Israël, Etat juif ? La deuxième des questions qui ne devraient jamais être posées.

En visite aux Etats-Unis, B. Netanyahou a à nouveau demandé aux Palestiniens de reconnaitre Israël comme Etat juif. Lesquels ont une fois de plus refusé.  Examen (subjectif) des arguments en présence.

Parlant ce 4 février devant le puissant lobby pro-Israélien AIPAC, le 1er Ministre israélien a une fois encore interpellé avec véhémence  Mahmoud Abbas : l’Autorité Palestinienne (A.P.) est-elle prête à reconnaitre Israël comme Etat juif ?

Laquelle a rejeté l’idée avec une virulence similaire. Et comme à chaque fois,  ceux qui s’intéressent au Moyen-Orient,  qu’ils soient Juifs ou Israéliens, Arabes ou Occidentaux, chefs de peuple ou simple citoyens, se sont grattés la tête avec perplexité.

Pourquoi l’un réclame-t-il ce dont l’autre ne veut pas alors que tout le monde sait qu’il s’agit  de la deuxième des questions qui ne devraient jamais être posées ? N’est-elle pas absurde : Israël n’est-il pas d’évidence un « Etat juif » ?

Peut être bien mais avec ce souci que chacun donne une signification différentes à ces mots. Pour les Israéliens, ils renvoient directement à la première des questions qui ne devraient jamais être posées, le terrifiant : « Qui est Juif ? ». Oui, en vérité, qui ?

Si on évite la classique réponse religieuse : « Est juif qui est né d’une mère juive  ou converti selon la loi juive», on peut estimer, suivant Léon Ashkénazi*, qu’il y a trois manières pour un Juif de se définir comme tel (quoique cela aussi prête à discussion) :

Il peut se rattacher soit au « Peuple d’Israël », soit à la «Terre d’Israël » soit à la « Torah d’Israël ». Ou à deux ou trois de ces liens. Ce point éclairci ( ?), qu’en déduire par rapport à Israël ?

D’abord qu’il est certainement un Etat juif : déjà, le plan de partage de l’ONU du 29/11/1947 évoquait la création « d’un État juif » et « d’un État arabe ». Puis, il est dit  dans la Déclaration d’Indépendance du 14 mai 1948:

« Nous proclamons par la présente la création d’un Etat juif en Terre d’Israël, qui portera le nom « d’Etat d’Israël ». On notera que ses très laïques fondateurs  se revendiquaient surtout   de la « Terre » et du « Peuple » et fort peu de la « Torah ».

Alors, puisqu’Israël est d’évidence, un « Etat juif », pourquoi droite et gauche, laïques et religieux, s’affrontent-ils sur le sujet ? A gauche, on estime que cette mention est en contradiction avec le caractère démocratique d’Israël

Dans un « Etat juif », il n’y a guère –voire, pas- de place pour les minorités non Juives. La gauche préfèrerait donc le terme « Etat des Juifs » qui laisse un espace ouvert aux minorités religieuses ou nationales. 

Mais pour la droite nationaliste et religieuse, B. Netanyahou en tête,  les termes « Etat juif » et leur reconnaissance par les Palestiniens sont fondamentaux.  Le 1er Ministre l’a fort bien expliqué lors de son discours fondateur sur la question** :

« La racine du conflit, ce ne sont ni les colonies, ni l’absence d’un Etat palestinien, la racine, c’est le refus palestinien d’accepter l’existence d’un Etat national du peuple juif.  C’est-à-dire la négation du droit des Juifs d’être ici».

Et donc : « Je me tiens devant mon peuple et je dis: Je vais accepter un Etat palestinien » De même, le Président Abbas doit se tenir devant son peuple et dire, « je vais accepter un Etat juif. »

En privé, il explique que c’est aussi « une façon de tester le sérieux des intentions palestiniennes ». Ce qui amène les opposants au gouvernement à subodorer qu’il s’agit surtout d’une manière de saborder la négociation de paix en cours.

Car les Palestiniens sont vent debout contre l’idée : « Nous avons reconnu un Etat israélien en 1993, à présent, ils veulent que nous reconnaissions un Etat juif. C’est quoi un Etat juif ? C’est quoi un juif ? » (Abu Saydeh, dirigeant de l’OLP)

« Israël peut se définir de la manière qui lui plaît. S’il souhaite s’appeler Etat juif, qu’il le fasse. Mais les Palestiniens ne reconnaîtront jamais l’identité juive d’Israël » (Saeb Erekat, de l’équipe de négociateurs de l’Autorité palestinienne.

Car les Palestiniens considèrent cette reconnaissance comme une négation de leur « Nakba » (« Catastrophe), la fuite des réfugiés palestiniens de 1948 ainsi qu’une atteinte aux  droits des citoyens palestiniens d’Israël.

A ce manque de confiance de l’A.P. correspond une méfiance tout aussi forte de la droite israélienne qui soupçonne les Palestiniens de refuser cette reconnaissance afin de pouvoir engloutir un jour leur pays sous un flot de réfugiés. 

La gauche, de son côté estime qu’il s’agit pour B. Netanyahou de ralentir puis bloquer des négociations qui l’obligeraient d’une façon ou d’une autre à renoncer au Grand Israël.  Ce que le brillant chroniqueur du Haaretz, Gideon Lévy résume à sa façon.

Il diagnostique dans les demandes incessantes du gouvernement  qu’Israël soit reconnu comme « État juif » par les Palestiniens les  «symptômes classiques d’un  trouble obsessionnel compulsif (TOC) »  

Expliquant : « Personne ne sait ce qu’est exactement un « État juif » ni ce qu’est son « caractère juif » mais tout est fait pour atteindre un objectif réalisé depuis longtemps».  Yair Lapid, le ministre des Finances ne dit pas autre chose quoique de façon un peu moins amusante :

«Je ne pense pas que nous ayons besoin d’une déclaration des Palestiniens reconnaissant Israël comme Etat juif. Mon père n’est pas venu de son ghetto de Budapest jusqu’à Haïfa pour être reconnu par  Mahmoud Abbas

« Oui, je veux d’Israël comme d’un Etat juif mais ce qu’il nous faut comme reconnaissance, c’est que nous nous reconnaissions nous-mêmes après avoir dépendu durant 2.000 ans des autres »

*Léon Ashkenazi, dit « Manitou » (1922-1996), un des plus brillants rabbins franco-israéliens de notre temps.

**Discours prononcé à  l’Université de Bar Ilan le 14 mai 2009

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