Israël, les Juifs et la critique

Dans sa série consacrée aux  « Tabous »,  Le Soir du 15 février 2012 cite « On ne peut pas critiquer Israël ». Le quotidien y consacre un dossier fort intéressant et qui donne à réfléchir. On s’y est risqué.

A priori, on hausse les épaules : critiquer Israël ? Le monde entier ne fait que cela. Où est le tabou ? Dans la tête des gens. Ceux qui le font n’ont pas la même tranquillité d’esprit qu’en s’en prenant, par exemple, à Bart de Wever ou à Olivier Maingain.

Ils ont le sentiment d’une transgression. De courir un risque important. Là, encore, le Juif moyen s’étonne : on est dangereux, nous ? On est peu nombreux, désunis, faibles, c’est nous qui prenons les coups et nous faisons peur ?

Telle est pourtant l’opinion répandue. Les gens savent -pensent- que s’ils entament une discussion passionnée avec un membre de la N-VA ou du FDF, elle se conclura, au pire, par un échange de noms d’oiseaux.

Mais que s’ils critiquent Israël, ils s’exposent à encaisser l’équivalent verbal de la bombe atomique : être qualifiés d’antisémite.  Regrettablement, ils n’ont pas toujours tort. Ce qui suscite peur, méfiance, frustration. Et peut mener à l’inverse de l’effet recherché. 

Certains finissent par verser vraiment dans l’antisémitisme : ils s’imaginent qu’il existe vraiment un pouvoir juif assez puissant pour empêcher la libre parole. L’ennui, c’est qu’à l’inverse, les Juifs  ne sont pas toujours dans l’excès ou l’erreur non plus.

Qui peut nier l’existence de groupuscules antisémites et/ou antisionistes ? Ce qui est néfaste, c’est d’y ranger tout le monde et n’importe qui. Mais ce mélange de simplifications et d’amalgames est, hélas, caractéristique de notre époque. Un seul exemple : l’antisionisme.

La plupart de ceux qui l’affirment expriment ainsi leur rejet de la politique israélienne. Entendent-ils remettre en question l’existence de l’Etat juif ? Pas plus que ceux qui s’opposaient à la guerre d’Algérie ne voulaient détruire la France.

Pourtant tel est bien le sens « d’antisioniste » : être contre le sionisme (le retour des Juifs à Sion). C’est-à-dire dénier à Israël sa raison d’être et donc d’exister. Combien de gens qu’indigne le sort des Palestiniens songent-ils à une solution aussi terrible ?

Une minorité qui rêve bel et bien, elle,  de voir les Israéliens transformés en cadavres ou en réfugiés. De fait, ces gens-là sont antisionistes et antisémites. Et doivent être combattus comme tels. Mais eux seulement.

Il en va de même dans notre communauté. La plupart des Juifs se doutent qu’un « Gentil » qui critique la politique de M. Netanyahou n’entend pas pour autant les mener à la chambre à gaz. Mais il existe aussi une minorité qui fait de l’antisémitisme un fond de commerce ou une obsession.

On connait tel site « ami des Juifs » qui fonce sur chaque flatulence supposée antisémite pour en analyser les effluves. Parfois à raison, souvent en amalgamant néo-nazis, défenseurs des Palestiniens et Juifs de JCall.

Existe-t-il meilleur moyen de dévaluer la notion même d’antisémitisme ? Si le qualificatif peut s’appliquer ainsi à tout le monde, plus personne n’a plus à en être gêné. De même en va-t-il -et cela est beaucoup plus grave et douloureux- avec la banalisation du judéocide.

Des deux côtés, ces mêmes minorités, quoique pour des raisons différentes, instrumentalisent la Shoah au gré de leurs humeurs. Les uns voient dans Gaza un nouveau ghetto de Varsovie. Les autres qualifient de « judenrein », le moindre déplacement de colons. 

Tous, par bêtise ou haine, galvaudent le caractère unique du génocide subi par les Juifs. Des morts que nul pourtant ne devrait s’approprier. Et encore moins utiliser dans des combats d’aujourd’hui.

Comme le dit Le Soir, le conflit du Moyen-Orient suscite les passions. Il est facile, ici, d’être prêt à se battre jusqu’au dernier Israélien ou au dernier Palestinien. On peut aussi tenter de les aider à vivre. Et dans ce cas, mieux vaut prendre garde aux mots qu’on utilise.

*http://blog.lesoir.be/tabous/2012/02/16/est-il-possible-de-critiquer-israel/

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