Israël : La voie de la paix

La pédagogie de la tolérance est au cœur de l’activité du Centre Yitzhak Rabin qui œuvre en Israël à la défense de la démocratie, de la paix et de la justice sociale qu’incarnait l’ancien Premier ministre.

Le Centre Yitzhak Rabin est situé à Ramat-Aviv, près de l’Université. Cet immense complexe a été construit par Moshe Safdie sur le site d’un abri anti-aérien, caché sous le sable pendant des années, un clin d’œil de l’architecte qui a voulu signifier qu’il n’y a plus besoin de camoufler ce type d’abri à Tel-Aviv. Le musée est bâti en forme de spirale et abritera dès son ouverture une exposition permanente présentant les événements historiques cruciaux ainsi que les principales tendances qui ont caractérisé le développement et les changements de la société israélienne, des années 20 à l’assassinat d’Yitzhak Rabin. C’est la vie de celui-ci qui a servi de fil conducteur aux différentes parties de l’exposition. Entièrement financés par des fonds étrangers privés, le musée, les archives et la bibliothèque, qui devaient être terminés en 2003, sont encore en construction. Jusqu’à présent, la priorité a été mise sur le département pédagogique du Centre, opérationnel depuis 2000. L’assassinat d’Yitzhak Rabin a laissé un souvenir indélébile auprès des Israéliens et a révélé l’urgence de traiter les problèmes internes d’une société éclectique, où les différents groupes culturels ne se connaissent pas toujours et ont parfois du mal à s’accepter.

Nombreux axes pédagogiques

Le Centre sponsorise des cérémonies à la mémoire d’Yitzhak Rabin, destinées à toucher l’ensemble de la population. Le personnel de l’armée et des services de sécurité israéliens étant confronté quotidiennement à de nombreux dilemmes liés au conflit, des ateliers de sensibilisation aux droits de l’homme, à l’égalité, à la tolérance et au multiculturalisme sont également organisés à l’attention des soldats et des officiers de police. D’autre part, des programmes visant à impliquer la jeunesse israélienne dans la vie publique et civique ont été mis en place dans 20 écoles. 6.000 lycéens, âgés de 14 à 17 ans, ont participé à une série d’ateliers interactifs analysant les différents aspects de la société israélienne. Le Centre a également fait intervenir cinq universités israéliennes auprès de lycéens issus des villes les plus défavorisées afin de les encourager à poursuivre leurs études. Après l’obtention de leur diplôme, 85 % d’entre eux ont ensuite suivi un enseignement universitaire. Toutes les classes israéliennes juives ou arabes, de la maternelle au baccalauréat, reçoivent chaque année une valise pédagogique du Centre, destinée à sensibiliser les élèves aux valeurs démocratiques et au multiculturalisme. Des animations sur ces mêmes thèmes sont effectuées auprès de chaque unité de Tsahal par des instructeurs spécialisés. D’autre part, des groupes de dialogue entre des classes arabes et juives israéliennes, et des projets communs de professeurs juifs et arabes travaillant sur des programmes d’éducation civique ont également été développés. Un travail de proximité Le Centre Rabin dispense depuis un an des cours d’expression artistique auprès des élèves de l’école arabe démocratique de Yaffo. L’art n’y avait pas été enseigné auparavant, le budget de l’école ne le permettant pas. C’est le professeur d’art Eti qui enseigne les notions d’identité et de tolérance à travers le dessin et la sculpture. « L’art permet de tout dessiner » confie-t-elle. « Il n’y a pas de limite. Picasso était un artiste politique alors que Matisse peignait seulement pour le plaisir des yeux ». A l’école arabe démocratique de Yaffo, la notion de démocratie est prise très au sérieux. Il existe même un parlement de parents et d’élèves qui se réunit régulièrement pour prendre les grandes décisions, et l’hébreu y est enseigné dès la maternelle. « J’enseigne ici car je crois à la paix et à la coexistence » poursuit Eti. « Je travaille aussi dans des écoles fréquentées par des enfants juifs très aisés, et je constate que les élèves arabes de Yaffo sont souvent beaucoup plus ouverts qu’eux ». Younès, l’un des élèves d’Eti, a 13 ans, il est arabe musulman et passionné par le dessin. Il a grandi à Yaffo : « J’ai des amis chrétiens musulmans et juifs », affirme-t-il, et d’ajouter : « Je joue avec tout le monde moi ! ». La société israélienne est composée d’une population juive, arabe, laïque, religieuse, et de nouveaux immigrants en provenance des quatre coins du monde. L’enseignement diffusé par le Centre Yitzhak Rabin a pour but d’encourager les Israéliens à devenir les acteurs d’une démocratie stable, d’une paix véritable et d’une réelle justice sociale, prolongeant ainsi la vision que l’ancien Premier ministre avait pour son pays. Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin a été assassiné par un extrémiste juif israélien, alors qu’il venait de terminer son discours dans une manifestation pour la paix. Cet acte sera le révélateur du profond malaise qui touche la société israélienne. Chaque année, le jour de la commémoration de sa mort, sur la place des Rois d’Israël, Kikar Rabin, à Tel-Aviv, des milliers d’Israéliens, de droite comme de gauche, allument des bougies, griffonnent de poignantes chansons d’adieu et se recueillent en souvenir du défunt, qui a légué à la postérité un message d’espoir et de paix. L’action du Centre qui porte son nom en est probablement l’un des plus vibrants témoignages.

Bio express d’Yitzhak Rabin • Naissance 1er mars 1922 • Rejoint le Palmach en 1941 • Devient officier en 1947 • Combat durant la guerre d’indépendance et devient l’un des héros de la guerre des Six-Jours • Ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis en 1968 • Premier ministre de 1974 à 1977 et de 1992 jusqu’à son assassinat • Signature des Accords d’Oslo en 1993 • Prix Nobel de la paix en 1994 • Assassiné le 4 novembre 1995

Entretien avec Yossi Lahmani directeur du centre Yitzhak Rabin Quels sont les objectifs du Centre ?

Nous avons avant tout un rôle éducatif, les activités pédagogiques du Centre ont été très rapidement mises en place. Les enfants qui fréquentent l’école aujourd’hui sont nés après l’assassinat de Rabin. Plus les années passent, et plus le besoin d’informer est grand. Par ailleurs, nous mettons l’accent sur l’enseignement des valeurs léguées par Yitzhak Rabin auprès des jeunes qui effectuent leur service militaire. L’armée est en effet le seul endroit où toutes les couches sociales sont représentées, c’est le lieu idéal pour toucher l’ensemble de la population. De plus, 18 ans est un âge où les mentalités peuvent encore changer facilement.

Après sept ans d’activités pédagogiques, quels sont les résultats concrets de votre enseignement ?

Le premier résultat est de ne pas avoir assisté à d’autres attentats similaires. Même pendant le désengagement de Goush-Qatif, la ligne rouge n’a pas été franchie. Chaque année, tous les élèves des écoles primaires et secondaires d’Israël ont la possibilité de travailler sur le matériel pédagogique du Centre Yitzhak Rabin. Pour moi, c’est déjà une immense victoire.

Pensez-vous atteindre tous les groupes sociaux et culturels de la société israélienne ?

Le matériel pédagogique que nous diffusons est adapté à chaque groupe de la population visée. Les exemples utilisés dans les écoles juives religieuses font appel à des événements de l’époque du Second Temple. Dans les écoles arabes, nous diffusons des documents en langue arabe. Les Israéliens pouvant être juifs, druzes, musulmans et chrétiens, notre société est multiculturelle, il est nécessaire de veiller au respect des principes démocratiques et à la paix sociale en informant la population. Ces valeurs sont précieuses et demeurent fragiles.

Pensez-vous que la société israélienne ait tiré certaines leçons de l’assassinat d’Yitzhak Rabin ?

L’assassinat a causé un choc terrible qui a traumatisé les Israéliens. Mais il a également permis de tracer une ligne rouge, aujourd’hui connue et plus difficilement franchissable. Je pense que le gouvernement n’avait pas conscience de l’urgence de traiter les problèmes de la société israélienne avant ce drame. L’assassinat d’Yitzhak Rabin a servi de leçon à tous, même si certains Israéliens osent encore demander la libération d’Igal Amir. En assassinant le Premier ministre, il n’a pas seulement tué un homme, c’est tout un idéal qu’il a essayé d’éliminer. Avant ce drame, les Premiers ministres israéliens ne se déplaçaient pas avec un service de sécurité aussi sophistiqué qu’aujourd’hui.

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