C’est sur base de recommandations du médiateur désigné par le ministre flamand du Bien-être animal, Ben Weyts, que le Gouvernement flamand a décidé d’interdire l’abattage sans étourdissement préalable à partir de 2019. Une décision qui risque d’être lourde de conséquences pour les Juifs pratiquants.*
Pour les ovins, petits ruminants et autres, l’étourdissement devra être effectué par électronarcose avant tout abattage. Comme cette technique n’est pas encore au point pour les bovins, il conviendra de les abattre par la méthode du post cut stunning, c’est-à-dire l’étourdissement juste après l’égorgement. Mais pour le ministre du Bien-être animal, il est prévu de généraliser l’électronarcose à partir de 2019.
Cette décision laisse un goût amer. Sous couvert de bien-être animal et de protection du consommateur, on cherche à empêcher les Juifs et musulmans pratiquants de consommer de la viande. D’aucuns diront immédiatement qu’ils n’ont qu’à s’adapter aux pratiques de nos sociétés. Ils oublient que pendant des siècles et jusqu’au début du 21e siècle, l’abattage sans étourdissement n’a jamais été considéré comme un critère du degré de civilisation d’un groupe humain.
Car quelle que soit la manière d’abattre un animal, cet acte consiste en une mise à mort. Ce n’est jamais plaisant, sauf pour un sadique. C’est la raison pour laquelle dans le judaïsme, les règles d’abattage sont très strictes et la formation du Shohet (le sacrificateur) est longue et exigeante pour que la bête souffre le moins possible.
La décision d’interdiction prise par le gouvernement flamand a évidemment été applaudie par Gaia, l’association belge de défense des animaux, qui s’est souvent distinguée par ses campagnes publicitaires « hard », notamment en assimilant l’abattage rituel à une rafle précédant la déportation d’êtres humains avant l’extermination (Gaia confond abattage rituel et déportation).
Que veulent les défenseurs des animaux ? Ennuyer les Juifs et les musulmans attachés à leurs prescriptions alimentaires ou régler une fois pour toutes le problème plus général et plus compliqué de la filière animale dans sa globalité : des bêtes élevées dans des conditions inacceptables, des abattoirs où elles sont maltraitées, frappées, et abattues de manière anarchique, l’hygiène déplorable de certains abattoirs, etc.
A cet égard, les images récentes d’horreur de l’abattoir de Tielt (Flandre occidentale) montrant des porcs cruellement maltraités témoignent de la gravité du problème. Des porcs blessés sont frappés, certains sont même déjà morts avant d’être abattus (ce qui est interdit), d’autres sont ébouillantés alors qu’ils sont encore vivants. On y voit aussi des porcs reprendre conscience après un étourdissement au gaz ou au choc électrique…
D’autres exemples existent et ont également défrayé la chronique. Ce dernier a au moins le mérite de ne pas laisser croire que cette problématique est liée à l’abattage rituel, qu’il soit juif ou musulman.
Le bien-être animal est-il important ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas interdire la chasse ? Ce serait un bon début si certains responsables politiques veulent à ce point afficher leur amour des bêtes et non pas nécessairement s’en prendre aux Juifs et aux musulmans quant à leur manière de concevoir l’abattage de bêtes destinées à leur consommation.
Et si le consommateur est au cœur de leurs préoccupations, pourquoi ne pas privilégier son information en prévoyant des étiquetages précis mentionnant la méthode d’abattage ?
On a beau être un Juif laïque ne se soumettant pas aux 613 commandements et voir dans ce projet d’interdiction de l’abattage rituel une mesure visant à présenter injustement les Juifs et les musulmans pratiquants comme des barbares et aussi comme la cause d’un problème plus général de filière animale pour lequel ils ne sont ni coupables ni responsables.
*Cet article n’exprime que l’opinion de son auteur.
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