En Israël, selon le Bureau central de Statistiques du pays, le lait et le miel coulent à flots. Mais pas pour tout le monde, loin de là. Telle est la conséquence de la venue au pouvoir de la droite en 1977 et de l’application de son credo néolibéral : diminuer au maximum le rôle de l’Etat et donner carte blanche au marché.
Privations, concentrations, mondialisation eurent les mêmes conséquences sur l’Etat juif que dans les Etats-Unis de Ronald Reagan ou la Grande Bretagne de Margaret Thatcher : un pays riche. 20% de la population extrêmement riche (elle possède 40% de la richesse nationale). Une minorité invraisemblablement riche : une trentaine de familles israéliennes contrôlent 50% de la capitalisation boursière et 25% des sociétés inscrites en Bourse.
Mais aussi, à l’autre extrémité de l’échelle sociale, 23,7 % de la population (1,65 million de gens) laissée pour compte, survivant sous le seuil de pauvreté. Parmi eux, une majorité d’Arabes, notamment de Bédouins, de religieux juifs orthodoxes ainsi que 80.000 rescapés de la Shoah et un tiers des enfants israéliens.
Et, entre les deux, 50% et quelques pourcents qui ne sont ni hyper- riches ni méga-pauvres : des familles (3 ou 4 personnes) qui gagnent en moyenne dans les 2.000 € mensuels. Le souci, c’est le terme « moyenne ». En réalité, 29% des membres de ce groupe entrent dans la catégorie « en risque de pauvreté ». Soit parce que leur emploi est fragile soit parce qu’ils gagnent juste assez pour être au dessus du fameux seuil.
« Un bon serviteur, un mauvais maître »
Qui plus est, 30 ans après le début de ces réformes, Israël est devenu le pays le plus inégalitaire du monde, avant même les Etats-Unis. L’écart entre la tranche la plus riche et la plus pauvre est de sept fois et demie. Contre, par exemple, cinq dans l’Union européenne.
Cette situation inquiète de plus en plus la classe politique, droite et gauche confondues. Et même l’actuel Premier Ministre, B. Netanyahou qui a peut être enfin pris le temps de méditer la célèbre citation de l’économiste Joseph Stiglitz, ex vice-président de la Banque mondiale : « Le marché est un bon serviteur et un mauvais maitre ».
Mais celui qui plus que nul autre en Israël a joué un rôle essentiel dans cette libéralisation échevelée, tant lors de son premier mandat que lors de ses passages au Ministère des Finances, peut-il, veut-il vraiment modifier sa stratégie ? La question est similaire à celle qui se pose sur l’attitude de M. Netanyahou vis-à-vis des négociations avec les Palestiniens. A-t-il vraiment changé ? La réponse est également la même : tout est possible mais il est très, très difficile d’y croire.
Alors ? Attendre un changement de majorité ? Même si un gouvernement de gauche parvenait aux affaires, il ne reviendrait sans doute pas sur ces changements apparemment irréversibles. Mais on pourrait en espérer une répartition un peu moins inégalitaire des ressources du pays. Imaginons qu’Israël s’engage vraiment dans un processus de paix… Et cesse donc d’engloutir des fortunes en Cisjordanie… Et se trouve en capacité de réduire le colossal budget de la Défense… Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve…