège Toi même Ta demeure car voici, nous avons été trouvés intendants déloyaux »  (II Baruch 10,18)

 

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