Les faits. L’été est chaque année l’occasion de nouvelles campagnes vantant les bons côtés d’Israël. Le spot lancé récemment sur internet par le Congrès juif mondial montrait ainsi à quel point il est difficile de « décrire ce pays en un seul mot ».
De Jérusalem à Tel-Aviv, du Lac Tibériade à la Mer Morte, des villages druzes au Technion, en passant par les kibboutz ou le désert du Néguev, l’Etat hébreu révèle, sur une superficie inférieure à la Belgique, une diversité étonnante de populations et de paysages. A côté de nombreux pays jugés aujourd’hui « à risques », et en dépit de son actualité mouvementée, Israël représente-t-il une destination touristique ? Qui voyage en Israël, en dehors de la Diaspora juive ? Spécialistes du tourisme et acteurs de terrain nous ont donné leur avis.
est directeur de la Communication à l’Office national israélien du Tourisme à Paris. « Contrairement à ce qu’on pense souvent, environ 65% des touristes qui visitent Israël ne sont pas juifs », affirme-t-il. « La majorité se compose de chrétiens catholiques croyants, de protestants, d’évangélistes qui s’y rendent pour des raisons spirituelles, c’est-à-dire un tourisme essentiellement religieux, mais il y a aussi des laïques bien sûr, et de plus en plus de musulmans, notamment en provenance d’Indonésie ». Ce ne sont pas moins de 3,5 millions de touristes qui visitent ainsi Israël chaque année, avec le top 3 composé des Etats-Unis, de la Russie et de la France, et une fluctuation minime : plus 2% de Français recensés l’an dernier, moins 1% sur le chiffre global. Le fait que de plus en plus de pays de la région soient jugés à risques ne semble lui pas déterminant quant à une hausse ou une baisse éventuelle. « Certains vont estimer qu’il vaut mieux reporter un voyage dans un pays situé sur l’ensemble du bassin méditerranéen », relève Laurent Gahnassia, « tandis que d’autres vont, au contraire, voir Israël comme un îlot de sécurité au milieu d’une région troublée. Le débat sur les risques terroristes est relativisé par la situation géopolitique générale ». En mars 2016 se déroulait en Israël « Connect’16 », un événement rassemblant 40 agences de voyages et grandes marques pour une convention de 4 jours, avec l’objectif de « faire aimer Israël » aux professionnels du tourisme français. « C’est le bouche-à-oreille surtout qui profite à Israël, notamment via les réseaux sociaux », poursuit Laurent Gahnassia. « Beaucoup de gens reviennent enthousiasmés de leur voyage, souvent surpris de l’ouverture de ce pays, et du dépaysement qu’on y retrouve à seulement 4h15 de vol ! Sans parler des événements réguliers qui s’y déroulent (concerts de grandes stars, Gay Pride de Tel-Aviv, Festival de la lumière à Jérusalem, etc.) et qui renforcent le succès des mini-trips, en augmentation ».
a été lancé en 2010 et est imprimé aujourd’hui à 15.000 exemplaires. Un tirage qualifié de « moyen, mais stable », selon Philippe Gloaguen, directeur et fondateur des Guides du Routard, « quand on le compare à celui de pays comme l’Egypte qui est passé de 55.000 exemplaires à 7.000 cette année ! ». Si le Guide du Routard Israël se vend bien, c’est parce que le Routard est le seul à avoir une nouvelle édition chaque année, mais aussi grâce à la diversité des touristes qui partent en Israël. Le Guide qui lui est consacré est « assez équilibré », abordant les nombreuses facettes du pays : religieuse, historique, festive… « Le voyage ethnique est fondamental, mais la clientèle juive va rester le plus souvent dans la famille et ne se tournera pas forcément vers notre guide », reconnait Philippe Gloaguen. « Il y a toute la clientèle chrétienne en revanche, dont je suis, puisque j’ai découvert Israël en faisant ce voyage fabuleux avec mes parents “sur les traces du Christ”. Il y a aussi les orthodoxes, les tours operators russes sont omniprésents là-bas. Et puis, Israël offre un attrait particulier pour la clientèle jeune. Tel-Aviv est une des villes les plus branchées qui soient, pour les gays comme les hétéros. Dans un Moyen-Orient assez dur, elle est un symbole de tolérance, une ville totalement unique que nous devons soutenir. Les agences de voyages israéliennes rencontrent pas mal de difficultés en ce moment, et j’ai beaucoup de plaisir à faire la promotion d’Israël. Y faire venir le public de mes guides, c’est ma petite contribution ».
