Israël couronne sa première reine de beauté transgenre

La gagnante est une danseuse arabe israélienne chrétienne de Nazareth. Elle représentera cet été le pays pour le concours « Miss Trans Star International » prévu en Espagne.

Chignon haut, port de tête altier et silhouette élancée. A bien des égards, Ta’alin Abu Hanna qui a été couronnée le vendredi 27 mai 2016, à Tel-Aviv, première « Miss Trans Israel », ressemble à une reine de beauté comme une autre. Sauf qu’il y a quelques années, cette jeune Arabe chrétienne originaire de la ville de Nazareth (en Galilée), âgée de 21 ans, pouvait revendiquer un autre titre. Celui de premier danseur classique du secteur arabe.

« Le plus difficile depuis mon changement de sexe a été d’endosser le rôle de la ballerine. Avant je soulevais mes partenaires, maintenant c’est moi que l’on soulève », confiait dans sa loge l’intéressée en faisant allusion à l’opération subie voilà seulement un an, en Thaïlande. Ta’alin Abu Hanna, qui participait avec onze autres finalistes au concours organisé dans l’enceinte du prestigieux théâtre Habima, peut savourer sa victoire.

Tel-Aviv a beau être devenue l’une des premières villes gay-friendly du monde, à la différence de la plupart du reste du Moyen-Orient, où les homosexuels font face aux persécutions et aux exécutions, la cause des transgenres est loin d’être acquise dans l’Etat hébreu. En 1998, la diva transgenre, Dana International, est certes entrée dans l’histoire en représentant Israël et en remportant le concours Eurovision de la chanson. La même année, l’Etat hébreu dépénalisait l’homosexualité. Depuis les soldats gays ou ouvertement transgenre peuvent servir dans les rangs de Tsahal.

Il n’empêche. Ici comme ailleurs, de nombreuses réticences subsistent vis-à-vis de la communauté transgenre qui compterait près d’un millier de membres. D’où l’importance accordée à ce premier concours de beauté. A en croire l’activiste sociale Yisraela Stephani Lev, par ailleurs organisatrice de la manifestation, « il était terrible dans le passé d’être une femme transgenre en Israël. Mais aujourd’hui, les gens l’acceptent davantage » affirme -t-elle. « Nous allons inciter les gens à les accepter et réhabiliter les personnes transexuelles ».

Y compris au sein de la communauté arabe. Bien que la société arabe d’Israël, plus conservatrice, n’accepte pas les gays, Ta’alin Abu Hanna précise que sa mère lui apporte son soutien. « Nous sommes des gens normaux. C’est un processus normal. Et nous voulons que l’on nous accepte : tel est le principal message que je veux faire passer », a pointé la lauréate.

Carolin Khoury, 24 ans, une autre finaliste arabe israélienne de confession musulmane, a vécu pour sa part une histoire plus douloureuse. Puisque la jeune femme originaire de la ville de Tamra a subi des violences physiques des membres de sa propre famille lorsque ces derniers ont appris son projet d’avoir recours à une chirurgie de réattribution sexuelle. « J’ai été sauvée par la police israélienne », confie la candidate aux cheveux blonds, qui porte désormais une étoile de David, et réside à Tel-Aviv. « Si j’habitais dans un pays du monde arabe, il est clair que ma vie serait en danger ».

Même expression de soulagement teinté de tristesse dans le visage d’Aylin Ben Zaken, qui a grandi dans le quartier ultra-orthodoxe de Mekor Baruch à Jérusalem. Obligée de quitter le foyer familial à l’âge de 15 ans, elle a vécu dans la rue pendant quinze jours à Tel-Aviv avant de trouver un toit. Aylin est parvenue depuis à achever sa scolarité, à effectuer son service national civil en se mettant à l’écoute des jeunes à risques, et rêve désormais de s’adonner à sa passion : la pâtisserie. 

La tolérance primée au festival Docaviv Le jury du festival international du film documentaire Docaviv, qui s’est achevé ce week-end à Tel-Aviv, a lui aussi fait la part belle à la situation des personnes transgenre. En attribuant le prix du meilleur film de la compétition internationale à Call me Marianna réalisé par Karolina Bielawska, dont l’héroïne, une quadra polonaise, poursuit ses parents en justice au motif qu’ils refusent de lui accorder le consentement nécessaire (à tout âge en Pologne) pour une opération de changement de sexe.  Le prix du meilleur documentaire de la compétition israélienne a été décerné à Death in the terminal, réalisé par Tali Shemesh et Asaf Sudry. Ce film raconte les évènements survenus le 18 octobre 2015, à la gare routière de Beer-Sheva, lorsqu’un jeune Bédouin israélien de 21 ans a ouvert le feu, causant la mort d’un soldat israélien et blessant 11 personnes. Un demandeur d’asile érythréen, Habtom Zarhum, 29 ans, pris à tort pour l’un des auteurs de l’attentat, avait été blessé par un agent de sécurité, et battu à coups de pied par des civils en colère, alors que l’homme gisait à terre. Zarhum a succombé plus tard à ses blessures. « Le Prix du Meilleur film a été accordé à Mort à la gare routière pour la manière dont les images recueillies par les vidéos de surveillance reflètent une société israélienne inondée par des messages d’incitation à la haine et au racisme dans les moments de terreur », a déclaré le jury.
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