Depuis le retrait de Gaza en août 2005, la colonisation s’est poursuivie. Elle s’est même intensifiée en 2008. Une impasse qui éloigne chaque jour davantage la perspective d’un accord politique avec les Palestiniens.
Le dernier rapport de La Paix Maintenant sur la colonisation en 2008 est édifiant : la construction se poursuit en Cisjordanie à un rythme effréné : 1.518 structures ont été bâties dont 748 permanentes et 509 en préfabriqués, soit 57% de plus qu’en 2007. Pas un seul « poste avancé » n’a été évacué. Tout cela, en dépit des promesses faites lors de la Conférence internationale d’Annapolis qui s’était tenue aux Etats-Unis fin novembre 2007 et qui avait relancé les négociations avec les Palestiniens. De la même manière, c’est après la signature des accords d’Oslo en septembre 1993 que la colonisation a littéralement explosé. En 1992, après 25 ans d’occupation, il y avait 242.100 colons en Cisjordanie. En 2006, ils étaient 455.300, soit une hausse de 88% en 14 ans ! Aujourd’hui, il y a près d’un demi-million de colons en Cisjordanie. Une situation que les gouvernements israéliens successifs justifient par « la croissance naturelle ». Or, l’arrivée de nouveaux habitants n’a jamais cessé. Jusqu’à il y a peu, elle était sensiblement plus forte que la croissance naturelle. En 2000, année des négociations à Camp David, les migrants représentaient encore 56% de la croissance démographique des colonies. Aujourd’hui, cet apport externe reste important. En 2006, il comptait pour 40% de l’augmentation de la population des colonies (1). Les responsables israéliens soutiennent aussi que les colonies ont été construites sur des terres d’Etat et non sur des terres privées palestiniennes qui auraient été confisquées. Or, un rapport établi par le ministère de la Défense démontre l’inverse : ces terres ont bel et bien été spoliées (2). Ce document souligne également l’illégalité dans laquelle la colonisation se développe : dans 75% des cas, les constructions ont été érigées « sans les permis requis ou en contravention avec les permis obtenus (…) sur des terres palestiniennes privées ». Sans compter les bureaux municipaux, les casernes de pompiers et les commissariats de police construits par l’Etat qui cherche d’ailleurs à se défausser sur les colons des constructions dites illégales. Selon Pinhas Wallerstein, directeur général du Conseil des colons (Yesha), « rien n’a été fait en cachette. Je ne connais pas un plan [de construction] qui n’ait été initié par le gouvernement ».
Har Homa, un emblème
Emblème de cette colonisation galopante et approuvée en haut lieu, l’implantation de Har Homa, au sud de Jérusalem. Lorsque les accords d’Oslo sont signés en 1993, la colline de Har Homa était vierge. Aujourd’hui, c’est une vraie citadelle des temps modernes, à mi-chemin entre Bethléem et les villages au sud de Jérusalem-Est. La construction se poursuit encore vers l’Est. Un nouveau quartier sort actuellement de terre ainsi qu’une tour de 22 étages, City view la bien nommée, avec vue imprenable sur le désert de Judée. La construction de Har Homa a commencé sous Benyamin Netanyahou, mais le feu vert avait été donné par le gouvernement d’Yitzhak Rabin, signataire des accords d’Oslo, pourtant considérés comme la première étape de la création d’un Etat palestinien. Pour les Palestiniens, cet empiétement permanent sur leurs terres est la preuve flagrante que les Israéliens ne veulent pas la paix. Pour leurs responsables les plus modérés, cela compromet l’avenir de la solution d’un Etat palestinien. « La solution de deux Etats est vacillante » déclarait le Premier ministre Salam Fayad, en octobre dernier à Washington, lors d’un dîner rassemblant un lobby favorable à la paix. Même discours chez Sari Nusseibeh, l’un des plus farouches avocats de la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. Pour lui, la colonisation rampante nourrit l’idée chez nombre de responsables palestiniens, y compris au Fatah, « de revenir à la vieille idée d’un Etat binational, laïque et démocratique ». Comment sortir de l’impasse ? Les négociations avec les Palestiniens ont été totalement absentes de la dernière campagne électorale israélienne. Pour les Israéliens qui restent convaincus qu’il faut mettre fin à la colonisation, la nouvelle administration américaine semble le dernier espoir. A cet égard, la nomination de Georges Mitchell, comme envoyé spécial pour le Proche-Orient du président américain Barack Obama, est plutôt de bon augure, car ce diplomate est très attaché à l’arrêt de la colonisation. Sa « Feuille de route », rédigée en 2001, établissait un parallèle entre l’arrêt de la colonisation israélienne et celui du terrorisme palestinien.
