Sous la pression des partis d’extrême droite et d’une majorité de l’opinion, Benyamin Netanyahou a ordonné à l’armée d’intensifier les bombardements israéliens sur la bande de Gaza. Une opération terrestre n’est pas à l’ordre du jour. Du moins, pas encore…
« Nous ouvrirons les portes de l’enfer à l’ennemi sioniste ». Captées mardi de l’autre côté de la barrière de sécurité séparant Israël de la bande de Gaza, les radios et du Hamas et du Jihad islamique multipliaient les appels à la « mobilisation contre l’ennemi ». Elles revendiquaient également, au nom de leur organisation, les tirs de roquettes de moyenne et de longue portée sur Israël qui ont repris lorsque Tsahal a lancé à Hébron et environs l’opération « Que reviennent nos frères » visant à retrouver les trois ados enlevés par le Hamas.
« Durant cette opération, Tsahal a porté un coup très dur à l’infrastructure du Hamas de Cisjordanie, qu’il a en partie démantelée. Le Hamas de Gaza a donc voulu lui en faire payer le prix en tirant des roquettes, et les autres organisations de Gaza ont suivi pour ne pas être en reste », estime l’analyste militaire Mordekhai Keidar. Qui poursuit : « Voilà pourquoi nous en sommes arrivés à la situation que nous connaissons aujourd’hui et pourquoi Israël ne peut plus laisser faire ».
Le moins que l’on puisse écrire, c’est que Benyamin Netanyahou et son ministre de la Défense Moshé Yaalon n’étaient pas très chauds pour riposter à ces tirs de manière massive. Des représailles ciblées et ponctuelles d’accord, mais pas plus. Parce qu’une nouvelle guerre au Proche-Orient ajouterait au chaos provoqué par les situations syrienne et irakienne, ainsi que par l’instabilité en Egypte. Et parce que les opérations israéliennes précédentes dans la bande de Gaza n’ont pas empêché le Hamas et ses alliés de se renforcer.
La mollesse du gouvernement dénoncée
Au sein du gouvernement, Avigdor Lieberman (Affaires étrangères) et Naftali Benett (Economie), qui sont en concurrence pour le titre de représentant de l’extrême droite israélienne, se sont en tout cas démenés – Lieberman a même mis fin au cartel électoral de son parti avec le Likoud- pour « convaincre » Netanyahou de changer d’avis. Soutenus par les maires des villes visées par les roquettes (Sderot, Ashdod, Ashkelon) ainsi que par une partie de population qui a manifesté « contre la mollesse du gouvernement », ils ont obtenu gain de cause le 7 juillet, au cours du cabinet restreint de la Défense, lorsque le Premier ministre a autorisé le déclenchement de l’opération « Bordure protectrice ».
Celle-ci vise à multiplier les attaques aériennes sur les « infrastructures terroristes » de Gaza et d’en augmenter le rythme au fur et à mesure que les tirs des roquettes du Hamas seront plus importants. Certes, 1.500 réservistes de Défense civile ont été mobilisés dès lundi soir et d’autres vont suivre dans les heures à venir, mais les spécialistes estiment qu’une invasion terrestre de Gaza n’est pas à l’ordre du jour. Du moins, pas pour le moment. « Israël dispose de la supériorité aérienne totale, ainsi que des armes adéquates pour des frappes précises », affirme le chroniqueur militaire Alon Ben David. « En pénétrant dans la bande de Gaza et en progressant sur un terrain parsemé de pièges, il perdrait cet avantage ».
En attendant, l’aviation de l’Etat hébreu a mené une soixantaine de frappes en moins de douze heures (31 blessés). Des maisons de cadres du Hamas et d’autres organisations ont été frappées peu après que leur famille eut été avertie par téléphone de quitter les lieux. Toutes les zones de Gaza sont visées : Beit Lahya dans le nord, le camp de réfugiés de Deir el Balah dans le centre, Rafah au sud. Parmi les cibles visées, le domicile d’Abdallah Hachah, le responsable des roquettes du Hamas.
De leur côté, le Hamas et le Jihad islamique visent des villes israéliennes plus éloignées de Gaza que Sdedrot et Ashkelon : Beer Sheva, Yavneh, Beit Shemesh dans la banlieue de Jérusalem, les conurbations du centre du pays. « Si la situation continue à se dégrader, il ne fait aucun doute que Tel-Aviv sera visée et même plus loin vers le nord, car les organisations palestiniennes disposent des moyens de le faire », affirme le chroniqueur Ronny Daniel. « La population israélienne doit donc s’attendre à vivre quelques jours ou quelques semaines compliquées ».
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