est guide indépendant en Israël depuis une dizaine d’années. Il relève pour sa part une chute du tourisme de près de 50% depuis la guerre de Gaza l’été 2014 : « C’est simple, au mois de juin, mon agenda était rempli jusqu’en avril 2015, et puis il s’est vidé progressivement… ». Pas facile pour le secteur du tourisme, en effet, de se maintenir avec l’actualité du pays, et de toute une région. « Le dernier attentat au Sarona Market de Tel-Aviv a entrainé de nouvelles annulations, réduisant un groupe de 10 personnes que je devais guider la semaine suivante à 4 ! Israël paie aussi le prix de ce qui se passe dans les autres pays du bassin méditerranéen, l’Egypte, le Liban, la Syrie… Les gens confondent et pensent que cela touche aussi Israël, alors ils préfèrent reporter ou carrément annuler leur voyage ». Si les attentats et les violences actuelles ont des répercussions directes sur le tourisme israélien, Israël reste une destination qui plait et attire, les croyants notamment en grand nombre, mais aussi beaucoup de clients francophones non juifs, venus de France, de Belgique et du Canada. « S’estimant souvent mal informés par les médias, ils sont intéressés d’entendre le témoignage d’Israéliens qui vivent sur place et peuvent leur parler de la situation politique avec un autre point de vue », note Joseph Klein. « Une semaine ne suffit pas pour présenter tous les bons côtés d’Israël. Les touristes sont généralement surpris de voir un pays aussi moderne, avec des infrastructures aussi développées, et ont du mal à me croire quand je leur dis qu’on peut se promener à 2h du mat’ à Jérusalem comme à Tel-Aviv, sans danger. J’essaie vraiment de leur parler de tout, sans cacher la réalité du quotidien, les conditions de vie difficiles des Israéliens, et ce qui peut bien sûr être amélioré ».
travaille à l’agence de voyages Isbel à Bruxelles depuis dix ans. « En dehors de la communauté juive, notre clientèle qui voyage en Israël le fait dans la plupart des cas pour visiter les lieux saints », affirme-t-elle. « On ne va pas en Israël par hasard, c’est généralement un choix mûrement réfléchi, le voyage d’une vie pour de nombreux chrétiens, et qui explique qu’une fois décidé, même s’il est reporté, il finira le plus souvent par se concrétiser ». Selon Julie Struman, la demande pour cette destination reste assez stable, en raison du contexte international. « Les gens se rendent compte que tous les pays sont désormais logés à la même enseigne, ce qui bénéficie plutôt à Israël, même si l’on ne peut nier les conséquences de l’importation du conflit israélo-palestinien et l’effet de ce qui est relayé par les médias », déplore-t-elle. « Israël est en outre une destination très bien desservie, on compte jusque 5 vols par jour, avec un large choix d’horaires ». Réputée depuis longtemps dans la communauté juive, Isbel a par ailleurs conçu il y a quelques années un produit spécifique à Israël, « Exodis », vendu également dans les autres agences de voyages. « Nous proposons plusieurs packages, ainsi que des circuits dans les différentes régions du pays : Noël en Terre sainte, Israël authentique & kibboutz, city-trip à Jérusalem ou Tel-Aviv, etc. L’objectif est de répondre à toutes les demandes, de celui qui souhaite refaire son baptême dans le Lac Tibériade à ceux qui veulent assister à des grands événements comme la Gay Pride ! »
est Country Manager chez Brussels Airlines, spécialiste des vols vers Israël. « Brussels Airlines vient de fêter le 13e anniversaire de sa ligne vers l’aéroport Ben Gourion à Tel-Aviv », explique-t-il. « Les services réguliers de Brussels Airlines sur Israël ont commencé en 2003 avec 3 vols et une constante progression, pour atteindre 14 vols hebdomadaires depuis 2015, soit deux vols quotidiens ! Selon les statistiques officielles de l’aéroport Ben Gourion, Brussels Airlines est classée parmi les vingt plus importantes compagnies aériennes desservant Israël, avec près de 171.000 passagers annuels dans les deux directions (+40% pour 2014-2015). En vertu des accords aériens en vigueur entre Israël, la Belgique et l’Union européenne, Brussels Airlines assure non seulement une solution pour les voyages touristiques, mais elle permet un lien tout au long de l’année et par tout temps à la communauté d’affaires, ainsi qu’aux expéditeurs et exportateurs. Brussels Airlines permet aussi de relier Israël depuis des destinations comme le Portugal ou la Côte d’Ivoire, et prend part à l’important trafic de voyageurs entre Israël et New York, Washington et Toronto. D’autre part, la “b.foundation for Africa” de Brussels Airlines s’est alliée à la fondation israélienne “Save a Child’s Heart” pour acheminer ces dernières années plus d’une centaine d’enfants d’Afrique, parfois en très bas âge, souffrant de défaillances cardiaques vers le centre médical Wolfson près de Tel-Aviv, et leur faire bénéficier d’une intervention salvatrice à cœur ouvert ». Conscient de l’influence de l’actualité sur le tourisme international, dont la Belgique a pu malheureusement faire les frais, « il revient aussi à Brussels Airlines, dans les marchés internationaux comme en Israël, de vanter les délices d’un séjour en Flandre, en Ardennes ou à Bruxelles. Les touristes israéliens ont été recensés comme le deuxième marché de croissance en nombre de nuitées d’hôtels en Flandre pour l’année 2014, suivant de très près… les Chinois ! »
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