Rapatrier les colons
En attendant, Benny Raz, fondateur de l’association Beit Ehad (une maison), rêve que les Etats-Unis ou la communauté internationale s’emparent au plus vite de son projet de rapatriement des colons, un moyen selon lui « d’aider à faire la paix ». Beit Ehad, créée avec la travailliste Colette Avital, Avshalom Vilan du Meretz et l’ancien diplomate Alon Pinkas, propose l’ouverture d’un guichet gouvernemental destiné à dédommager les colons qui souhaitent partir. L’idée émerge en 2005, alors que la construction de la « barrière de sécurité » laisse nombre de colonies du mauvais côté – en 2007, ils étaient quelque 65.000 Israéliens du mauvais côté de la barrière. C’est le cas de Benny Raz. Il habite à Carneï Shomron, une colonie complètement isolée en plein cœur de la Cisjordanie. Il veut partir mais ne peut le faire pour des raisons financières : sa maison a perdu 75% de sa valeur à cause de la barrière de sécurité. Selon une enquête, 60% des colons seraient prêts à partir. « Dès que les premiers partiront, il y aura un effet domino » affirme Benny Raz. « Au final, il ne restera que 20% de colons idéologiques -soit quelque 20.000 personnes- qu’il faudra évacuer par la force comme à Gaza ». Colette Avital souligne que l’idée de Beit Ehad intéressait Olmert. « Il a chargé Haïm Ramon de faire un projet de loi. On a travaillé ensemble pour essayer d’obtenir une majorité à la Knesset, mais les affaires dans lesquelles était empêtré Olmert nous ont obligés à renoncer ». Nul doute que Colette Avital, responsable de la section internationale du Parti travailliste, continuera à promouvoir cette idée. Elle est d’ailleurs inscrite au programme de son parti et du Meretz, mais ces deux partis ont été laminés lors des élections du 10 février. Pire encore, Avital et Vilan ont perdu leur siège de député. Benny Raz, qui a déjà perdu son emploi et ses amis, et a été menacé de mort, se sent désormais « orphelin ». (1) Source : Bureau israélien central des statistiques www.fmep.org (2) Haaretz : 30/01/2009 (www.lapaixmaintenant.org/article1919)
« Deux peuples, deux états » menacés par la colonisation Professeur de Sciences politiques à Bar Ilan, un des négociateurs lors des discussions de Camp David en 2000, membre du comité des accords de Genève, Menahem Klein dénonce la colonisation qui a perduré en parallèle des négociations menées par le gouvernement Olmert. La création d’un Etat palestinien serait-elle possible aujourd’hui ?
Si l’idée d’un Etat palestinien est désormais acceptée par la plupart des partis politiques israéliens, sa mise en place semble impossible. Aucun responsable palestinien ne pourrait accepter les frontières proposées par Olmert et Livni. Sans compter que le gouvernement israélien a continué de construire en Cisjordanie. C’est le double langage des Israéliens, le signe qu’ils ne négocient pas sérieusement. Et puis, nous vivons quasiment dans un seul Etat, l’Autorité palestinienne a été détruite par Israël en 2001-2002. Or, la création d’un Etat palestinien ne peut être que le fruit d’un processus de prise de pouvoir. Israël contrôle tous les territoires palestiniens. Il y a créé un véritable protectorat en Cisjordanie et contrôle la bande de Gaza de l’extérieur. L’occupation est beaucoup plus brutale qu’elle ne l’a jamais été.
Comment expliquez-vous la constance de la politique de colonisation, tous gouvernements confondus ?
L’entreprise de colonisation fait partie de l’ADN du projet sioniste. Le projet sioniste a toujours eu une double vocation : faire venir le plus de Juifs possible et disposer d’une base territoriale pour y construire un Etat. Faire la paix avec les Palestiniens signifie renoncer à ces deux idées, à savoir une immigration juive massive et une expansion territoriale. Le « Grand Israël » a disparu en tant que concept idéologique mais, de facto, il existe encore. Nous gérons le « Grand Israël ». Cinquante-cinq pour-cent de la population entre la Jordanie et la Méditerranée est juive et règne sur 45% de Palestiniens. Dans dix ans, les Juifs seront minoritaires. Il sera impossible de rester un Etat démocratique et juif. La seule solution pour préserver ces deux aspects est la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël.
Que pensez-vous de l’idée d’Avigdor Liberman d’englober certaines villes arabes d’Israël dans l’Etat palestinien ?
Liberman est un populiste, et il n’a jamais présenté de carte des zones concernées. S’il s’agit des villes arabes le long de la Ligne verte, cela ne représente que 16% des citoyens arabes israéliens, autrement dit une faible part de la population arabe dont il souhaite se débarrasser.
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