Iran : bombarder ou pas ?

Les attentats commis aujourd’hui  en Inde et en Géorgie contre des Israéliens serviront-ils de prélude (ou de prétexte) à une attaque israélienne contre l’Iran ? Natalie Nougayrède,  journaliste du Monde* fait le point de la situation.

(…) Un scénario militaire serait un cauchemar pour le président Obama, en campagne électorale. Les prix à la pompe à essence s’envoleraient aux Etats-Unis, faisant plonger  ses chances de rassurer l’Américain moyen sur les perspectives de redressement économique.

Dans ce contexte, l’administration Obama a demandé au gouvernement israélien de ne rien faire militairement avant le scrutin présidentiel selon des sources diplomatiques à la fois côté américain, en Europe et en Israël.

Le message américain adressé aux Israéliens est : ne vous précipitez pas, il sera toujours temps d’agir  plus tard, et peut-être ensemble. Avec un ajout : vous avez besoin de nous.

Les responsables israéliens répondent en évoquant la « fenêtre de tir » qui se rétrécit. « Au cours des six prochains mois, il faudra prendre  faudra une décision, et une non-décision est aussi une décision », dit une source proche du dossier. Ça se jouera avant la présidentielle américaine » (…)

Il se peut que la réponse à la question « y aura-t-il des frappes en 2012 ? »  dépende de l’état de la relation entre Israël et les Etats-Unis. Plus précisément, entre deux hommes qui semblent se détester : Barack Obama et Benjamin Netanyahou.

Le second fera-t-il suffisamment confiance au premier pour retenir ses avions de chasse jusqu’en 2013 ou au-delà? Le « faucon » du Likoud conçoit le dossier iranien comme une « menace existentielle » pour Israël.

Et il est persuadé qu’il « tient » Obama par là où ça peut faire mal. Son  triomphe en mai 2011 devant le Congrès américain aurait achevé de convaincre Netanyahou  qu’il peut se passer d’un feu vert de la Maison Blanche pour attaquer.

Les services secrets israéliens pensent qu’il reste encore du temps, et qu’une opération militaire attirerait trop de problèmes pour un gain relatif, puisque le programme iranien ne serait que retardé.

Six mois avant l’attaque d’ « Osirak »…

Les militaires sont partagés. Netanyahou penche pour des frappes. Son ministre de la défense, Ehoud Barak, partagerait cet avis, mais il met l’accent sur l’importance de la relation avec les Etats-Unis.

Il pense qu’un terrain d’entente est possible avec l’administration Obama, que Netanyahou traite avec distance. « Bibi » pense pouvoir passer par dessus la tête du président des Etats-Unis, en s’adressant à l’opinion et aux élus.

(…) En 1981, selon le récit qu’en a fait dans ses mémoires l’ambassadeur américain en Israël à l’époque, un an environ avant le raid sur Osirak, « le refrain israélien était : soit les Etats-Unis font quelque chose pour arrêter ce réacteur (irakien), soit nous serons obligés de le faire ».

Puis, six mois avant l’attaque, les « fuites » dans les médias ont subitement cessé.  Ce silence abrupt, «  c’était l’indice que la décision de bombarder avait été prise », estime l’ambassadeur. Si l’on suit cette logique, la conclusion à tirer est la suivante :

Tant que, dans les médias internationaux, un « buzz » se poursuivra sur un risque de frappes en 2012, celles-ci ne seront pas imminentes.  Ce 6 février, les médias israéliens ont annoncé que Netanyahou avait ordonné le silence à ses ministres à propos de frappes sur l’Iran.

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/13/la-guerre-des-nerfs_1641768_3218.html#ens_id=1389841

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